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Chronique

Le CH et les confidences de Pierre Gervais

Il est au centre de la patinoire et tient un trophée en forme de patin.

Le Canadien de Montréal a souligné la carrière de Pierre Gervais lors du dernier match de la saison 2021-2022 de l'équipe.

Photo : Instagram @canadiensmtl

Ce qui se passe dans le vestiaire doit rester dans le vestiaire. Depuis toujours, cette règle non écrite est sacrée dans l’univers du sport professionnel. Ceux qui la violent doivent généralement en payer le prix. Pour cette raison, la sortie du livre Pierre Gervais : au coeur du vestiaire était un événement fort attendu dans notre milieu depuis plusieurs mois.

Personne n’a passé plus de temps que Pierre Gervais dans l’étanche vestiaire du Canadien au cours des 35 dernières années. En plus, l’ancien gérant de l’équipement n’a pris sa retraite qu’en avril dernier. Son regard sur l’organisation est encore plein de fraîcheur.

On imaginait donc beaucoup de gens marchant les fesses serrées depuis qu'il avait décidé de publier ses mémoires professionnelles en collaboration avec le confrère Mathias Brunet, de La Presse.

Au bout du compte, l’esprit de la règle a toutefois été respecté. Si l’on fait exception de quelques passages assassins au sujet de Dominique Ducharme, de Max Pacioretty et de Mike Cammalleri, l’ancien employé du CH n’a pas scié la branche sur laquelle il a été assis durant toutes ces années. Il aurait d’ailleurs été bien malhabile de sa part de faire autrement.

Il n’y a pas de règlement de compte dans cet ouvrage, mais je ne me gênerai pas pour dire les choses telles que je les ai vues, pour le meilleur ou pour le pire, prévient Pierre Gervais d’entrée de jeu.

On apprend ainsi que Dominique Ducharme a commis un faux pas dès sa nomination à titre d’entraîneur-chef et qu’il accordait peu d’attention aux suggestions formulées par ses vétérans.

Max Pacioretty est dépeint non seulement comme un mauvais capitaine, mais aussi comme un être égocentrique qui se mêlait très peu aux autres et qui souriait rarement.

Quant à Cammalleri, il partage avec le défenseur Janne Niinimaa la vedette d’un chapitre intitulé Les moins aimables. Selon Gervais, l’attaquant se serait particulièrement distingué par son attitude fraîche et arrogante durant son passage à Montréal.

***

Pour le reste, Pierre Gervais : au coeur du vestiaire s’avère une suite d’anecdotes et d’observations faites par l’ancienne sentinelle du vestiaire à propos de joueurs ou de dirigeants qui l’ont particulièrement impressionné comme Carey Price, Saku Koivu ou Serge Savard.

Gervais revient aussi avec candeur sur des événements marquants de sa carrière. Entre autres, les deux dernières conquêtes de la Coupe Stanley du Tricolore ainsi que ses participations aux Jeux de Salt Lake City, Turin, Vancouver et Sotchi.

Ça se lit facilement.

En filigrane, on constate avec fascination qu'il n’était pas considéré comme un simple employé de soutien au sein de l’organisation. Son expérience et son jugement semblaient hautement respectés par ses supérieurs.

En avril dernier, Pierre Gervais avait raconté que Marc Bergevin l’avait contacté en juin 2016 pour avoir son opinion sur Shea Weber. Gervais avait côtoyé la vedette des Predators de Nashville avec l’équipe canadienne à Sotchi. Le DG s’apprêtait alors à conclure le célèbre échange Weber-Subban.

Rappelle les Predators tout de suite avant qu’ils changent d’idée, avait répondu Gervais.

Il raconte aussi avoir connu Geoff Molson lorsque le futur propriétaire du Canadien n’était âgé que de 14 ans. Et qu’en raison de ces liens, une relation de confiance existait entre eux.

On devine ensuite que le préposé à l’équipement a eu une influence sur d’autres changements de personnel, dont le congédiement de Dominique Ducharme. Gervais révèle notamment qu’en décembre 2021, le propriétaire l’avait contacté pour savoir si ça allait dans le vestiaire de l’équipe.

J’ai été honnête. Je lui ai dit en gros qu’on s’en allait nulle part, que l’ambiance était désastreuse. Quand ton propriétaire te le demande, tu n’as pas le choix de dire les vraies affaires…, explique Gervais.

Ce passionnant filon est toutefois exploité très partiellement. C’est d’ailleurs une impression que le lecteur conservera du début à la fin de cet ouvrage.

***

En 35 ans avec l'organisation, Pierre Gervais a côtoyé plus de 460 joueurs, 3 propriétaires, 7 directeurs généraux et une quinzaine d’entraîneurs en chef. Sans compter les vedettes canadiennes qu’il a chouchoutées lors de ses nombreuses participations aux Jeux olympiques.

L’auteur avait à sa disposition la plus importante et fiable source d’informations qui soit. Il avait en quelque sorte touché le gros lot.

Sachant cela, il est sans doute normal de s’étonner du manque de profondeur de certains passages. Des chapitres, comme ceux concernant Max Pacioretty et Mike Cammalleri, ne font parfois que deux pages et demie. Et cela même si la mise en page est plutôt dégagée.

Ce livre est intéressant. Il concerne le Canadien et le lecteur a souvent l’impression d’être en train de savourer une coupe de vin en écoutant Pierre Gervais raconter ses 35 ans dans l’antre de l’une des organisations les plus admirées du monde.

Au bout du compte, même s’il touche à une multitude de sujets forts intéressants, on reste un peu sur notre appétit.

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