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Lane Hutson, l’intrigant meneur de jeu repêché par le Canadien

Derrière son filet, il prépare une relance.

Lane Hutson est un petit défenseur au potentiel immense.

Photo : Gracieuseté : Kyle Prudhomme - Boston University Athletics

Brillant larcin pour les uns, défenseur par trop miniature pour les autres, Lane Hutson, choix de deuxième tour du Canadien en 2022, avait fait jaser abondamment au camp de perfectionnement de l’équipe l’été dernier. Et ses premiers pas universitaires ne passent pas non plus inaperçus.

Déjà, Hutson a la reconnaissance. Après son tout premier mois de hockey à l'Université de Boston (BU) en octobre, le patineur du Michigan a été nommé défenseur par excellence de l’Association Hockey East.

Les chiffres paraissent bien aussi : 3 buts et 7 passes en 9 matchs seulement, pour un défenseur de 18 ans, ce n’est pas commun.

Bref, il débute, mais il a du beat, dirait un humoriste populaire.

Il est devenu rapidement le chéri de certains partisans et les vidéos de ses prouesses sur patins circulent à grande vitesse depuis quelques mois. Le compte Twitter du CH en avait partagé une, l’été passé, et Hutson s’en faisait encore parler récemment.

Mes amis me textaient et me disaient : "Ils ont l’air de t’aimer à Montréal", lance Hutson.

C’est l’impression que ça donne en effet. Avec Juraj Slafkovksy, le jeune Américain est probablement celui qui a fait tourner le plus de têtes à l’époque. Inversement, lorsqu’on lui rappelle tous ces souvenirs au téléphone, Hutson fait remarquer qu’il était lui-même soufflé de la présence de dizaines et de dizaines d’amateurs à l’entraînement de ce camp estival par une petite matinée du mois de juillet.

Il y avait donc un engouement – encore d’ailleurs – autour du jeune talent classé 25e patineur en Amérique du Nord avant le dernier repêchage, même si bien des recruteurs estiment qu’il aurait été choisi parmi les 10 ou 15 premiers eût-il été plus grand.

Voilà le nerf de la guerre. À maintenant 1,75 m (5 pi 9 po), il a grandi, et 73 kg (161 lb), il a grossi, mais Hutson demeure une rareté : un défenseur offensif petit format dont on tente de faire croire qu’ils sont de plus en plus nombreux dans la LNH.

S’il y en a un peu plus qu’avant, c’est quand même une exception.

Les questions sont toujours les mêmes pour ce type de joueur. Comment fera-t-il pour défendre efficacement son territoire contre des mastodontes?

Jay Pandolfo, son entraîneur avec les Terriers de BU, ne s’en faisait pas outre mesure avec le gabarit de son poulain. Si, à 18 ans, il y parvient déjà contre des joueurs universitaires de 22, 23 ans, pourquoi ne pourrait-il pas s’adapter au niveau supérieur dans quelques années?

Il a seulement joué neuf matchs et déjà son jeu défensif s’améliore chaque fois. Il sait qu’il va jouer contre des bonhommes plus gros, mais il est vraiment bon pour prendre la bonne trajectoire. Il a un bon bâton qui lui permet de séparer le joueur de la rondelle. Il referme l’écart rapidement avec les attaquants, il est intelligent et en tire profit, a dit l’ancien des Devils du New Jersey.

Un joueur de hockey de l'Université de Boston

Lane Hutson

Photo : Boston University Athletics

Pandolfo l’utilise abondamment. Il estime son temps de glace à 24 ou 25 minutes – cette statistique n’est pas comptabilisée précisément à ce niveau – au sommet des arrières de son équipe, sinon au 2e rang, tout juste. Les Terriers jouent d’ailleurs essentiellement à cinq défenseurs, le sixième larron, pauvre bougre, devant se contenter des grenailles jetées par Pandolfo.

Le vétéran de 900 matchs dans la LNH – pardon, 899 – énumère les mêmes qualités chez son poulain que celles entendues dans les derniers mois. Un sens du jeu incomparable, un coup de patin d’une grande fluidité lui permettant de se sortir de fâcheuses positions, l’instinct du bon jeu au bon moment.

Rien pour diminuer l’enthousiasme à propos de Hutson, Pandolfo ajoute qu’il ne sait pas s’il a déjà vu un joueur comme lui.

C’est quasiment comme un meneur de jeu au basketball. Il fait se briser les chevilles de ses adversaires [façon de parler, NDLR]. Je n’ai jamais vu quelqu’un jouer comme lui vraiment. C’est fou ce qu’il fait aux autres avec ses feintes, son jeu de jambes, son intelligence. C’est vraiment un plaisir de le voir aller, lance Pandolfo, dithyrambique.

Les défenseurs offensifs étant souvent comparés à des quarts-arrières, on demande à Hutson où se situe la différence avec le meneur de jeu.

C’est dans l’art de la tromperie, dit-il, joliment.

Tromperie encore une fois fomentée, on l’aura compris, par sa compréhension du jeu bien distincte.

Le bémol

La faille est évidente. Dans la LNH cette année, 5 des 261 défenseurs qui ont disputé au moins un match mesurent 1,75 m ou moins. Aucun n’est aussi léger que Hutson.

Depuis le lock-out de 2004-2005, le Tricolore a employé trois arrières de sa taille : Francis Bouillon, Marc-André Bergeron et Victor Mete.

À part Bouillon, une force de la nature, les deux autres auront été de passage, essentiellement.

Même si l’on entend qu’il y a souvent plus de place pour les défenseurs offensifs de petite taille, ils sont quand même rarissimes. N’est pas Torey Krug qui veut même si Pandolfo, qui a dirigé Krug avec les Bruins, voit des similitudes entre lui et Hutson. Il y a aussi une différence majeure : Krug possède un tir boulet de canon, pas Hutson.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

Ses meilleures qualités sont vraiment par en avant, explique un recruteur qui l’a vu jouer en personne deux fois à l’université depuis le début de la saison (et qui l’a vu l’an dernier aussi).

Sa vitesse est meilleure par en avant que son patin arrière. Son potentiel offensif est très bon, ajoute-t-il, abondant dans le sens de tout un chacun.

Le CH est bien nanti en jeunes arrières, on le sait, ce qui permettra à Hutson d’être couvé dans les rangs mineurs pendant longtemps, croit notre homme.

Il doute sérieusement de sa capacité à s’établir comme défenseur permanent à la ligne bleue montréalaise.

S’il touche le fond du baril un jour, j’ai l’impression qu’il va comprendre que ce serait mieux pour lui qu’il joue au centre ou à l’attaque. Il a plus de chances de jouer dans la LNH un jour s’il est transformé en attaquant. Ce ne sont pas des choses que tu peux faire instantanément, c’est un processus que tu dois comprendre, fait-il valoir.

Un joueur de hockey fraîchement repêché entouré d'un homme et d'une femme.

Lane Hutson en compagnie du directeur général du Canadien, Kent Hughes, et de la vice-présidente aux communications, Chantal Machabée

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Nicolas Deslauriers, dans un tout autre style de jeu, a réussi cette transition finalement salutaire de l’arrière à l’avant. D’immenses gaillards ont également fait le chemin en sens inverse comme Dustin Byfuglien et Brent Burns.

Tout cela n’est encore que vaines conjectures et supputations bien qu’il sera intéressant de voir dans les prochaines années si d’autres en viendront à la même conclusion, à commencer par Lane Hutson lui-même.

À ce moment-là, on ne saurait le comparer à un meneur de jeu. On aura le temps de trouver autre chose.

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