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Chronique

Il y a trois ans, Alex Ovechkin frappait Jonathan Drouin

Il est étendu sur la patinoire, son assaillant à ses côtés.

Jonathan Drouin (à gauche) a subi une mise en échec d'Alexander Ovechkin lors d'un match en novembre 2019.

Photo : Geoff Burke-USA TODAY Sports

La plupart des gens hausseraient simplement les épaules si on leur demandait ce qui s’est produit dans la Ligue nationale de hockey (LNH) le 15 novembre 2019. Mais François Pilon, lui, s’en souvient très bien. Ce soir-là, Alex Ovechkin a changé la trajectoire professionnelle de Jonathan Drouin en lui servant une percutante mise en échec à la tête.

Chaque jour, j’ai la chance de recevoir plusieurs courriels d’amateurs et de témoins qui, grâce à leur expertise ou par leurs fines observations, poussent les réflexions plus loin et enrichissent toutes sortes de débats. Dans cette perspective, le courriel que François Pilon m’a fait parvenir cette semaine aurait probablement dû remporter un prix.

M. Pilon, qui semble doté d’une excellente mémoire, se rappelait m’avoir entendu parler, il y a quelques années, d’une étude scientifique publiée en octobre 2018 dans The Journal of Neurotrauma (Nouvelle fenêtre).

Les conclusions de ces travaux, avais-je écrit et commenté à l’époque, donnaient froid dans le dos.

Cette étude révélait notamment que les joueurs pris en charge en vertu du protocole de commotions cérébrales de la LNH ont 64,1 % de risques de ne plus jouer dans la ligue trois saisons plus tard. Dans le cas des non-commotionnés, c’est presque l’inverse. Ces derniers ont 58,3 % de chances de toujours détenir un poste dans la ligue après trois saisons.

Les auteurs de cette étude, huit orthopédistes et un anesthésiste américains, soulignaient par ailleurs qu’en moyenne, les joueurs pris en charge par le protocole de commotions cérébrales ne jouent plus dans la LNH 2,1 saisons plus tard.

Bref, une commotion cérébrale a de très grands risques de mettre fin à la carrière d’un hockeyeur de la LNH.


Les lecteurs de cette chronique ont entendu parler de cette étude pour la première fois à la fin d’octobre 2019.

À l’époque, je m’en étais servi pour attirer l’attention sur le fait que Paul Byron allait peut-être devenir l’un de ces nombreux cas auxquels l’étude faisait référence.

Le 26 mars 2019, le dynamique attaquant du CH avait subi une commotion cérébrale en jetant les gants devant McKenzie Weegar, des Panthers de la Floride.

Paul Byron mis K.-O. par MacKenzie Weegar.

Paul Byron mis K.-O. par MacKenzie Weegar.

Photo : La Presse canadienne / Matt Garies

Et Byron était devenu méconnaissable après son retour au jeu.

En passant, cet événement est survenu il y a trois ans et Paul Byron ne jouera probablement plus dans la LNH.

Le cas Paul Byron

  • Commotion survenue le 26 mars 2019
  • Âge du blessé : 29 ans
  • Au cours de l’année précédente, Byron avait disputé 72,3 % des matchs de son équipe et amassé 0,55  point par rencontre en moyenne.
  • Après le 26 mars, Byron a disputé 59,6 % des matchs du Tricolore et inscrit 0,32 point par rencontre en moyenne.

Cette semaine donc, François Pilon m’a écrit pour formuler une hypothèse extrêmement intéressante : le cas de Jonathan Drouin ne cadre-t-il pas encore plus parfaitement avec les conclusions de cette fameuse étude?

Avant de se faire frapper par Ovechkin le 15 novembre 2019 et d’être ajouté au protocole de commotions cérébrales de la LNH, Jonathan Drouin connaissait son meilleur début de saison dans les rangs professionnels. Il avait récolté 7 buts et 8 passes en 17 rencontres. La saison précédente, il avait par ailleurs égalé sa meilleure production avec 53 points en 82 matchs.

Or, depuis cet impact, il n’est tout simplement plus le même joueur.

Son rendement a considérablement chuté, alors qu’il devrait normalement être à son apogée. Il a été blessé plusieurs fois, notamment pour une longue période après avoir simplement reçu un tir sur son casque protecteur. Et il a vécu un épisode d’anxiété qui a été largement documenté et qui l’a écarté de la formation pour plusieurs mois.

Cette saison, Drouin a été rayé trois fois. Il n’a pas encore marqué et, mercredi soir face aux Canucks, il a obtenu ce qui était seulement sa quatrième chance de marquer depuis le début de la campagne.

Le cas de Jonathan Drouin

  • Commotion survenue le 15 novembre 2019
  • Âge du blessé : 24 ans (en plein apogée)
  • Au cours de l’année précédente, Drouin avait disputé 98,8 % des parties du Canadien et il avait maintenu une moyenne de 0,66 point par rencontre.
  • Après cette commotion, Drouin n’a disputé que 45,3 % des matchs des siens et sa moyenne de point par rencontre a chuté à 0,49.

C’est surtout sa production de buts qui attire l’attention. En comptant les séries éliminatoires, Drouin a inscrit seulement 9 buts en 107 matchs après sa commotion, soit presque le même nombre que lors des 17 matchs précédant sa commotion cérébrale.

Les blessures mentales, on ne les voit pas, m’a écrit François Pilon.

Je pense qu’en critiquant Jonathan sur le fait qu’il ne travaille pas assez fort ou qu’il est peureux, on fait fausse route. Je vois plutôt un jeune homme blessé.

Si ces observations et statistiques ne changent pas la perception générale du rendement ou de la trajectoire professionnelle de Jonathan Drouin, probablement qu’aucun autre argument n’y parviendra jamais.


Les cas de Paul Byron et de Jonathan Drouin ne sont pas des exceptions. Et clairement, le phénomène que faisait ressortir l’étude n’était pas anecdotique.

C’est une hécatombe.

Après avoir reçu le courriel de François Pilon, toujours en gardant en tête le délai de trois ans invoqué dans l’étude, j’ai fait une recherche très sommaire auprès de cinq autres équipes, et trois autres cas probants ont rapidement refait surface.

Le cas de Bryan Little

  • Commotion survenue le 3 octobre 2019, avec les Jets de Winnipeg.
  • Âge du blessé : 31 ans.
  • Au cours de l’année précédente, Little avait participé à 98,9 % des matchs des Jets et avait amassé une moyenne de 0,50 point par rencontre.
  • Après cette commotion, Little a disputé sept matchs au cours desquels il a récolté deux buts et trois passes. Sa carrière a ensuite pris fin.

Le cas de Michael Ferland

  • Commotion survenue le 30 octobre 2019, avec les Canucks de Vancouver.
  • Âge du blessé : 27 ans
  • Durant les deux saisons précédentes, Ferland avait disputé 90,2 % des matchs de ses équipes (71 avec la Caroline et 77 avec Calgary). Il avait alors amassé 0,55 point par rencontre en moyenne.
  • Après cette commotion, Ferland a tenté un retour au jeu de deux matchs en décembre 2019. Puis il a pris part à deux matchs éliminatoires en août 2020 dans la bulle sanitaire aménagée à Edmonton en raison de la pandémie. Il n’a plus rejoué dans la LNH par la suite.

Le cas de Sven Baertschi

  • Commotion survenue le 24 octobre 2018, avec les Canucks de Vancouver.
  • Âge du blessé : 26 ans
  • Au cours des trois saisons précédentes, Baertschi avait participé à 53 rencontres (2017-2018), 68  rencontres (2016-2017) et 69 rencontres (2015-2016). Bref, il était un joueur régulier de la LNH.
  • Après cette commotion, Baertschi est revenu au jeu le 29 décembre 2018, après deux mois de convalescence, mais il n’a plus jamais été le même joueur. Il n’a participé qu’à 23 autres matchs dans la LNH par la suite, soit 16 durant la deuxième moitié de la saison 2018-2019, 6 autres en 2019-2020 puis 1 seul en 2021-2022. Il joue désormais en Suisse.

Dans quatre jours, donc, ça fera exactement trois ans qu’Alex Ovechkin a infligé sa percutante mise en échec à Jonathan Drouin.

Le geste d’Ovechkin n’avait pas été puni durant le match même si les patins de la vedette des Capitals avaient quitté la glace avant l’impact. D’un angle inversé, on voyait aussi que Drouin avait été atteint à la tête par le coude ou la partie supérieure d’un bras d’Ovechkin. Et parce qu’il avait sauté, Ovechkin était retombé sur Drouin, dont la tête avait durement heurté la glace.

Ce troisième anniversaire est important parce que le délai de trois ans est clairement invoqué par les auteurs de l’étude citée plus haut.

Au train où vont les choses, peu de gens sont capables de prédire ce qu’il adviendra de Jonathan Drouin la saison prochaine.

Et au train où vont les choses, il n’y a toujours personne au sein de l’Association des joueurs qui finira un jour par se lever pour exiger que la LNH sorte de la préhistoire et finisse par protéger adéquatement ses athlètes.

À chaque renégociation de la convention collective, les questions de santé et de sécurité sont écartées pour laisser toute la place aux questions monétaires.

Et ça donne exactement ce que les auteurs de l’étude ont rapporté.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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