•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Coupe du monde au Qatar, un désastre écologique annoncé

Photographie aérienne d'un stade en construction pour le Mondial de soccer

Un des stades du Mondial de soccer qui aura lieu en novembre.

Photo : Getty Images / David Ramos

« Nous aurons une Coupe du monde carboneutre », déclare le plus sérieusement du monde l’émir du Qatar Tamim ben Hamad Al Thani. Mais faut-il le croire?

La plupart des spécialistes s’entendent pour dire que le Qatar est le pays qui rejette le plus de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, soit près de 50 tonnes par habitant.

Alors un Mondial carboneutre, c’est loin d’être une certitude pour Alejandro Di Luca, professeur au Département des sciences de la terre et de l’atmosphère à l’UQAM.

L’un des gros problèmes du Qatar, comme d’autres pays du Golfe, est la désalinisation de l’eau. L’eau consommée là-bas vient de la mer et il faut donc beaucoup d’énergie pour cette opération, affirme M. Di Luca. Au Qatar, l’utilisation des énergies fossiles est très économique et on ne s’est donc pas posé beaucoup de questions pour réduire les émissions de CO2.

On sait depuis une vingtaine d’années maintenant que le CO2 est l’un des gaz qui contribuent le plus à l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et, par conséquent, à l’augmentation de la température.

Cette augmentation a évidemment des conséquences graves. L’exemple des ouragans en est une. Les pluies générées vont être supérieures de 7 % par degrés de réchauffement. Et donc, ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que toutes ces émanations de gaz ont fait augmenter la température de plus d’un degré sur l’ensemble de la planète. Mais, bien entendu, les impacts sont différents dans chaque partie du globe. Il y a des endroits où ce sera plus dramatique.

Des voiliers voguent devant un stade de la Coupe du monde.

Le stade 974 de Doha

Photo : KARIM JAAFAR

L’un des constats des plus inquiétants des différents chercheurs, c’est que la plupart des pays du Golfe seraient inhabitables en 2100.

Si on survit actuellement dans des pays comme le Qatar, c’est qu’il y a un niveau d’adaptation des populations locales. Tout est climatisé et, oui effectivement, les choses vont empirer. Il n’y a là aucun doute. Dans les régions où l’on avait 50 degrés Celsius, on aura 52, 53, 55 degrés. Alors, la question que l’on doit se poser est d’où vient cette énergie qui sert à la climatisation?

Pour cette Coupe du monde, le Qatar a, dans un premier temps, réussi un revirement historique en forçant la FIFA à déplacer les dates pour passer de l’été à l’hiver. Pour garantir la sécurité du public et des joueurs, on a mis en place un système de climatisation des stades à ciel ouvert. Une aberration climatique selon le professeur Di Luca.

Aujourd’hui, toute l’énergie que l’on utilise pour la climatisation vient des combustibles fossiles. Et toute cette énergie dont on a besoin, elle émet des CO2. Le Qatar va acheter ce que l’on appelle des offsets (compensation) de CO2. J’ai lu que pour la climatisation des stades, on a besoin de 10 000 litres d’eau par jour, et cela demande énormément d’énergie. Sans oublier que la population, et surtout tous les touristes qui vont venir au Qatar, vont également consommer de l’eau et vont également bénéficier d’endroits climatisés.

Il faut également calculer les déplacements en avion, tant pour les touristes que pour les joueurs puisque le Qatar est passablement éloigné des grandes nations friandes du ballon rond.

Durant le Mondial, pour se rendre d’un stade à un autre, le Qatar a prévu 160 vols par jour pour transporter les supporteurs sur les sites.

Les spécialistes du climat s’accordent pour dire que 3,6 millions de tonnes de CO2 seront envoyées dans l’atmosphère durant un mois de compétition.

Pour le professeur de l’UQAM, les décideurs politiques de toute cette région du Golfe n’ont pas vraiment pris conscience de l’urgence climatique. Le dernier exemple en date est celui de l’Arabie saoudite qui veut organiser les Jeux asiatiques d’hiver en plein désert.

C’est encore un non-sens! On devrait envisager des endroits pour organiser tous ces grands événements où l’on peut réduire considérablement les effets sur le climat.

Bandeau annonçant la couverture en direct de la Coupe du monde

Comme tant d’autres, Alejandro Di Luca est inquiet pour la planète. Il aimerait que le monde agisse plus rapidement. Il demeure tout de même optimiste, car la société est en train de changer. Mais il est conscient que les changements prennent du temps et que l’on commence à en manquer, d’où ses doutes face aux bonnes intentions de carboneutralité du Qatar pour cette Coupe du monde.

C’est un pays richissime qui peut se payer toutes les taxes carbone qu’il veut et c’est ce qu’il va faire. Il va se payer le droit de polluer et qu’importe les conséquences, soutient le professeur de l’UQAM.

En 2026, la Coupe du monde aura lieu dans trois pays : les États-Unis, le Mexique et le Canada. Là encore, les déplacements et les distances seront importants. Pour l’occasion, M. Di Luca espère que les organisateurs inviteront les scientifiques qui travaillent sur l’urgence climatique pour réfléchir aux solutions environnementales parce que s’acheter un droit de polluer n’est plus une solution pour l’avenir de la planète.

Un logo d'une feuille verte avec l'inscription Carbon Market Watch sur fond bleu

Carbon Market Watch

Photo : Carbon Market Watch

Un garde-fou contre les pollueurs

Carbon Market Watch, une organisation non gouvernementale (ONG) située à Bruxelles, vérifie les marchés du carbone. Son rôle est de regarder si les entreprises respectent leurs engagements sur l’impact réel des émissions de gaz à effet de serre. Quand les entreprises disent être carboneutres, Carbon Market Watch constate si elles ont atteint ou non leurs objectifs et dénonce les fraudeurs qui ont été labélisés.

On a construit sept stades de dimension mondiale. Il va y avoir de nombreux déplacements en avion et tout cela a un impact climatique et environnemental qui est très significatif, estime Gilles Dufrasne, chef d’équipe pour Carbon Market Watch. Il ne faut pas se voiler la face, c’est un événement qui va avoir un impact massif sur le climat dans les années et les décennies à venir. Cette promesse de neutralité carbone est tout sauf crédible, car ils ont sous-estimé les émissions totales liées à l’événement. Et les crédits carbone qu’ils achètent et qui sont censés compenser ces émissions sont de très basses qualités et ne représentent pas de nouvelles réductions.

Mais en plus de l’événement, il ne faut pas oublier que le Qatar contribue aux émissions de gaz à effet de serre à travers le monde, car il est l’un des plus grands exportateurs d’énergies fossiles et notamment de gaz.

Face à ces constatations dramatiques, la plupart des spécialistes réclament une réelle réflexion des organisateurs sur l’attribution de grands événements.

Il y a des solutions pour éviter les déplacements massifs et les constructions à outrance. Il faut absolument repenser la façon dont cela est organisé depuis des décennies et faire un changement complet du type de système.

Un ballon qui roule pendant un mois de compétition ne devrait pas être responsable d’une Terre qui ne pourra plus tourner.

Bandeau consultez Tellement soccer

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...