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Chronique

Le cirque des Coyotes et leur chapiteau de 5000 places

Une patinoire entourée de baies vitrées et de gradins.

Le Mullett Arena sur le campus de l'Université Arizona State

Photo : La Presse canadienne / Ross D. Franklin

Dans le vaste univers du sport professionnel, il existe un petit monde parallèle au sein duquel toutes sortes d’événements farfelus, qui seraient inimaginables ailleurs, peuvent survenir. Ce petit monde parallèle, vous l’aurez deviné, est celui de la LNH.

Ce vendredi soir, donc, à leur 26e saison d’existence, les Coyotes de l’Arizona feront leurs débuts dans un tout nouvel amphithéâtre de 5000 places, le Mullett Arena. Cette nouvelle patinoire est en fait le nouveau domicile de l’équipe de hockey de l’Université d’État de l’Arizona.

Pour une équipe d’une ligue dite majeure, il ne s’agit pas d’une petite humiliation.

Les Coyotes joueront dans ce petit aréna pendant au moins trois saisons parce qu’ils sont sans domicile fixe. Cette organisation ne fait pas pitié, cependant. Les Coyotes ne se retrouvent pas dans cette situation parce que leur vrai domicile a été ravagé par un incendie ou une catastrophe naturelle. Ils sont à la rue parce que leur propriétaire, Alex Meruelo, est tout simplement un mauvais payeur.

Les Coyotes disputaient auparavant leurs matchs à Glendale, au Gilda River Arena. Or, les autorités municipales de Glendale ont fini par en avoir marre de courir après les Coyotes pour faire respecter leur bail, qui figurait pourtant parmi les plus avantageux dans le sport professionnel nord-américain. Comme des voyous, les Coyotes ont donc été chassés.

La Ville de Glendale ne roule pas sur l’or. Elle avait d’ailleurs frôlé la faillite au début des années 2010 en raison des dizaines et des dizaines de millions qu’elle devait verser aux Coyotes pour les aider à éponger leurs pertes et éviter leur déménagement. La municipalité s’était presque ruinée pour éviter de se retrouver avec une véritable catastrophe: un aréna vide en plein désert.

Il fallait donc que Meruelo soit un très mauvais locataire pour que les élus en viennent à la conclusion qu’il valait mieux tenter de transformer leur amphithéâtre en salle de spectacles permanente au lieu de continuer à héberger une équipe de la LNH.

***

À lui seul, ce résumé cadre parfaitement avec le monde parallèle annoncé au début de cette chronique. Il est extrêmement difficile de croire que les commissaires de la NFL, de la NBA, de la MLB ou même de la MLS auraient pu laisser un tel vaudeville survenir.

Or, le problème avec Gary Bettman et la LNH, c’est que le vaudeville des Coyotes dure depuis 1996. Et que plus les années passent, plus les situations dans lesquelles cette organisation se retrouve sont loufoques.

Quand les Coyotes ont fait faillite en 2009, des documents déposés à la Cour ont révélé que la concession n’avait jamais connu une saison profitable depuis son déménagement de Winnipeg en 1996. Si on en juge par le nombre de propriétaires (quatre) qui se sont succédé depuis la faillite de Jerry Moyes et par le nombre, au moins deux fois plus élevé, de tentatives de ventes avortées, cette organisation n’a toujours pas produit un cent de profit en 26 ans.

Un amphithéâtre sur une place bordée de quelques arbres

Le Mullett Arena, domicile des Coyotes de l'Arizona jusqu'en 2025

Photo : La Presse canadienne / Ross D. Franklin

Dans un tel contexte, il aurait pu être compréhensible que la LNH se soit accidentellement retrouvée avec un propriétaire délinquant comme Alex Meruelo pour opérer la concession. Or, la séquence des événements montre que ce n’est pas le cas. Incroyablement, la LNH semble appuyer tout ce que font les dirigeants des Coyotes.

***

Juste à titre d’exemple, la saison dernière, le directeur général des Ducks d’Anaheim, Bob Murray, a été forcé de quitter son poste en un claquement de doigts en raison des plaintes formulées par quelques subalternes.

Des employés des Ducks avaient utilisé une ligne de dénonciation de la LNH pour faire valoir que Murray, qui en était à sa 50e année dans la ligue, avait un tempérament colérique et probablement un problème de consommation d’alcool.

Conformément à la soi-disant nouvelle politique de la LNH (zéro tolérance en matière de comportements abusifs et obligation de dénoncer), Murray a vu sa longue et prolifique carrière prendre fin sur-le-champ.

Or, Gary Bettman a clairement regardé dans une autre direction l’an dernier quand le site The Athletic a rapporté des faits beaucoup plus inquiétants au sujet d’Alex Meruelo :

  • Des employés de tous les départements, y compris des membres de la haute direction des Coyotes, démissionnaient ou se faisaient congédier.
  • Alex Meruelo piquait régulièrement des colères au cours desquelles il tenait des propos désobligeants envers des employés devant leurs collègues.
  • De nombreux fournisseurs de l’équipe n’étaient pas payés, dont la compagnie d’aviation transportant l’équipe, à qui on devait plus de 250 000 $.
  • Des bonis dus aux joueurs étaient versés en retard. Lors des séries éliminatoires de 2020, alors que l’équipe se dirigeait vers une prolongation, une demande d’acheter de la pizza pour nourrir les joueurs entre les périodes avait été refusée par la haute direction.
  • Plusieurs recours avaient été intentés contre les Coyotes devant les tribunaux.
  • Les employés des Coyotes multipliaient les appels à la ligne d’aide de la LNH pour agiter des drapeaux rouges.

Cette histoire, qui n’a jamais été contredite, a fait le tour de l’Amérique. Elle a grandement entaché l’image de l’organisation et de la ligue.

***

Maintenant, prenons un pas de recul et revenons à la situation des Coyotes, qui vont faire du camping pendant trois ans dans un aréna de 5000 places parce que leur propriétaire est un mauvais payeur.

Cette situation rocambolesque prendra fin, croit-on, parce qu’Alex Meruelo conclura une entente extraordinaire avec la Ville de Tempe. Son projet consiste à se faire donner un terrain contaminé de 46 acres, adjacent à l’aéroport, afin d’y construire un vrai amphithéâtre de la LNH en plus d’y aménager 1600 unités d’habitation ainsi qu’un quartier d’affaires et de divertissement et des hôtels.

Une salle aux murs gris, entourée de bancs, et avec deux vélos stationnaires au centre.

Un des vestiaires du Mullett Arena

Photo : La Presse canadienne / Ross D. Franklin

Les coûts estimés du projet : 2 milliards.

Meruelo et son équipe disent qu’ils ne demandent pas de fonds publics pour financer ce projet. Des élus de Tempe soulignent tout de même que le propriétaire des Coyotes exige des exemptions de taxes variant entre 649 millions et 1,1 milliard, selon les scénarios envisagés quant à la durée de l’entente.

Les audiences publiques visant à approuver ou à rejeter le projet commenceront le 15 novembre à Tempe. On verra alors si les élus de cette municipalité se laisseront charmer par ce drôle de serpent que semble être Alex Meruelo.

Par ailleurs, quand on tient compte de l’expérience désastreuse que Glendale a connue avec les Coyotes et la LNH, et quand on sait qu'il n'y a pas si longtemps, Meruelo ne payait ni son loyer, ni la compagnie d’aviation de son équipe, ni la pizza de ses joueurs, il n’est pas difficile d’imaginer que les choses pourraient très mal tourner. Il apparaît même surréaliste que la Ville de Tempe soit encore en discussion avec Alex Meruelo pour un projet de cette envergure.

Pour ceux qui aiment le vaudeville, c’est toutefois une situation gagnante-gagnante. Au bout du compte, que Tempe accepte ou rejette le projet immobilier du milliardaire délinquant, la suite de cette histoire nous permettra probablement d’assister à d’autres clowneries dont seule la LNH semble avoir le secret.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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