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Chronique

David Dombrowski, patron des Phillies, a gagné partout… sauf à Montréal

Un homme coiffé d'une casquette tient un trophée alors que des joueurs de baseball l'applaudissent.

David Dombrowski (au centre avec le trophée)

Photo : Getty Images / Michael Reaves

La Série mondiale, qui opposera les Astros de Houston aux Phillies de Philadelphie à compter de vendredi, permettra une fois de plus d’apprécier le talent d’un des plus grands architectes d’équipes sportives à avoir œuvré à Montréal.

Le président des opérations baseball des Phillies, David Dombrowski, est l’un des plus brillants bâtisseurs de la MLB depuis une trentaine d’années. Son parcours professionnel est hallucinant. Après avoir fait ses classes à titre de directeur général des Expos de 1988 à 1991, il a pris les commandes de quatre organisations qui ont toutes atteint ou remporté la Série mondiale.

Les Phillies, dont il gère les destinées depuis 2020, sont les derniers en lice. Ils participeront ainsi à leur première classique automnale en 13 ans.

L’histoire de Dombrowski est en quelque sorte le résultat de l’inventivité à laquelle les Expos étaient condamnés en raison de leurs moyens financiers limités, se souvient mon ancien collègue Serge Touchette. Ce dernier a couvert l’organisation montréalaise sous toutes ses coutures pendant près de 30 ans.

D’après moi, Dombrowski n’a pas coûté cher quand les Expos l’ont nommé DG à l’âge de 31 ans. Ils ont pris une chance sur un gars que personne ne connaissait. On savait qu’il provenait de l’organisation des White Sox de Chicago quand il est arrivé à Montréal [à titre de directeur du personnel des joueurs en 1987, NDLR], mais il était un pur inconnu pour la plupart des gens. Finalement, il est devenu l’un des meilleurs hommes de baseball de son époque, preuves à l’appui, raconte-t-il.

« Les gens peuvent dire qu’il a gagné partout sauf à Montréal. Mais il faut aussi souligner que le seul endroit où il n’a pas eu d’argent pour gagner, c’était justement à Montréal. »

— Une citation de  Serge Touchette

Durant notre entretien, mon éminent confrère y est allé d’une observation fort intéressante : chaque fois qu’il a pris les commandes d’une équipe, David Dombrowski s’est fait un devoir d’acquérir des supervedettes.

Dombrowski a toujours reconnu l’importance de développer des joueurs, pas de doute là-dessus. Mais il a toujours capoté sur les stars. Il n’a jamais vu cela comme un problème, souligne Serge Touchette.

Les faits parlent d’eux-mêmes.

En mai 1989, à sa deuxième saison avec les Expos, Dombrowski avait cédé les lanceurs Randy Johnson, Brian Holman et Gene Harris aux Mariners de Seattle en échange du gaucher Mark Langston.

Cette transaction n’a pas fonctionné, mais elle était extrêmement audacieuse. Mark Langston était à cette époque l’un des meilleurs partants gauchers du baseball, et peut-être le meilleur, rappelle le vétéran journaliste.

En 1991, Dombrowski a quitté les Expos pour devenir directeur général des Marlins de la Floride, une équipe d'expansion qui a fait ses débuts sur le terrain en 1993. Et en octobre 1997, les Marlins ont conclu leur quatrième saison d’existence en sabrant le champagne quand ils ont défait Cleveland en Série mondiale.

Le propriétaire des Marlins, Wayne Huizenga, avait donné un budget gigantesque à son DG, et ce dernier avait agi en conséquence en assemblant une sorte d’équipe d’étoiles.

Il y avait notamment Bobby Bonilla, Gary Sheffield et Moises Alou dans cette équipe. Et Livan Hernandez était leur meilleur lanceur. Dombrowski s’était carrément acheté un club, soit. Mais bien d’autres l’ont fait sans parvenir à gagner, ajoute Touchette.


Un homme coiffé d'une casquette tient un trophée en souriant.

David Dombrowski en 2006 alors qu'il était directeur général des Tigers de Détroit.

Photo : Getty Images / Jim McIsaac

Après son passage à Miami, David Dombrowski s’est fait confier les rênes des Tigers de Détroit en 2002. Cette organisation était alors au plancher et n’avait pas participé à la Série mondiale depuis la saison de 1984.

Quand il a quitté l'équipe en 2015, les Tigers avaient participé aux éliminatoires cinq fois et ils s’étaient rendus en Série mondiale en deux occasions.

En 2004, Dombrowski a notamment conclu un échange monstre avec les Marlins pour mettre la main sur Miguel Cabrera, qui n’avait que 24 ans.

Cette transaction a été l’une des plus significatives dans la MLB au cours des 20 dernières années , croit Serge Touchette.

Cabrera a par la suite été nommé deux fois le joueur le plus utile de la Ligue américaine et, surtout, il est devenu en 2012 le premier joueur en 45 ans à remporter la triple couronne.

Toujours en 2004, parce qu’il capotait sur les stars, Dombrowski a acquis le receveur étoile Ivan Rodriguez sur le marché de l’autonomie.

La trajectoire des Tigers a alors changé pour de bon.

Après son départ de Détroit, David Dombrowski s’est retrouvé aux commandes des Red Sox de Boston de 2016 à 2019.

À Beantown, l’ex-DG des Expos y est allé pour la jugulaire. Il a sacrifié plusieurs espoirs et dépensé beaucoup d’argent pour mettre la main sur des vedettes comme le releveur Craig Kimbrell et les partants Chris Sale et David Price.

Un homme assis seul sur le banc des joueurs dans un stade de baseball.

David Dombrowski

Photo : The Associated Press / David J. Phillip

Les Red Sox de Boston ont participé aux séries en 2016 et 2017, puis ils ont remporté la Série mondiale en 2018 après avoir enregistré 108 victoires et connu la meilleure saison de leur histoire.


Il est facile de dépenser beaucoup d’argent au baseball. Par contre, il est beaucoup moins évident de le dépenser judicieusement.

Quand il s’est joint aux Phillies en 2020, David Dombrowski a trouvé une organisation qui misait déjà sur deux grandes vedettes, soit Bryce Harper et le lanceur Aaron Nola. Les Phillies avaient dépensé énormément d’argent lors des 10 années précédentes sans toutefois parvenir à se qualifier pour les séries. En plus, leur réseau de filiales était vide.

Au lieu de simplement dépenser, Dombrowski a rafistolé l’organisation au grand complet et il en a changé la culture. Au mois de juin, il a d’ailleurs pris une décision très audacieuse en remplaçant un gérant bien établi, Joe Girardi, par Rob Thomson. À l’aube de la soixantaine, ce dernier n’avait jamais agi comme gérant dans la MLB auparavant.

Et bien sûr, parce qu’il aime bien les vedettes, Dombrowski a remanié son ordre des frappeurs en faisant l’acquisition, notamment, du voltigeur Kyle Schwarber.

Ce dernier a cogné 46 circuits et produit 94 points pendant la saison. Puis à la date limite des échanges, flairant l’odeur du sang, l’homme de baseball a multiplié les transactions pour améliorer sa formation au monticule.

Ils crient de joie.

Des joueurs des Phillies

Photo : Getty Images / Mike Ehrmann

Et c’est ainsi qu’à la surprise générale, une équipe ayant remporté 87 victoires se retrouve en Série mondiale.

« Dombrowski a fait ses classes à Montréal dans un contexte difficile, mais il a tiré le meilleur parti possible de la situation en créant un très bon réseau de filiales pour les Expos. Il avait aussi eu son premier emploi chez les White Sox de Chicago, qui ne payaient pas beaucoup et qui travaillaient avec les moyens du bord. Par ailleurs, ses mentors ont été Tony LaRussa et Jim Leyland. »

— Une citation de  Serge Touchette

J’imagine que l’on apprend plus rapidement dans un contexte comme celui-là et auprès d’hommes de baseball comme LaRussa et Leyland. En tous les cas, le parcours de Dombrowski indique qu’il a bien appris ses leçons, conclut celui que les gens du milieu surnomment Touche.

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