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Chronique

Une nouvelle gouvernance à la rescousse du sport canadien

Un document avec le logo de Hockey Canada.

Plusieurs fédérations sportives, dont Hockey Canada, sont dans la tourmente.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Trop souvent, des crises sont nécessaires pour que de bonnes pratiques soient mises en place. C'est justement dans cette situation que se trouve le sport canadien.

J'ai tenté de voir s'il existait un point commun dans les centaines d'abus de toutes sortes qui ont fait surface dans plusieurs sports au pays, ces dernières années. La liste commence à être longue. Plutôt que de montrer quelqu'un du doigt, je souhaite proposer une piste de solution.

Bien sûr, il n’existe pas de remède miracle, mais on doit commencer quelque part.

Cette semaine, Hockey Canada a confirmé une vieille théorie de mon cofondateur de B2dix, JD Miller, selon laquelle la grande majorité des problèmes dans le sport fédéré relève de la mauvaise gouvernance.

C’est pour cela qu’à la suite de la sortie publique des victimes d'un entraîneur de ski alpin en 2018, des discussions ont commencé entre notre organisme et le Comité olympique canadien (COC) pour mettre en place un nouveau code de gouvernance du sport canadien.

Énormément de travail a été accompli. On a d'abord pris le temps d'étudier ce qui se faisait de mieux (et de pire) ailleurs dans le monde. L’Angleterre avait fait la même chose et publié le UK Code For Sports Governance en 2016. Plusieurs experts s’entendent pour dire que c’est le meilleur exemple qui soit. Il a servi d’inspiration pour bâtir la version canadienne.

Je dois vous endormir en parlant de gouvernance, mais s'il vous plait, restez avec moi! Au pire, pensez à Andrea Skinner, la présidente par intérim du CA de Hockey Canada, qui devant le Parlement cette semaine donnait un pour la performance de son directeur général (Scott Smith) dans la gestion de cette crise. La moutarde vous monte au nez? Moi aussi, alors continuons, car c’est trop important.

Le COC, avec notamment son chef des sports, Eric Myles, a entrepris la mise en place de ce nouveau code en 2019, avec comme objectif son adoption rapide par tous les organismes nationaux du pays. Des consultations ont été organisées en 2020, et le document ne faisait pas l'unanimité auprès des fédérations.

Pourtant, les propositions étaient d'une évidence frappante.

Hockey Canada nous permet de bien définir quels éléments nuisent à une bonne gouvernance : l'opacité, la collusion, la dépendance et l'homogénéité. Voici, à l'inverse, les règles de bonne gouvernance qui selon moi sont fondamentales.

  • La transparence : les CA doivent l'imposer dans toute l’organisation afin d’éviter les manigances.
  • L'indépendance : au moins 40 % des membres du CA doivent être indépendants. Ce terme signifie qu'un administrateur n'a aucune obligation fiduciaire envers un organisme quelconque pour le sport concerné à l'échelle nationale ou provinciale. De plus, est indépendant l'administrateur qui ne reçoit aucun avantage matériel direct ou indirect d'une telle partie et qui est libre de tout conflit d'intérêts de nature financière, personnelle ou représentative.
  • Le nombre : entre 5 et 15 membres, idéalement 7. Un conseil trop grand manquera d'efficacité; à l'inverse, un comité trop petit pourrait avoir trop de pouvoir.
  • La diversité : un maximum de 60 % des administrateurs devraient être du même genre. Il est important d'assurer une bonne diversité, afin d'offrir une plus grande divergence de points de vue.
  • La présidence : le conseil d'administration doit élire lui-même son président, car il est le mieux positionné pour déterminer qui doit occuper ce poste.
  • La représentation des athlètes : la présence d'athlètes dans le conseil d'administration est fortement encouragée. Toute organisation n'ayant pas de représentant des athlètes au sein de son conseil doit en nommer au moins un au poste d'observateur.
  • La durée du mandat : celui-ci ne devrait pas excéder neuf ans au total afin d'assurer l'éclosion de nouvelles perspectives et de réduire les chances de collusion autour de la table. Le mandat devrait être renouvelable tous les quatre ans, au maximum.

C’est simple, non? Il y a plusieurs autres règles dans ce code, mais le document d’une dizaine de pages est concis et d’une simplicité des plus efficaces.

Sachant qu’il devra y avoir une période d’adaptation et que certains frais de justice découleront de ces changements, le COC offre une subvention pour aider les fédérations sportives à couvrir une portion des frais. Comment dire non?

Si on procède à des changements comme ceux-ci, on doit informer la communauté d’administrateurs sportifs de ce qui constitue une bonne gouvernance. Encore une fois, le COC prend son rôle au sérieux. En collaboration avec l’École des affaires Smith de l’Université Queen's, il a bâti un cours sur la gouvernance.

Je suis inscrit à ce cours, qui a débuté il y a quelques semaines avec près de 200 participants. Un nombre impressionnant qui démontre que les gens du milieu sportif prennent la question à cœur et ont envie de voir un changement durable.

Vous vous demandez sûrement comment ce code de gouvernance aurait pu atténuer la crise que vit Hockey Canada. Eh bien, de maintes façons. Par exemple, il n’y a qu’un membre du CA sur neuf qui n’a pas de racines profondes dans le hockey (à ce que j'en sais). Il devient alors très facile de créer une culture d' un chum c’t'un chum  qui peut engendrer l’opacité et l’omerta. Cette situation a permis aux dirigeants de mettre en place au fil des ans un système de protection d’abuseurs sexuels sur lequel le CA aurait fermé les yeux afin de protéger l’organisation et ses amis.

Une bonne gouvernance aurait agi exactement à l’inverse en rendant les gens qui ont mis ce système en place responsables de leurs actions.

Maintenant que le code a été créé et que les personnes sont éduquées, je crois que Sport Canada devrait ajouter son adoption à la liste des conditions requises pour être admissible au financement gouvernemental en matière de sport.

Le gouvernement du Canada a maintenant assez de raisons pour agir. S'il ne le fait pas, on risque d'entendre parler de ces problèmes encore longtemps.

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