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Chronique

La FIA sous le feu brûlant des projecteurs

On voit la silhouette d'une personne qui marche le long d'un mur orné du sigle de la FIA.

La FIA, la Fédération internationale de l'automobile

Photo : Getty Images / ANDREJ ISAKOVIC

La Fédération internationale de l’automobile (FIA) passera cette semaine un test très important : elle doit remettre son rapport sur les dépenses des équipes de formule 1 (F1) en 2021 et le respect du plafond budgétaire, qui était de 145 millions de dollars américains (197 millions de dollars canadiens) la saison dernière.

Le plafond budgétaire concerne les opérations course et le développement de la voiture. Les salaires des pilotes et les dépenses marketing des équipes ne sont pas inclus dans le plafond imposé par la FIA.

Ce plafond baisse en 2022 à 140 millions, et à 135 millions en 2023 (le 8 juillet, la FIA a accepté une hausse du plafond de 3,1 % pour compenser l'inflation).

Les rumeurs ont soufflé fort dans le paddock de Singapour et ont colporté que deux équipes en 2021 auraient dépensé plus que le maximum de 145 millions.

En cas d'infraction, la FIA impose deux types de sanctions : des sanctions mineures si le dépassement est de moins de 5 % (réprimande, amende, perte de points) et des sanctions plus lourdes si le dépassement est de plus de 5 % (perte de points, disqualification ou exclusion du championnat).

Et deux équipes ont vu à Singapour la rumeur les incriminer : Red Bull et Aston Martin.

Je vous entends chuchoter : seulement deux équipes? Voici les budgets des équipes en 2019, selon le site racefans.net : Ferrari, 435 M$; Mercedes-Benz, 425 M$; Red Bull, 335 M$; McLaren, 250 M$; Renault, 210 M$; Racing Point, Toro Rosso et Sauber, 155 M$; et Haas et Williams, 150 M$.

Comment Ferrari a-t-elle réussi à comprimer à ce point ses dépenses? C'est pourtant la Scuderia qui exige des sanctions exemplaires à l'endroit des équipes hors-la-loi.

« Ce n'est plus un secret que deux équipes ont dépassé le plafond en 2021; une d'un montant considérable, l'autre d'un plus petit montant. Nous considérons que cette situation est grave et nous nous attendons à une réaction exemplaire de la FIA. »

— Une citation de  Laurent Mekies, directeur sportif de Ferrari à Sky Italia

Aux allégations, l’équipe Aston Martin a choisi de réagir avec modération. Son directeur Mike Krack s’est dit étonné et contrarié. Il a affirmé que l’équipe n’avait pas fait de faute majeure (was not majorly wrong), admettant donc qu’il y avait peut-être eu une petite entorse au règlement, ou, du moins, une interprétation un peu large du règlement.

L’équipe doit se concentrer sur ses performances en piste, a-t-il ajouté, et nous laissons la presse raconter ce qu’elle veut.

Le directeur de l’équipe Red Bull a réagi avec beaucoup plus de vigueur. Prétendre que Red Bull pourrait être une des deux équipes fautives, c’est pour lui inadmissible et diffamatoire, une atteinte à la bonne réputation de l’équipe, et il menace d’intenter des poursuites.

Deux hommes en uniforme, de profil, discutent. L'un fait un geste de la main droite.

Christian Horner, directeur de l'équipe Red Bull (à gauche), et Mattia Binotto, directeur de l'équipe Ferrari (à droite)

Photo : Getty Images / Charles Coates

Max Verstappen a dit pour sa part qu’il savait d’où venaient les rumeurs, que c’était idiot d'en lancer, que c’était mieux de « fermer sa gueule » et qu’il avait confiance en son équipe.

Le directeur de l’équipe Mercedes-Benz F1, Toto Wolff, s’est bien gardé de nommer Red Bull, mais il a d'abord dit que ce n’était plus un secret dans le paddock; ensuite, que c’était peut-être une question d’interprétation du règlement; enfin, que les dirigeants des équipes avaient déjà trop parlé à la presse.

Il faut calmer ces rumeurs le temps que la FIA termine son rapport et le rendre public, a-t-il tenu à préciser dimanche à Singapour. S’est-il rendu compte (trop tard) qu’il en avait trop dit?

L’ancien pilote Ralf Schumacher (petit frère de Michael), aujourd’hui analyste de F1, est allé très loin dans ses commentaires sur le réseau de télévision Sky Deutschland, en Allemagne. Selon lui, c’est un proche de Toto Wolff, haut placé à la FIA, qui aurait obtenu les chiffres. Schumacher soutient que le dirigeant autrichien n’a manifestement pas digéré d’avoir perdu le titre en 2021, dans le dernier tour du Grand Prix d'Abou Dhabi.

Comment croire que deux équipes aient volontairement dépensé plus?

Il se trouve que l’arrivée de ce plafond budgétaire a obligé les équipes à trouver des solutions innovantes pour garder leur personnel, plusieurs équipes ont créé des entreprises parallèles à qui elles ont donné des contrats en F1.

À l'image de l'équipe Red Bull, qui a créé dès 2014 l'entreprise Red Bull Advanced Technologies et qui a pu y muter une partie de son personnel de F1.

Et c’est là où se situe le problème, dans les solutions trouvées par les équipes pour respecter le plafond budgétaire sans avoir à licencier du personnel. La FIA a pris le temps d’étudier ces moyens dans sa lecture des livres de comptabilité.

C’est la première fois que la FIA se livre à un exercice du genre, et elle fera vraisemblablement preuve de prudence dans ses conclusions.

Tous les projecteurs se tournent donc vers la FIA, qui devrait rendre son rapport dans les prochains jours.

La FIA, qui gère les règlements techniques et sportifs de la F1, inspire une certaine méfiance depuis le scandale du Grand Prix d’Abou Dhabi en 2021.

La FIA en a plein les bras à Singapour

Encore ce week-end, la fédération internationale en a eu plein les bras.

Il y d’abord eu le perçage nasal de Lewis Hamilton. Le règlement interdit dorénavant aux pilotes de porter des objets métalliques (montre, collier, bracelet, bague, boucles d'oreille et… perçage nasal) dans leur monoplace pour des questions de sécurité.

Lewis Hamilton en gros plan, habillé en civil, avec des lunettes de soleil, regarde par terre.

Lewis Hamilton

Photo : Getty Images / Clive Mason

Pour montrer sa bonne volonté, Hamilton l’avait enlevé il y a quelques semaines, mais il a expliqué qu’une infection l’avait obligé à soigner sa blessure et à le remettre. La FIA a décidé de ne pas pénaliser Hamilton, de le laisser porter son perçage nasal pour des raisons médicales, mais de mettre à l'amende son équipe (24 500 $) pour ne pas l’avoir averti de la décision de son pilote d’avoir remis son anneau.

Une décision qui en fait rire plusieurs; de cynisme, évidemment.

Ensuite, la FIA a décidé de retarder d’une heure le départ de la course en raison de la pluie qui s’abattait sur le circuit. La décision s'imposait, mais la FIA a-t-elle fait excès de prudence, ou voulait-elle aussi s'assurer que toutes les cérémonies protocolaires auraient lieu sur la grille de de départ?

Déjà, à Monaco, la direction de course avait fait preuve d’une grande prudence, exagérée selon les pilotes.

Un peloton de monoplaces F1 négocie un virage au départ d'une course

Le départ du Grand Prix de Singapour

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Le drainage de la piste de Singapour aurait peut-être rapidement permis aux pilotes de commencer la course en pneus à grosses rainures (pour forte pluie, qui évacuent 85 litres d'eau à la seconde).

Mais il dont dû patienter une heure, et au départ, ils n'ont même pas senti le besoin de chausser ces pneus. Ils sont tous partis en pneus intermédiaires (pour faible pluie, qui évacuent 30 litres à la seconde).

Après, durant la course, la FIA a choisi de fermer les yeux sur des comportements en piste, comme les dépassements momentanés, pourtant interdits, de Lewis Hamilton et de Max Verstappen durant des neutralisations.

La FIA a par contre choisi d'obliger le Danois Kevin Magnussen à rentrer aux puits pour changer l'aileron avant de sa monoplace alors qu'un léger contact avait plié la dérive de son aileron. Elle n'était pas cassée.

« La dérive était pliée, elle ne menaçait pas de tomber. L'équipe l'a manifestement expliqué à la direction de course. La FIA devrait savoir ces choses-là et nous laisser courir. »

— Une citation de  Kevin Magnussen, pilote de l'équipe Haas

Enfin, la FIA a choisi d’attendre la fin de la course pour imposer une pénalité au gagnant Sergio Pérez, pour avoir trop ralenti derrière la voiture de sécurité. Et il a fallu attendre deux heures pour connaître la sanction.

Le Mexicain a reçu comme pénalité un ajout de 5 secondes à son temps à l’arrivée. Or, il avait 7,5 secondes d’avance sur Charles Leclerc au drapeau à damier. Il a donc pu garder sa victoire.

Deux monoplaces F1 se suivent sur un circuit, dans un virage.

Sergio Pérez devant Charles Leclerc lors du Gand Prix de Singapour

Photo : Getty Images / Mark Thompson

La FIA a-t-elle ajusté sa pénalité à la situation? La FIA aurait-elle pu imposer la pénalité au Mexicain en course d'épreuve? Elle aurait été sans doute plus coûteuse pour le Mexicain.

À la décharge de la FIA, il est utile de rappeler ici que dans un grand prix disputé dans des conditions très difficiles – c’était le cas à Singapour –, la direction de course préfère pour certains incidents attendre la fin de la course afin de prendre une décision éclairée après avoir entendu les gens impliqués.

Et à tous ces incidents survenus à Singapour s'ajoutent en toile de fond les critiques visant son président, Mohammed Ben Sulayem, à qui l'on reproche à mots couverts de préférer suivre le cirque de la F1 et de chercher les caméras plutôt que de travailler pour le bien de la fédération qu'il dirige.

Un homme barbu en veston avec des lunettes de soleil sourit.

Mohammed Ben Sulayem, président de la FIA

Photo : Getty Images / VIRGINIE LEFOUR

L’autorité de la FIA est de plus en plus critiquée, c’est une évidence.

Si elle l’est, c’est que ses représentants aux circuits n’ont pas le respect des pilotes et des équipes. La légitimité ne s’achète pas. La confiance se bâtit lentement et se perd très rapidement.

La F1 ne s’est pas complètement remise de la disparition de Charlie Whiting, l’ancien directeur technique, chef de la sécurité et directeur de course de la FIA, mort subitement avant le début de la saison 2019, qui jouissait d'une grande autorité et d'une réelle légitimité. Il a laissé la F1 orpheline et plus hésitante dans l'application des règlements.

Charlie Whiting connaissait parfaitement la nature du sport et les besoins de tout un chacun.

Or, on a aujourd’hui l’impression que la FIA joue parfois sa partition à vue. Et le week-end à Singapour a montré que ce n’est pas donné à tout le monde.

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