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Chronique

MLB : le dernier droit d’une autre saison fort inégale

Des joueurs de baseball.

Aaron Judge (à droite), des Yankees de New York, a frappé 61 circuits jusqu'ici cette saison, égalant le record de la Ligue américaine, établi par Roger Maris en 1961.

Photo : Getty Images / Mark Blinch

Les équipes de la Major League Baseball (MLB) entament la dernière semaine du calendrier et les amateurs de baseball trépignent parce que des séries éliminatoires époustouflantes se profilent à l’horizon. En même temps, lorsqu’on jette un coup d’œil aux classements de la Ligue nationale et de la Ligue américaine, il est triste de constater que le baseball continue de s’enliser dans la période la moins paritaire de son histoire.

Durant les négociations de leur dernière convention collective (laquelle s’est réglée tout juste avant le début de la présente saison), les joueurs dénonçaient le fait que les inégalités n’avaient jamais été aussi prononcées dans le baseball majeur. L’Association des joueurs ne ratait jamais l’occasion de souligner que, même si l’argent tombait du ciel et que l’industrie générait des revenus records, de plus en plus de propriétaires ne se souciaient même plus de dépenser pour acquérir des talents et bâtir des équipes représentatives.

Les joueurs n’avaient pas tort. 

Avant la saison 2019, dans toute l’histoire de la MLB, il était arrivé une seule fois (en 2002) que quatre équipes subissent 100 défaites au cours d’une même saison. Or, ce phénomène s’est répété en 2019 et en 2021, et tout indique qu’il se produira encore cette année (en 2020, le calendrier avait été écourté en raison de la pandémie).

Cette saison, les Nationals de Washington ont déjà perdu 104 fois. Ils sont talonnés par les A’s d’Oakland, qui comptent 102 revers à leur dossier. Pour leur part, les Reds de Cincinnati et les Pirates de Pittsburgh présentent des fiches identiques de 60-99. Il est difficile de croire qu’ils clôtureront leur saison avec une semaine parfaite.

Comment peut-on espérer intéresser les amateurs de ces villes avec des équipes aussi ringardes?

Malheureusement, à part la mise sur pied d’une loterie impliquant les six moins bonnes équipes pour déterminer l’ordre du repêchage amateur, l’Association des joueurs n’a pas fait de gains marquants à la table de négociation. Il n’y a pas grand-chose qui empêche les propriétaires de laisser leur équipe couler dans les bas-fonds du classement.

***

La contrepartie de cet affaissement, c’est qu’on n’a jamais vu autant d’équipes remporter 100 matchs et plus. Cette semaine, les Dodgers de Los Angeles ont d’ailleurs remporté une 110e victoire, un exploit qui n’avait pas été réalisé dans la Ligue nationale depuis… 112 ans!

Avant 2017, dans toute l’histoire de la MLB, il était arrivé seulement cinq fois (1942, 1977, 1998, 2002 et 2003) que trois équipes remportent 100 victoires au cours d’une même saison. Or, cela s’est produit quatre années de suite entre 2017 et 2021 (2020 a encore fait exception en raison d’un calendrier écourté).

Cette saison, tout indique que le cénacle des organisations ultradominantes prendra de l’expansion. Cela constituerait un record puisqu’il n’est jamais arrivé que quatre formations remportent 100 matchs la même année.

Les Dodgers et les Astros de Houston (104) ont déjà franchi le cap des 100 victoires tandis que, au moment de publier ce texte, les Braves d’Atlanta (99), les Mets (98) et les Yankees (97) avaient de très bonnes chances d’y parvenir.

Bref, la MLB est véritablement devenue une ligue à deux ou même à trois vitesses. Cette tendance lourde semble désormais bien installée. Des sociologues pourraient même soutenir que le baseball majeur constitue une sorte de métaphore de la société américaine, où la classe moyenne s’effrite constamment pendant que les riches s’enrichissent toujours davantage et que le taux de pauvreté progresse.

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Dans groupe des équipes ayant atteint ou flirtant avec la marque des 100 victoires, on trouve les trois équipes les plus dépensières de la MLB : les Mets, les Dodgers et les Yankees.

Selon le site spotrac.com, ces trois clubs ont respectivement consacré 281,5 millions, 274,8 millions et 265,6 millions aux salaires de leurs joueurs cette saison.

En revanche, deux des formations ayant encaissé le plus grand nombre de défaites, les A’s (60,9 millions) et les Pirates (85,1 millions), figurent respectivement aux 30e et 27e rangs de la MLB en ce qui a trait à leur masse salariale.

Dans cette jungle où l’argent fait généralement foi de tout, des organisations moins fortunées mais plus astucieuses, comme celles des Guardians de Cleveland (masse salariale de 82 millions) et des Rays de Tampa Bay (100,1 millions), parviennent assez souvent à se qualifier pour les séries éliminatoires.

Mais quand le tournoi éliminatoire commence, les équipes les plus riches sont généralement plus expérimentées et misent sur un plus grand nombre de talents exceptionnels. Et la balance penche presque toujours du même côté.

Au cours des 20 dernières années, seulement deux équipes dont les masses salariales se situaient dans le dernier tiers de la MLB ont remporté la Série mondiale.

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En 2007, un match de la MLB attirait en moyenne 32 696 spectateurs. Au fil des ans, les assistances se sont constamment étiolées, jusqu’à la moyenne de 26 607 spectateurs qu’on enregistre cette année.

Il y a quelques semaines, la MLB a annoncé des modifications aux règles du jeu qui entreront en vigueur la saison prochaine.

Parmi ces innovations, on note par exemple l’introduction d’un cadran qui forcera les lanceurs à effectuer des lancers toutes les 15 secondes (sans coureur sur les sentiers) ou toutes les 20 secondes (avec des coureurs sur les sentiers).

Cette nouvelle règle permettra de réduire la durée des matchs d’environ 25 minutes. Cela devrait rendre le sport plus attrayant, sans pour autant affecter le niveau de performance des joueurs, a fait valoir le commissaire de la MLB, Rob Manfred.

Les modifications annoncées par la MLB sont effectivement très intéressantes. Par contre, la question qui tue subsiste. Au bout du compte, si les Pirates de Pittsburgh ou les Red de Cincinnati encaissent leurs 102 ou 103  défaites en 2 h 38 min en moyenne plutôt qu’en 3 h 03 min, est-ce vraiment cela qui redonnera envie aux amateurs de retourner dans les stades?

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