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Grand flou sur l’avenir de la boxe olympique

Deux boxeurs s'affrontent dans un ring aux Jeux de Tokyo.

Un combat de boxe olympique opposant l'Indien Satish Kumar au Jamaïcain Ricardo Brown.

Photo : Associated Press / Frank Franklin II

Agence France-Presse

Sport olympique sans arrêt depuis l'Antiquité, la boxe disparaîtra-t-elle des Jeux? La gestion rocambolesque de la Fédération internationale de boxe (IBA) le fait désormais craindre, au risque de pénaliser les pratiquants de ce sport fort populaire.

Extrêmement inquiet après le congrès de l'IBA tenu dimanche à Erevan, le Comité international olympique (CIO) vient de franchir un cap dans l'exaspération et a mis la boxe à l'ordre du jour de sa prochaine commission exécutive du 5 au 7 décembre, a confirmé un porte-parole à l'AFP.

Depuis plus de trois ans déjà, le CIO a suspendu l'IBA, à l'époque l'Association internationale de boxe amateur (AIBA), la privant en mai 2019 de l'organisation des combats aux Jeux de Tokyo, donc de la manne olympique, avant de reconduire la même décision en juin dernier pour ceux de Paris.

L'instance de la boxe, discréditée par des scandales d'arbitrage à répétition, une dette abyssale et un ancien dirigeant considéré par les États-Unis comme l'un des leaders du crime organisé ouzbek, a pourtant clamé sa volonté de réformes en se dotant en décembre 2020 d'un nouveau président, le Russe Umar Kremlev.

Même si cet entrepreneur de 39 ans, qui a dirigé une société de sécurité privée et a appartenu à un groupe de motards pro-Kremlin, a confié une enquête indépendante sur l'arbitrage au juriste canadien Richard McLaren, ni ses liens financiers avec Gazprom ni sa gouvernance ne rassurent le CIO.

En mai dernier, le Russe avait été reconduit à la présidence de l'IBA sans opposition. Son adversaire, le Néerlandais Boris Van der Vorst, avait été écarté de l'élection pour des motifs balayés un mois plus tard par le Tribunal arbitral du sport, laissant augurer une nouvelle élection.

L'IBA persiste à s'en dispenser. Réunis ce week-end à Erevan, ses délégués se sont prononcés contre la tenue d'un nouveau scrutin dans des circonstances chaotiques, dont une coupure d'électricité en plein vote, rappelle le CIO.

Pendant le congrès, j'ai pris la parole pour dire qu'on se ridiculisait à la face du monde, a raconté Dominique Nato, président de la Fédération française de boxe, déplorant un énorme gâchis et l'image déplorable vis-à-vis du CIO.

Par ailleurs, quand la guerre en Ukraine a déjà valu au sport russe une cascade de sanctions et fragilise considérablement les sportifs ukrainiens, l'IBA a suspendu dimanche la Fédération de boxe ukrainienne en invoquant une ingérence politique derrière son changement de président.

Après ces développements perturbants, la commission exécutive du CIO devra entièrement réviser la situation lors de sa prochaine réunion, a expliqué son porte-parole, laissant planer la menace d'une éjection pure et simple du programme olympique.

L'instance de Lausanne semble au bout de ses moyens de pression, après avoir retiré à la fin de 2021 la boxe du programme initial des Jeux de 2028 à Los Angeles – tout comme l'haltérophilie et le pentathlon moderne – en se laissant la possibilité de la réintroduire en 2023 si l'IBA s'amende.

Je suis dépité quand je vois le risque qu'ils font prendre à notre sport, a lancé Dominique Nato, pour qui les Jeux olympiques font partie de l'attractivité de la boxe.

Selon Jean-Loup Chappelet, spécialiste de l'olympisme à l'Université de Lausanne, la boxe est si populaire et universelle, du pancrace antique aux salles américaines en passant par le Moyen-Orient, l'Asie et l'ex-URSS, que le CIO fera tout pour la garder.

L'instance a probablement fait son deuil de l'IBA, a-t-il estimé, mais peut encore organiser une tutelle indirecte de la boxe en attendant de reconnaître une autre fédération internationale à laquelle se rallieraient les fédérations nationales attachées au rêve olympique, ce qui est sûrement en train d'être étudié.

Le CIO, qui ne reconnaît pas des sports, mais des fédérations internationales chargées d'organiser les compétitions, est d'ailleurs familier avec ce type de manœuvres, rappelle le spécialiste. Il avait suscité des organisations semblables lorsque l'escalade et la planche à roulettes ont été ajoutées aux JO.

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