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Chronique

Coupe du monde au Qatar : les joueurs doivent-ils boycotter le tournoi?

Deux hommes au premier plan complètent l'image.

Le logo de la Coupe du monde au Qatar est projeté sur le marché Souq Waqif de Doha.

Photo : Getty Images / -

À 52 jours du coup d’envoi, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer l’attribution de la Coupe du monde au Qatar.

Philipp Lahm, ex-international allemand, et Éric Cantona, légende de Manchester United, ont tout récemment annoncé leur intention de boycotter le tournoi international.

Mercredi, c’était au tour de l’équipe nationale danoise de frapper un grand coup avec son équipementier Hummel, qui a dévoilé les maillots que porteront les joueurs durant toute la compétition.

Des tenues volontairement sobres en guise de protestation contre l’émirat.

Rappelons que d’après le quotidien britannique The Guardian, plus de 6500 ouvriers originaires de l'Inde, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh et du Sri Lanka ont péri au Qatar depuis que le pays a obtenu l'organisation de la Coupe du monde, il y a 10 ans.

Ce même journal a récolté les données des gouvernements de ces pays, principaux fournisseurs de main-d'œuvre. Ces statistiques s’ajoutent aux accusations de non-respect des droits de la personne de la part de l’émirat, ainsi que d’une irresponsabilité envers les enjeux climatiques (notamment ses stades climatisés).

Le Qatar a catégoriquement dénoncé ces accusations par la voix du président du comité d’organisation, Nasser Al-Khater.

Les chiffres avancés par certains médias sont utilisés pour créer de la négativité autour de l'événement et servir des intérêts personnels. Ils sont absolument faux. Nous ne reconnaissons pas ces chiffres, qui ne sont d'ailleurs pas contextualisés. C'est du journalisme irresponsable. C'est comme si chaque mort au Qatar était lié à la Coupe du monde, a-t-il dit.

Ces contestations, marquées par des prises de position fortes, risquent de s’accentuer d’ici au coup d’envoi du tournoi. Mais qu’en est-il des joueurs?

Ont-ils le devoir et la responsabilité de dénoncer les enjeux sociaux politiques soulevés avant le lancement de grandes compétitions internationales?

C’est en tout cas l’avis d’Amnistie internationale.

L’organisation, qui n’appelle pas directement au boycottage de la compétition, a cependant diffusé un documentaire dénonçant les dessous du Mondial et a publié sur son site une pétition dans laquelle elle demande aux fédérations et aux joueurs de prendre la parole publiquement sur la question des droits de la personne.

Un avis tranché, que je ne partage pas spécialement. Car la Coupe du monde représente le rêve ultime pour des joueurs qui travaillent tous les jours dans l’ombre pour atteindre le plus haut niveau.

C’est naturellement valable pour des vedettes mondiales du football comme Kylian Mbappé ou Neymar, mais ça l’est encore plus des joueurs plus modestes comme Samuel Piette ou Ismaël Koné, qui représenteront le Canada après 36 ans d’absence à la phase finale.

Les forcer à dénigrer la compétition qui représente l’aboutissement du travail d’une vie, ou les forcer à boycotter cet événement, serait à mes yeux une grande forme d’injustice.

Personne ne les a consultés, il y a 10 ans, lors de l’attribution officielle de la Coupe du monde au Qatar.

Il n’y a aucune raison qu’ils en assument les conséquences aujourd’hui.

C’est à la FIFA, qui dégagera une manne financière colossale de ce tournoi, d’assumer pleinement ses choix et de répondre à toutes les critiques qui peuvent lui être formulées.

Un joueur de soccer professionnel a toujours la possibilité de manifester pour défendre des valeurs universelles telles que l’importance des droits de la personne dans le monde et des libertés individuelles. Mais cela doit rester un choix, et non une obligation.

Il ne faut jamais sous-estimer la capacité des sportifs de haut niveau à s’engager pour des causes qui leur paraissent justes, quitte à prendre des risques pour leur carrière ou pour leur vie.

La démonstration faite par équipe nationale iranienne cette semaine, durant l’intonation de l’hymne national avant le match contre le Sénégal, en est le parfait exemple.

Les coéquipiers de Sardar Azmoun, joueur étoile du soccer iranien, ont décidé de masquer leur maillot national en protestation contre le régime de leur pays, qui répriment les manifestations à la suite de la mort de Mahsa Amini, interpellée par la police des mœurs pour ne pas avoir correctement porté le voile.

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