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Droits de la personne au Qatar : rien n’est réglé, déplore Amnistie internationale

Un chantier de construction

Le chantier de construction du stade Lusail au Qatar en 2019

Photo : Getty Images / Francois Nel

Déjà trop de cartons rouges ont été distribués et pourtant le Qatar est toujours sur le terrain.

À deux mois de la Coupe du monde de soccer au Qatar, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer une fois de plus les atteintes aux droits de la personne dans ce petit pays du Golfe. Deux anciens joueurs, le Français Éric Cantona et l’ex-capitaine de l’équipe d’Allemagne Philipp Lahm, ont lancé un appel au boycottage de la compétition.

Récemment, un quotidien de l’île de la Réunion a décidé lui aussi de boycotter le Mondial, une première dans l’histoire des médias. La France et neuf autres nations participantes ont annoncé leur volonté de soutenir les droits des personnes LGBT. Les capitaines de ces sélections vont arborer un brassard aux couleurs arc-en-ciel lors du Mondial. Un appui à la cause pour dénoncer la répression que vivent les homosexuels dans ce pays.

Le sort des travailleurs qui ont été victimes de toutes sortes d’abus sur les chantiers de construction fait aussi l’objet d’un soutien. À la suite d’une enquête accablante du quotidien britannique The Guardian, Amnistie internationale et un regroupement de plusieurs organisations non gouvernementales demandent à la FIFA que ces travailleurs soient maintenant indemnisés.

L’ONG réclame au président du soccer mondial, Gianni Infantino, la somme de 420 millions d’euros de primes (560 millions de dollars canadiens) pour dédommager les ouvriers qui ont été victimes d’abus et les familles de travailleurs qui ont perdu la vie.

Radio-Canada Sports s’est entretenu avec la directrice générale d’Amnistie internationale pour le Canada, France-Isabelle Langlois. Le constat que son organisation a fait sur les conditions de travail sur les chantiers qataris est dramatique.

Les conditions de travail sont exécrables depuis le début des constructions pour les travailleurs. La plupart sont des migrants qui viennent du Népal et de la région. Ils doivent travailler avec des températures qui ressemblent à un four. Ils ont peu de repos, peu d’eau et ils travaillent jusqu’à l’épuisement. Sans compter les conditions de logement qui sont exécrables et les difficultés qu’ils ont à se faire payer.

Capture d'écran de la lettre

Éric Cantona a annoncé au moyen d'une lettre qu'il allait boycotter la Coupe du monde au Qatar.

Photo : Twitter (capture d'écran)

Il faut comprendre que le gouvernement qatari a mis en place une kafala. Traduisez, un parrainage. Seulement voilà, dans le domaine de la construction, le parrain est souvent l’employeur qui va se porter garant aux yeux de l’État, mais qui, dans les faits, a toute autorité sur ses parrainés.

Les travailleurs sont pris au piège, car ils ne peuvent pas quitter un chantier ou même le pays, puisqu’on leur a confisqué leurs passeports. La directrice d’Amnistie est catégorique, c’est une situation qui relève de l’esclavage humain, de la servitude, tout cela pour une Coupe du monde de football.

Questionnée sur les dédommagements qui seraient versés aux familles des travailleurs victimes d’abus, France-Isabelle Langlois n’est pas vraiment optimiste quant à la suite des choses

La FIFA nous dit qu’elle ne peut rien faire, mais c’est le type de réponse que nous avons chaque fois. Mais nous avons aussi écrit aux commanditaires de la Coupe du monde. Nous avons eu des réponses, mais elles ne sont pas satisfaisantes. Obtenir le dédommagement va être difficile, mais ce n’est pas impossible. Tout dépendra des pressions et des mobilisations. Plus il y en aura et moins ils auront la chance de se défiler. On verra comment les grands commanditaires comme McDonald’s, Coca-Cola, Adidas ou Hyundai réagiront, s’ils sont boycottés à leur tour.

Devant ce qui peut ressembler à une impasse, France-Isabelle Langlois voit tout de même une petite lueur. Le fait que les médias sportifs sortent de leur traditionnelle ligne éditoriale et abordent les questions de droits de la personne va peut-être, selon elle, inverser la tendance.

Elle s’interroge également sur le fait que l’on ait pu attribuer à un pays qui bafoue les droits les plus élémentaires ce grand événement sportif qu’est la Coupe du monde.

En plus des conditions de travailleurs, on ne peut pas dire que le Qatar soit un champion des droits de la personne. La question de la liberté des femmes, des droits des personnes LBGT… Je ne comprends pas qu’en 2022, on puisse tenir ce type d’événements là dans des pays où les conditions des droits de la personne relèvent d’une autre époque! De tenir des événements en Chine, en Russie, au Qatar ou en Arabie saoudite est un non-sens.

Le stade Lusail illuminé dans la nuit

C'est au stade Lusail de Doha que se tiendra la finale de la Coupe du monde masculine de 2022.

Photo : afp via getty images / KARIM JAAFAR

Ce qui est aussi choquant pour la directrice de l’ONG, c’est que toutes ces questions des droits de la personne ne soient pas prises en considération par les grandes fédérations sportives lorsque vient le temps d’octroyer ces événements internationaux et que seuls l’argent et les considérations futures comptent. Avec cette Coupe du monde, on pense que la FIFA va mettre dans ses coffres plus de 6 milliards de dollars.

Amnistie internationale n’appelle pas au boycottage, car l’organisme pense que cela brimerait davantage les personnes les moins nanties. Cependant, il n’est pas contre les appels au boycottage provenant d’autres organismes ou individus.

Le mardi 20 septembre, l’Émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad al Thani, a prononcé un discours qui se voulait rassurant devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Sur la législation homophobe dans son pays, il a déclaré que tous les visiteurs seront accueillis sans discrimination.

Des propos qui contrastent quelque peu avec ceux du responsable de la sécurité du Mondial, Abdulaziz Abdullah Al Ansari, qui a déclaré à l’Associated Press : Vous voulez manifester votre point de vue sur la situation, faites-le dans une société où le drapeau arc-en-ciel sera accepté. Ne venez pas insulter toute la société à cause de ça.

Depuis que la FIFA a attribué la Coupe du monde à l’Émirat en décembre 2010, les scandales de toutes sortes se sont succédé. Corruption, pots-de-vin, atteintes aux droits de la personne, dérives environnementales et la liste est longue. Des enquêtes sont en cours en France, aux États-Unis et en Suisse sur les conditions de l’attribution du Mondial au Qatar.

Ce petit pays du golfe, qui a fait du sport une de ses politiques prioritaires pour sortir de son isolement et surtout, pour se donner une légitimité mondiale, devra montrer une autre image s’il veut être crédible un jour aux yeux de la communauté internationale.

Comme dans les matchs de soccer, il va falloir que les arbitres se fassent entendre afin que personne ne se place au-dessus des règles et surtout, qu’une exclusion du terrain est toujours possible. La Russie en sait quelque chose!

Le coup de sifflet est donc loin d’être donné pour le début de la compétition le 20 novembre. À quand le prochain carton rouge?

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