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Analyse

Évolution ou révolution au CIO?

Il fait un geste avec ses mains.

Le président du CIO, Thomas Bach, s'adresse aux médias en conférence de presse.

Photo : presse canadienne

La commission exécutive du Comité international olympique (CIO) réunie à Lausanne, ce week-end, a pris des décisions audacieuses, mais tardives.

Les pays hôtes des prochains Jeux olympiques devront dorénavant montrer patte blanche en matière de droits de la personne.

Les droits de l'homme sont en effet solidement ancrés dans la Charte olympique, peut-on lire dans le communiqué de la commission. Nous allons encore renforcer ces principes à l'avenir. Ce qui guidera les processus et décisions liés à la sélection des futurs hôtes et à l’organisation des Jeux olympiques, ainsi qu’à la représentation des athlètes et à la pratique d’un sport sûr et inclusif.

Pour atteindre ses objectifs, le CIO est donc prêt à réformer sa charte pour rendre son intervention plus efficace et surtout moins floue.

« L'organisation évolue, de nouvelles approches seront nécessaires pour aborder efficacement certains des enjeux les plus graves auxquels sont confrontés les athlètes aujourd'hui, notamment le harcèlement et les abus, la capacité à se faire entendre et représenter, et la nécessité d'un plus grand accès aux mécanismes de recours, en tenant compte du point de vue des personnes directement concernées. »

— Une citation de  Communiqué du Comité international olympique

En 2021, le CIO avait mis sur pied une unité responsable des droits de la personne qui a travaillé sur un cadre d’intervention. On précise que cela comprend également l'inclusion, l'égalité des genres et la pratique du sport en toute sécurité.

Le mouvement olympique n’avait plus le choix de s’adapter aux réalités d’aujourd’hui et il fallait absolument dépoussiérer la maison de Lausanne. Trop souvent, le CIO était resté évasif ou se réfugiait derrière une certaine neutralité pour ne pas prendre les décisions qui s’imposaient.

Redonner les Jeux à la Chine, malgré les rapports accablants en matière de non-respect des droits de la personne, a été la goutte de trop et aura forcé l’institution à se réformer, certes tardivement. La décision d’un appel au monde sportif d’exclure les Russes après l’invasion de l’Ukraine est le premier signe tangible qui venait briser l’immuable non-ingérence du mouvement olympique dans la politique d’un pays.

Jusqu’en 2032, le CIO n’aura pas trop de problèmes à justifier ses choix de villes hôtesses. L’avenir nous dira si ce principe olympique novateur sera perçu comme une évolution ou une révolution. On verra quelle sera l’attitude du Comité international olympique quand il aura face à lui les candidatures des pays du Golfe comme le Qatar ou l’Arabie saoudite ou une quelconque ancienne république de l’Est.

Sanctions et menaces d'exclusion

Décidément, les membres de la commission exécutive du CIO étaient résolus en fin de semaine à frapper un grand coup. Pour des locataires qui d’habitude ne font pas trop de bruit, on dirait que les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas.

La place de la boxe dans le programme olympique est encore remise en question. Pour les Jeux de Paris en 2024, elle sera encore sous la tutelle du CIO.

Les diverses préoccupations du CIO concernant la gouvernance de l'IBA (Fédération internationale de boxe), notamment à propos du processus d'arbitrage et de jugement et de la dépendance financière de la fédération vis-à-vis de l'entreprise publique russe Gazprom, sont toujours d'actualité, souligne le mouvement olympique dans son communiqué.

Si ce sport est encore sous respirateur, il lui faudra un souffle nouveau s’il veut continuer à vivre aux Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles.

L’Inde et le Guatemala dans la ligne de mire du CIO

Le Comité national olympique (CNO) guatémaltèque a été suspendu par le CIO.

Si l’élection de ses nouveaux membres s’était bien passée, la Cour constitutionnelle du Guatemala en a décidé autrement en remettant en cause les élections. Cette ingérence est une violation de la charte olympique qui prévoit qu’un gouvernement ne peut pas intervenir dans l’organisation d’un CNO. Ce dernier est indépendant et ne rend des comptes qu’à l’institution mère.

Si le Guatemala est persona non grata de la famille olympique, l’Inde est aussi dans le viseur du CIO. Un rapport dévastateur parle de lacunes en matière de gouvernance et de litiges internes graves. Les membres de la commission exécutive ont donc décidé de lancer un dernier avertissement à l’Inde, avant d’envisager la sanction ultime, la suspension.

Coïncidence ou non, la prochaine réunion de la commission exécutive qui devait avoir lieu en mai a été reportée en septembre. Il faut dire qu’elle doit avoir lieu à Mumbai!

Toute suspension d'un comité national olympique signifie, en particulier, que :

  • les athlètes du pays ne sont plus en mesure de représenter leur pays et de concourir sous le drapeau/nom du pays aux Jeux olympiques et à d'autres manifestations sportives internationales, selon le cas;
  • le CNO n'est plus autorisé à exercer ses fonctions conformément à son rôle tel que défini dans la Charte olympique;
  • le CNO ne reçoit plus aucun financement du mouvement olympique jusqu'à ce que la suspension soit levée.

Paris 2024, la confiance règne

Paris 2024

Paris 2024

Photo : Getty Images / AFP Contributor

Le sujet de la sécurité des prochains Jeux olympiques était aussi au cœur des discussions de la commission exécutive. On se souviendra des incidents graves qui avaient marqué la finale de la Ligue des champions au Stade de France.

On remettait alors en question la capacité des autorités françaises à sécuriser un grand évènement sportif, d’autant que les prochains Jeux en France se veulent hors du commun et spectaculaires avec notamment une cérémonie d’ouverture sur la Seine.

Le président Thomas Bach s’est montré rassurant. Après diverses consultations, je peux dire que nous avons pleinement confiance dans les autorités de sécurité françaises. Ils ont tiré les bonnes conclusions des incidents de la finale de la Ligue des champions et cela renforce notre confiance, a-t-il dit.

Le président de la commission de coordination du CIO pour Paris 2024, le Belge Pierre-Olivier Beckers, abonde dans le même sens que son président.

Nous sommes totalement rassurés par les propos du délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques et du préfet de police, a affirmé M. Beckers.

Si tout le monde a l’air de se réjouir, il y a toutefois un bémol dans ce concert de louanges.

L’ancien champion olympique du 110 m haies, Guy Drut, dénonce une situation de crise. L’ancien ministre des sports français n’hésite pas à parler de situation grave et tendue au sein du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Il y aurait des querelles internes et des abus de pouvoir à la direction du CNOSF.

Ça fait 25 ans que je suis au CNOSF, je n’ai jamais vu ça, a déclaré l'ancien champion. Il y a toujours eu des difficultés entre les présidents et leurs secrétaires généraux, mais ils ont toujours fait en sorte de s’entendre. Là, c’est dramatique.

Des propos guères rassurants et qui viennent quelque peu assombrir la Ville Lumière à deux ans de ses JO.

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