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Tous les acteurs de la Série du siècle en gardent un souvenir vivace

Sur un tapis rouge installé sur la patinoire, entourés de caméras, ils saluent la foule.

Ken Dryden, Vladislav Tretiak, Alexander Yakushev et Yuri Liapkin

Photo : Reuters / Paul Darrow

La Presse canadienne

Rarement un événement sportif aura-t-il suscité un tel engouement d'un bout à l'autre du pays et laissé une empreinte aussi durable dans la mémoire de tous les acteurs qui y ont participé.

Du 2 au 28 septembre 1972, la série de huit matchs entre les joueurs étoiles de la Ligue nationale de hockey (LNH) et les hockeyeurs prétendument amateurs de l'Union soviétique devient la tribune où la suprématie du sport est à l'enjeu. Elle oppose aussi deux systèmes à une époque de guerre froide entre l'Ouest et l'Est.

Au moment où l'on s'apprête à célébrer le cinquantenaire de ce qui est devenu dans la mémoire collective la Série du siècle, la majorité des joueurs canadiens qui ont disputé ce tournoi persiste à dire qu'il s'agit du moment qui a le plus marqué leur vie de hockeyeurs.

Si l'ex-gardien du Canadien de Montréal Ken Dryden, qui a disputé quatre des huit matchs, est toujours aussi fasciné par le fait que les nombreux souvenirs de cette série l'habitent toujours autant, son coéquipier de l'époque Serge Savard ajoute qu'elle n'a laissé aucun amateur indifférent.

Pourquoi cette série a-t-elle eu un retentissement si profond chez les joueurs, les partisans et tous les Canadiens, dit Dryden dans son récent livre La Série du siècle, telle que je l'ai vécue. Parce que nous en avons tous fait une affaire personnelle.

C'est un événement spécial. C'était réellement la première fois que, nous les professionnels, nous pouvions participer à une compétition internationale. Ce n'était pas les Jeux olympiques, mais sûrement l'équivalent et même mieux, avance Savard, qui a connu une carrière glorieuse avec 10 bagues de la Coupe Stanley à son actif, soit 8 comme joueur et 2 en tant que directeur général.

« Cette série a marqué les joueurs, mais elle a aussi marqué les gens. Tout le monde en âge de se rappeler se souvient où il était quand nous avons remporté le huitième match, même 50 ans plus tard. »

— Une citation de  Ken Dryden

Et ce n'est guère étonnant puisque, comme le souligne Dryden, environ 16 des 22 millions de Canadiens étaient devant leur téléviseur pour suivre en direct le huitième match, le 28 septembre 1972.

Le 28 septembre était un jour de semaine et le match avait lieu en plein jour chez nous, raconte-t-il. Pourtant, les activités de millions de travailleurs et d'écoliers se sont interrompues le temps d'un match de hockey.

Yvan Cournoyer, un autre des six membres de la dynastie du CH des années 1970 à avoir disputé la série, estime lui aussi qu'elle n'a pas son égal.

J'ai eu l'occasion de gagner 10 fois la Coupe Stanley et c'est pour ça qu'on joue au hockey. Mais en 1972, la série était différente. Elle a vraiment changé le hockey, elle lui a donné une nouvelle orientation, constate-t-il avec le recul.

Les rois du hockey mis en déroute

Cette série Canada-URSS a été présentée à l'époque comme l'occasion de redorer le blason du hockey canadien, éclipsé sur la scène internationale par les Soviétiques à partir du Championnat du monde de 1954.

Et pour l'occasion, on a réuni toutes les grandes vedettes de la LNH, à l'exception de Bobby Orr, blessé, et de Bobby Hull, boudé parce qu'il s'était joint à l'Association mondiale de hockey (AMH), le nouveau circuit rival.

Pour la première fois, les joueurs professionnels canadiens avaient l'occasion de se mesurer aux Soviétiques et de prouver qu'ils étaient les meilleurs. Du moins, c'est ce que la plupart des observateurs estimaient avant le début de la série.

N'empêche que cette équipe venue de l'autre côté du rideau de fer intriguait.

Avant le premier match au Forum de Montréal, j'ai dit à Frank (Mahovlich) : "Frank, j'ai vraiment peur, on ne les connaît pas. Ils ont gagné les Olympiques. On ne sait pas quel style de jeu ils pratiquent." Ça me préoccupait beaucoup, se rappelle Cournoyer.

Et il avait raison puisque les Soviétiques leur infligent une défaite humiliante de 7-3.

On pensait que nous étions les rois du hockey, mais on s'est vite aperçu qu'il y en avait d'autres, aussi bons, sinon meilleurs que nous, souligne le journaliste retraité Gilles Terroux, qui a couvert toute la série en 1972. Les Canadiens ont encaissé une méchante dégelée lors du premier match.

Victoire déterminante

Désormais conscient de la qualité de l'opposition, le camp canadien prend ses adversaires au sérieux et s'offre une victoire de 4-1 deux jours plus tard à Toronto.

De l'avis de Cournoyer, auteur d'un but ce soir-là, cette victoire a été déterminante pour la suite.

Je crois qu'il fallait absolument gagner ce match pour se dire que nous pouvons les battre si on joue comme nous en sommes capables.

Un match nul à Winnipeg et une défaite à Vancouver ont toutefois augmenté la pression sur les joueurs canadiens et semé le doute chez les partisans au moment où la série se transportait à Moscou pour les quatre derniers matchs.

Après la défaite à Vancouver, il n'y a pas beaucoup de Canadiens qui croyaient aux chances de cette équipe de gagner la série, relate Gilles Terroux.

Le cri du cœur de Phil Esposito adressé aux amateurs lors de son entrevue à la télévision nationale après le match à Vancouver et la période de 13 jours entre les matchs 4 et 5 – planifiée pour permettre aux Canadiens de s'adapter aux patinoires européennes plus grandes lors d'un séjour en Suède – ont eu un effet rassembleur.

Les deux matchs hors-concours en Suède nous ont permis de parfaire notre condition physique et de consolider l'esprit d'équipe, reconnaît Yvan Cournoyer, rappelant que les joueurs nord-américains à cette époque ne s'entraînaient pas trop pendant l'été.

Ils nous ont surpris lors des quatre premiers matchs, mais il faut reconnaître qu'ils étaient prêts, note pour sa part l'ex-défenseur Guy Lapointe, inclus en raison des absences d'Orr et de Jacques Laperrière, qui avait décliné l'invitation.

« De notre côté, on avait réuni 34 joueurs, toutes des vedettes au sein de leur équipe respective et certains avaient du mal à accepter de jouer un rôle plus modeste. Une fois en Russie, tout le monde a accepté son rôle et nous avons formé une bien meilleure équipe lors des quatre derniers matchs. »

— Une citation de  Guy Lapointe

De fait, même si le premier match au Palais des sports de Loujniki se solde par une défaite de 5-4, les Canadiens montrent une meilleure cohésion et, surtout, jouent plus en confiance.

Les Canadiens se retrouvent néanmoins au pied du mur : ils doivent gagner les trois derniers matchs pour remporter la série. Et tout devient possible lorsqu'ils enlèvent les matchs 6 et 7, chaque fois par la marge d'un but.

Les encouragements bruyants des 3000 spectateurs canadiens qui ont fait le voyage galvanisent les leurs sur la patinoire.

Les Soviétiques dans les gradins manifestaient leur soutien à leur équipe par des sifflements, mais ils étaient vite enterrés par les cris des partisans canadiens, mentionne Gilles Terroux.

Encore aujourd'hui, Yvan Cournoyer n'a pas oublié l'importance de ce précieux soutien à Moscou.

À chaque fois que je rencontre des partisans qui étaient là-bas, je les remercie parce qu'ils nous ont beaucoup aidés. Sans eux, ça aurait été plus dur à gagner.

En fait, les joueurs canadiens ont acquis le sentiment que tout le Canada était derrière eux pendant leur séjour là-bas.

À l'époque, nous n'avions pas les moyens de communication comme aujourd'hui. On recevait des télégrammes de soutien provenant de partout au Canada avec 200, 300, 400 noms. On les mettait sur les murs près de notre vestiaire, évoque Serge Savard.

Un but inoubliable

Le huitième et dernier match a été digne des meilleurs scénarios à suspense.

Après une controverse la veille sur l'identité des deux arbitres en fonction, le match ultime se joue sous haute tension. Les esprits s'échauffent à mi-chemin de la troisième période lorsque le juge de but tarde à activer la lumière rouge confirmant le but égalisateur de Cournoyer.

Une fois le calme revenu et la rondelle remise en jeu, Serge Savard garde un souvenir vif des minutes suivantes.

Quand on a créé l'égalité, l'interprète russe assis derrière notre banc est venu nous voir pour nous dire que, si le match finissait nul, ce sont eux qui gagnaient la série en raison du différentiel de buts pour.

C'était sans compter sur le trio de choc formé d'Esposito, Henderson et Cournoyer.

Quand Paul (Henderson) a marqué le but victorieux avec 34 secondes, j'étais tout juste derrière lui, se souvient Cournoyer avec émotion. J'ai crié : "We did it! On l'a fait! on l'a fait!" C'est un sentiment indescriptible.

Ce but d'Henderson et cette victoire restent un moment auquel les Canadiens demeurent profondément attachés émotivement.

C'est difficile de juger, mais je ne suis pas sûr que le but de Crosby aux Jeux de Vancouver en 2010 soit plus important que celui de Paul Henderson, estime Jean Lévesque, professeur au Département d'histoire de l'UQAM. Henderson sauvait le Canada de la catastrophe.

Dans les grands événements sportifs, symboliquement, la Série du siècle est difficile à battre au Canada. Cette série a tellement fait monter les enchères, qu'après, c'est en référence à 1972 qu'on veut presque gagner en 2010.

Il surveille un adversaire depuis l'arrière du filet.

Pat Stapleton avait récupéré la rondelle après le but gagnant de Paul Henderson dans le huitième match de la Série du siècle.

Photo : La Presse canadienne / Peter Bregg

Un sondage réalisé par La Presse canadienne à la fin de 1999 abonde dans ce sens puisque le but historique de Paul Henderson s'est classé au huitième rang des plus importantes nouvelles du 20e siècle au Canada, devant même l'élection du Parti québécois en 1976.

Pour les joueurs, l'évidence ne fait aucun doute.

Émotivement, je ne pense pas qu'un être humain puisse s'élever aussi haut, affirme Savard. C'est aussi un événement qui ne sera jamais répété parce qu'à l'époque, le hockey se résumait à Canada-Russie. C'était le début des changements dans le hockey.

Beaucoup de gens me demandent la différence entre gagner la Coupe Stanley et 1972 .Je leur réponds: "Si on a les deux, c'est pas pire!", conclut Cournoyer avec humour.

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