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Larmes et douleurs pour Mathieu Blanchard et Marianne Hogan au mont Blanc

Il franchit la ligne d'arrivée.

Le Montréalais Mathieu Blanchard est devenu le deuxième coureur à terminer l'ultramarathon du Mont-Blanc en moins de 20 heures.

Photo : Twitter / Ultra Trail Mont-Blanc

Olivier Pellerin

Samedi dernier, Mathieu Blanchard et Marianne Hogan ont terminé au 2e rang de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), l'une des plus prestigieuses courses en montagne d’une distance de 170 kilomètres. Les Québécois se sont succédé sur la deuxième marche du podium, tous deux fiers d’y avoir représenté la province qui les a vus grandir comme ultramarathoniens.

On s’est développés au Québec en tant que trailers (coureurs de sentier) dans les sentiers québécois bien techniques avec la grosse bouette et les racines, et nous sommes contents aussi d’être en quelque sorte ambassadeurs du trail du Québec, a expliqué avec fierté Mathieu Blanchard. Peut-être que ça inspirera de jeunes Québécois qui se mettent au trail à envisager de grands rêves dans le sport, et pourquoi ne pas aller eux aussi courir des courses comme l’UTMB un jour?

Arrivé au Québec de France en 2014, l’ingénieur de formation a accumulé les kilomètres sur les terrains accidentés de la Belle Province pour gravir, rapidement, les échelons parmi l’élite mondiale de course d’endurance en sentier. Contre toute attente en 2021, il a pris le 3e rang de l’UTMB, quatre ans seulement après ses premiers pas sur la scène internationale.

Cette année, il a fait trembler le mont Blanc dans une course qui appartient désormais à l’histoire. Engagé dans une lutte à deux avec le favori et éventuel champion, l’Espagnol Kilian Jornet, Blanchard s’est accroché pour boucler le parcours sous la barrière psychologique des 20 heures.

Je suis encore en train de penser à qu’est-ce qui a été différent dans ma préparation pour être à un tel niveau de performance, a lancé le Montréalais.

Je suis désolé d’aller dans le monde magique de Disney Land, mais je crois qu’il y avait quelque chose de magique qui m’est arrivé pendant la course, une sorte de transcendance qui m’a donné une énergie folle que j’ai du mal à expliquer.

« À un moment donné, ça m’a tellement inquiété d’être aussi bien et de pousser aussi fort que j’en ai pleuré, j’en ai pleuré de peur. J’en ai pleuré de peur, de me dire : "Qu’est-ce qui se passe, je suis en train de faire n’importe quoi, je vais trop vite et je vais exploser et je vais échouer ma course." Cette transcendance m’a mené dans ces moments de course qui ont été très, très puissants. »

— Une citation de  Mathieu Blanchard, ultramarathonien

Aucun coureur n’avait parcouru les 170 km aussi rapidement, et pourtant, deux participants ont réussi l’exploit cette année. Les deux hommes ont réalisé ce que plusieurs considéraient comme impossible il y a une semaine à peine. Et ils n’y seraient pas parvenus l’un sans l’autre. C’était là un duo parfait, selon Mathieu Blanchard, pour ce coup d’éclat qui marquera à jamais la 19e édition de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc.

Avec Kilian, c’est un travail commun. Ce qu’il manquait dans l’équation de ceux qui étudient tout ça, c’était la possibilité d’envisager d’aller chercher cette barre des 20 heures à deux, et il n’y a aucune autre possibilité que de le faire à deux. D’autres ont essayé, seuls, de pousser sur la course comme Pau Capell, dans son projet Breaking 20, et il avait échoué. Au final, la clé, c’était d’être l’un avec l’autre pour batailler, pour se pousser jusqu’au bout de la course, sans ne jamais rien lâcher, ce qui nous a permis d’aller casser cette barre des 20 heures.

Au 120e kilomètre, Kilian Jornet s’apprêtait à rendre les armes. L’Espagnol, qui comptait déjà trois titres à l’UTMB avant le week-end dernier, était en proie aux douleurs musculaires lorsque Blanchard s’est amené pour le dépasser.

Lorsque j’ai rattrapé Kilian au kilomètre 120, je suis arrivé derrière lui à grande vitesse, il était vraiment au ralenti, dans le trouble. Et plutôt que de le dépasser et de lui dire : "ciao bye! dommage pour toi, je me suis arrêté à côté de lui et je n’ai pas osé le dépasser, explique-t-il. J’ai un tel respect pour lui que je me suis arrêté à ses côtés, je lui ai demandé tout doucement si ça allait, s’il avait besoin de quelque chose et que je me sentais mal de partir devant lui.

C’est que Jornet figure parmi les légendes de son sport, et son temps de samedi dernier, figé à 19 h 49 min 30 s, un record de l’UTMB, le détache encore plus de ses compétiteurs.

Mathieu m’a fait passer de l’ombre à la lumière, a déclaré le quadruple vainqueur au mont Blanc dans une publication sur ses réseaux sociaux. Merci Mathieu et énormes félicitations pour ta course, une performance incroyable, a ajouté Jornet, reconnaissant.

D’ailleurs, l’accomplissement, retransmis en direct sur la chaîne française France Bleu, est tel que Mathieu Blanchard avoue avoir perdu le contrôle de son agenda des prochains jours, inondé par les rendez-vous médiatiques. L’avalanche de demandes des 72 dernières heures, qu’il juge par moment oppressante, montre l’ampleur de l’exploit réalisé sur les flancs du mont Blanc.

J’ai totalement perdu le contrôle. Ce n’est même pas la 2e place, c’est surtout le spectacle qu’on a fait avec Kilian. Ce n’était pas un jeu d’acteurs, on n’avait pas répété à l’avance, c’était vraiment un hasard que ce scénario se fasse, a-t-il dit, amusé.

« Je pense que l’UTMB 2022 restera dans les annales et aura un impact historique pour la suite de l’activité. Je crois que grâce à cette course, on est à un tournant pour notre sport dans le sens positif des choses, et je suis heureux d’avoir été acteur de ça. »

— Une citation de  Mathieu Blanchard, ultramarathonien

La maturité et l’expérience l’ont aussi convaincu de passer, cette fois, quelques jours en famille dans le sud de la France pour récupérer avant son vol de retour vers Montréal, mercredi.

Il souhaite profiter de son passage à titre de président d’honneur de la 11e édition de l’Ultra-Trail Harricana, à La Malbaie, du 9 au 11 septembre, pour échanger sur son expérience avec la communauté québécoise de coureurs.

Elle célèbre sa victoire en franchissant le fil d'arrivée.

Marianne Hogan a terminé au 2e rang chez les femmes.

Photo : Twitter / Ultra Trail Mont-Blanc

Des lendemains difficiles pour Marianne Hogan

Malgré les heures qui se sont écoulées depuis la fin de sa course, Marianne Hogan ne réalise toujours pas ce qu’elle a réussi sur les sentiers du toit de l’Europe.

On dirait que je ne l’ai pas encore absorbé, a confié la coureuse. C’est vraiment bizarre parce que c’est une course qui dure 24 heures, mais j’ai l’impression que ç’a passé comme un claquement de doigts. Je n’ai pas vraiment assimilé que c’est arrivé, mais je vais y arriver tranquillement, je pense.

Bien heureuse de sa 2e place acquise à sa toute première participation à l’UTMB, Marianne Hogan sait qu’elle a dû puiser dans ses réserves pour protéger son rang jusqu’à la limite. C’est qu’avec un peu plus de 40 kilomètres à faire à la course, des douleurs à la hanche gauche sont venues miner ses chances de remporter l’événement qu’elle a mené pendant un moment avant de devoir céder la victoire à l’Américaine Katie Schide.

C’est comme si ma hanche gauche s’est complètement saisie, comme si une douleur de couteau me rentrait dans la jambe. Pour moi, c’était très clair que je voulais aller jusqu’à la ligne d’arrivée et que j’allais faire tout en mon possible pour y arriver.

Je crois pas nécessairement à finir une course à tout prix, mais il n’y avait aucun doute que j’étais capable. Ç’aurait pu prendre 30 ou 40 heures, et je l’aurais fait, bien entendu si je n’étais pas en train de me briser davantage.

Encouragée par son équipe et sa famille, l’athlète de 32 ans s’est aussi accrochée au succès de son bon ami Mathieu Blanchard, avec qui elle a appris son sport. Lors de chaque ravitaillement, la Québécoise s’informait de la progression de son partenaire d’entraînement, qui a lui aussi mené simultanément le volet masculin, avant d’être devancé en fin de course.

Ce dont elle ne se doutait pas, c’est que Blanchard faisait de même de son côté pour faire le plein de motivation.

« Ce qui a été vraiment cool, c’est qu’on a mené la course au même moment, donc ç’a été un moment magique pour tous les deux, je pense. Mathieu a livré une performance qui va nettement être dans l’histoire de l’UTMB en courant sous la barre des 20 heures. Je suis incroyablement reconnaissante d’avoir pu vivre ce moment-là avec lui. »

— Une citation de  Marianne Hogan, ultramarathonienne

Elle aura tout le temps souhaité pour célébrer son deuxième podium de la saison, après sa 3e position à la Western State Run (161 km) en juin dernier, en Californie. L’ancienne triathlonienne compte délaisser les sentiers pour se remettre de sa plus récente course, particulièrement éprouvante sur le plan physique.

Je suis un peu maganée, mais c’est surtout un bris mécanique comme je les appelle, une certaine "crevaison" si on veut. J’ai vraiment un bris au niveau de la hanche, et c’est sûr que je vais prendre le temps de complètement guérir ça, je n’ai absolument aucune presse. Je dois respecter mon corps, je dois respecter mes limites et le processus. Donc, pour 2022, je ne pense pas qu’il y aura d’autres événements sur le calendrier pour plutôt me concentrer à ramener mon corps à un endroit qui est bon pour le long terme, a-t-elle conclu.

(Avec les informations de Roseline Filion)

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