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Les stades de soccer iraniens s’ouvrent aux femmes

Des femmes, vêtues aux couleurs de l'équipe, crient et gesticulent.

C'était la première fois en plus de 40 ans que les femmes ont pu assister à un match de clubs en Iran.

Photo : tasnim news/afp via getty images / HOSSEIN ZOHREVAND

Alexandra Piché

Les amatrices de soccer iraniennes ont vécu un moment historique, jeudi, à Téhéran. Pour la première fois en plus de 40 ans, le gouvernement a autorisé les femmes dans le stade de la capitale pour un match de ligue opposant deux clubs masculins.

Environ 500 femmes ont assisté à la victoire de 1-0 de l'Esteghlal FC sur le Mes Kerman. Selon l'Agence France-Presse, l'Esteghlal FC a d'ailleurs accueilli ces femmes avec beaucoup d'enthousiasme. Des ballons, des drapeaux bleus et des fleurs leur ont été offerts.

L'Iran interdisait aux femmes d’assister à des matchs de soccer masculin depuis la révolution islamique de 1979. Il y a eu des exceptions en 2019 et en janvier dernier pour des rencontres de l’équipe nationale contre l’Irak en qualification pour la Coupe du monde.

En 2019, une jeune femme de 29 ans, par crainte d'être emprisonnée pour avoir tenté d’assister à un match déguisée en homme, s'était immolée par le feu. Son décès a fait énormément réagir à l’international et la FIFA a commencé à mettre de la pression sur les autorités iraniennes pour qu’elles autorisent les femmes dans les stades.

Depuis, une poignée de supportrices ont été admises sous plusieurs conditions à assister à certaines rencontres de l’équipe nationale, mais sans plus.

Radio-Canada Sports s’est entretenu avec Sarah Mofidi, bien au fait de la situation dans son pays d’origine. Avant de s'installer à Montréal, elle a vécu les débuts de la lutte des Iraniennes pour regagner leurs droits après la révolution islamique.


Q. Comment avez-vous réagi en apprenant la nouvelle que des femmes allaient être autorisées à assister à un match de clubs en Iran?

R. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point c’est important que le gouvernement ait reculé sur un point aussi important. Ça fait quand même 43 ans qu’il n’a pas voulu reculer là-dessus. C’est un pas important pour les femmes.

Il faut comprendre que le soccer est le sport le plus populaire et le plus important en Iran. C’est important à tous les niveaux. On dit même souvent que c’est un sport politique tellement c’est important pour la population iranienne.

C’est la première fois que ç’a été permis de façon officielle. C’est immense comme nouvelle.


Q. Il y a beaucoup d'Iraniennes qui aiment le soccer?

R. Oui, et ça a toujours été le cas. Il y a énormément d’amatrices de football.

Durant les 40 dernières années, d’ailleurs, les femmes cherchaient différents moyens d’accéder aux stades malgré l'interdiction, notamment de se déguiser en homme. Il faut savoir aussi que, dans le passé, quand la vente de billets restreints aux femmes a été autorisée pour des matchs de l’équipe nationale, plusieurs détentrices de billets se sont vues refuser le droit de passer à la porte des stades.

C’est tellement bizarre et insensé de leur interdire d’aller dans le stade de football. Il n’y a aucune raison pourquoi c’est différent d’aller dans un stade que d’aller au cinéma, dans une salle de théâtre ou dans le bus. C’est une façon pour le gouvernement d’avoir une emprise.

Des femmes se prennent en photo lors d'un match de soccer.

La nouvelle a été accueillie avec beaucoup d'enthousiasme parmi les Iraniennes.

Photo : tasnim news/afp via getty images / HOSSEIN ZOHREVAND


Q. Est-ce bien vu pour une femme d’aimer le soccer ou le sport en général en Iran?

R. Oh, oui! Il n’y a aucun problème à ce que les femmes regardent le football. C’est tout à fait acceptable. Il n’y a rien là.

C’est sûr, les familles très religieuses ou très fanatiques ne laisseront sûrement pas leur fille regarder le match, surtout au stade, mais ce sont des situations plus personnelles. Il y a par exemple des familles qui ne laissent pas leur fille aller au cinéma, mais on ne ferme pas pour autant la porte des cinémas à toutes les femmes.

Au niveau de la population en général, ce n’est pas mal vu qu’une femme soit fan de football. Il n’y a pas de résistance de la population envers cette liberté.


Q. À votre avis, c'est une avancée importante pour les femmes, mais il faut s’en méfier. Pourquoi?

R. J’avoue que je ne sais pas comment l'interpréter. Oui, c’est bien que le gouvernement ait reculé pour ça. C’est un avancement important. En même temps, en parallèle avec ça, on voit quand même malheureusement un renforcement certain de toutes les mesures d'oppression des femmes en Iran. Le port du voile est devenu beaucoup plus renfermé qu’il y a un an. Il y a plus de pression sur les femmes pour le hidjab, pour les habits qu’elles portent à l’extérieur.

On voit aussi beaucoup plus d'arrestations tout d’un coup. Ils ont commencé à faire plus d'arrestations qu’avant, notamment chez les activistes. Plusieurs organisations à but non lucratif ont été fermées. Alors d’un côté, il y a tout ça, et de l’autre, cet événement historique de laisser entrer les femmes dans le stade.

Ç’a toujours été une lutte continue et sans relâche entre les femmes qui veulent acquérir leurs droits et le gouvernement qui veut les effacer de la ville, des activités plus sociales.

Si on compare la place des femmes dans la société iranienne d’aujourd’hui avec la place des femmes au début de la révolution, quand j’étais encore en Iran, on parle d’un progrès important. Mais récemment, on voit que le gouvernement commence à renforcer de nouveau les mesures de répression contre les femmes et les activistes.

C’est donc certain que j’ai envie de célébrer cette petite victoire pour les femmes, mais ce qui se passe à côté freine un peu mon niveau d’enthousiasme.

Avec les informations de Agence France-Presse

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