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Le mondial junior du malaise

Des hockeyeurs canadiens et tchèques se serrent la main après un match.

Le Canada a remporté l'ensemble de ses matchs durant la phase préliminaire du tournoi.

Photo : IIHF

EDMONTON – « C’est une conversation qu’on entend dans tous les pubs de la ville », lance Jordan Beatty.

Quoi donc? La venue du Monday Night Raw le 22 août? Celle de Michael Bublé en octobre? Rien de tout cela, bien que ce ne soit pas des sujets anodins, convenons-en.

Non, plutôt le manque d’enthousiasme à propos du Championnat du monde de hockey junior qui se déroule ces jours-ci dans la capitale de l’Alberta après avoir été annulé en raison de la COVID-19 durant le dernier temps des Fêtes.

Le reporter au mois d’août a peut-être semblé une bonne idée l’hiver dernier, mais ce l’est un peu moins présentement.

Il y a comme un malaise dans l’air à propos de l’événement. Une trame de fond rarement mentionnée, ne serait-ce que du bout des lèvres. Ça se traduit par une désaffection des amateurs. Le Canada attire en moyenne 4100 spectateurs par match, avec une pointe à 5200 contre la Finlande, jeudi, bien loin des chiffres attendus lorsque le tournoi est présenté dans l’ouest du pays.

La fédération internationale ne précise d’ailleurs pas le nombre de spectateurs pour tous les matchs. Elle préfère garder cette information, alors qu’on voit bien, à l’œil, qu’ils ne sont que quelques centaines de supporteurs épars dans les gradins.

Les bars du centre-ville ne sont pas remplis, et les partisans motivés avec le dossard de leur équipe sur le dos sont plutôt rares. Tiens, en voilà un au bout de la rue… Ah non, on a confondu avec un chandail de rugby. Désolé de vous avoir dérangé.

On s’arrête devant un estaminet qui a bonne mine pour apostropher ce monsieur avec une casquette des Expos. Forcément, ce doit être un garçon sympathique.

Il vient de Kingston et a acheté ses billets il y a longtemps.

Je suis un inconditionnel de ce tournoi, raconte-t-il, admettant du même souffle que l’ambiance est morose.

C’est l’été, avance son partenaire, les deux ayant préféré taire leur nom.

Voilà la raison souvent évoquée. Les gens n’ont pas la tête au hockey au mois d’août. Fort possible. Cette bénévole nous en avait dit autant la veille.

Il y avait tellement de fébrilité pendant le temps des Fêtes, on était tous prêts. Il n’y a pas beaucoup de monde, c’est vrai, mais il fait si beau à l’extérieur, racontait-elle.

On regarde dehors. Impossible de la contredire.

Au tour maintenant de l’attaquant d’Équipe Canada junior Nathan Gaucher.

On est l’été, ça se peut que ce soit différent. Ça reste le tournoi mondial junior, les partisans sont dedans, on le voit dans les gradins. Je ne pourrais pas te dire que c’est la même chose qu’à Noël, mais je trouve que c’est quand même assez bien, estime-t-il.

On rapporte ses propos aux deux assoiffés partisans des Expos, et ils opinent du bonnet. Sur le point de prendre congé, le Kingstonien ajoute : Il y a aussi pas mal de bruit autour de Hockey Canada.

Voilà la fin de la phrase qu’on dirait souvent laissée en suspens. Comme si personne ne voulait y toucher, bien qu’il soit évident que les scandales qui éclaboussent Hockey Canada depuis trois mois et qui n’ont fait que prendre de l’ampleur n’en laissent pas beaucoup indifférents.

Si tu n’es pas un fervent partisan de hockey comme moi, ajoute notre homme attablé, bière à la main, il y a peut-être une forme de boycottage.

À des fins professionnelles, évidemment, on pénètre dans l’établissement pour y rencontrer le gérant, Jordan Beatty, à qui on faisait référence précédemment.

C’est assurément moins occupé que ce à quoi on s’attendait. Il y avait une fébrilité dans l’air pour le tournoi avant Noël, ça ne s’est juste pas matérialisé, finalement, explique-t-il.

M. Beatty compte sur ses doigts, il énumère les causes, à son avis, de ce désengagement.

Il parle de la température, du mois d’août, du fait que seulement la moitié des billets avaient été vendus en décembre en raison des capacités d’accueil réduites à ce moment-là et que la campagne pour vendre le reste a battu de l’aile un brin.

Je vais te dire la vérité, poursuit Beatty.

Le scandale est une raison majeure pour beaucoup de monde. Il faudrait être naïf pour penser le contraire. C’est le sujet de l’heure en ville. Les gens se demandent entre eux s’ils vont aller voir des matchs, et la réponse est souvent : "Je ne vais pas soutenir des gens qui prennent de l’argent dans les poches des familles pour régler des cas d’allégations d’agressions sexuelles", explique-t-il.

Intarissable, Beatty raconte que son établissement avait organisé une soirée au cours de laquelle il donnait des billets si les gens s’inscrivaient à un petit concours ludique tout à fait gratuit, et qu’il avait peiné à trouver des gens simplement pour les accepter.

Je pense que Hockey Canada ne mesure pas bien la gravité de la situation, fait-il valoir.

Peu d’intérêt sportif

Même les recruteurs de la Ligue nationale de hockey (LNH) ne se bousculent pas au portillon. Du pur point de vue sportif, le calibre est très disparate entre les équipes nationales et même au sein de chacune d’entre elles.

L’été n’est pas une bonne période d’évaluation, nous a soufflé un recruteur.

Des joueurs ont fini le 25 juin. D’autres sont dans le gymnase depuis deux mois. Ils sont tous à des degrés différents, observe notre homme.

« Je ne peux pas dire qu’on attache une grande importance au tournoi en termes d’évaluation de joueurs. »

— Une citation de  Un recruteur d'une équipe de la LNH

Ce tournoi concerne plus les joueurs repêchés. N’empêche qu’à l’habitude, selon ce dépisteur, les équipes y prêtent davantage attention.

En décembre, on va jeter un coup d’œil plus attentif, parce que les joueurs sont en pleine saison et l’enjeu est important pareil, ajoute-t-il.

Le fait que plusieurs talents se sont désistés afin de se concentrer sur l’ouverture des camps de la LNH dans les prochaines semaines aurait pu ouvrir la porte à un plus grand nombre de jeunes admissibles au prochain repêchage, ce qui n'a pas été le cas au bout du compte.

Un autre recruteur nous a fait savoir que son équipe avait seulement cinq joueurs dans ce tournoi qui figurent dans les quatre premiers tours de leur classement préliminaire du repêchage de 2023.

Il y a des matchs entre deux équipes juniors qui regroupent autant d’espoirs, a-t-il précisé.

Peu importe l’angle sous lequel on l’aborde, ce tournoi passe largement sous le radar à l'heure actuelle.

Les joueurs de cette édition ne semblent toutefois pas trop en souffrir. Après tout, il y a une médaille d’or en jeu et un match en quarts de finale à disputer contre la Suisse mercredi soir.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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