•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le nouveau chapitre de David Lemieux

Un boxeur lève son poing droit en souriant.

David Lemieux

Photo : Getty Images / Al Bello

Olivier Pellerin

Rien n’a jamais freiné David Lemieux de monter dans le ring, peu importe l’adversaire, sauf David Lemieux lui-même. Après 24 ans passés entre les cordes à défendre chaque centimètre de tapis, le Québécois quitte sans regret l’univers qui a été sa planche de salut à une époque où rien ne le destinait aux plus grandes scènes de la boxe. Des ruelles du quartier Ahuntsic à Las Vegas, il souhaite maintenant jouer une nouvelle carte.

Après avoir été envoyé au tapis par David Benavidez dans ce qui est le dernier combat de sa carrière, en mai dernier, il s’est relevé de cette défaite et a décidé de passer à autre chose. Il a confirmé sa retraite samedi dans un communiqué envoyé par Eye of the Tiger Management.

Le parcours qui lui aurait permis de retrouver les plus grandes cartes et un éventuel combat de championnat du monde lui semblait trop long, trop exigeant pour qu’il se relance dans l’aventure.

« Ça faisait un petit moment que j’en parlais avec mon équipe. On s’est tous donnés dans la boxe, et je ne suis pas déçu de ma décision. Pour mon dernier combat, on s’est dits : "On y va, on fonce." On savait que c’était un bon adversaire, un bon combat contre Benavidez, et que si on veut rester en boxe, il faut battre tous les gars. Il n’y a rien que je regrette, je me sens bien, et c’était le temps de passer à autre chose. »

— Une citation de  David Lemieux

Certains ont pu penser que ce sont les camps d’entraînement et les pertes de poids à répétition qui ont pu motiver cette décision. Mauvaise réponse. David Lemieux s’est d’ailleurs permis un petit sourire en coin lorsqu’il a reçu la question.

Je le fais chaque matin, je surveille mon poids, je m’entraîne. Je vais m’entraîner jusqu’à ce que je meurs. Je n’ai pas peur de ça. J’ai toujours poussé les limites de mon corps. Je suis de 0 à 100 %, c’est blanc ou c’est noir, il n’y a pas de zone grise.

Maintenant père de deux enfants, David Lemieux souhaite passer plus de temps avec les siens et établir une vie de famille plus posée. C’est d’ailleurs accompagné de son fils Xander, âgé de quelques mois seulement, qu’il a pris le temps d’expliquer sa décision.

Je suis en santé, je suis bien. Je pense qu’en ce moment, avec ma famille, c’est le temps de passer à autre chose. C’est clair que je vais rester dans le milieu. La boxe, je fais ça depuis que j’ai 9 ans, je n’ai rien connu d’autre, et je vais toujours rester proche.

Ses 36 victoires par K.-O. en 48 combats (43-5-0) le placent parmi les plus grands boxeurs du pays. L’ancien champion canadien junior présente une fiche impressionnante, dont un titre de l'IBF des poids moyens et des combats d’envergure sur les plus grandes scènes.

En 2015, il a remporté sa ceinture par décision unanime. Quatre mois plus tard, il a subi la défaite dans un combat d’unification contre Gennady Golovkin à New York. Les analystes n’ont pas manqué de saluer le courage dont a fait preuve le boxeur québécois ce soir-là.

Peu de ses compatriotes peuvent se vanter d’avoir pu s’exécuter devant un Madison Square Garden à guichet fermé. Ce sont ces souvenirs que souhaite chérir le pugiliste montréalais.

Tsé, le petit kid qui vient de la rue Dudemaine, qui fumait des cigares sur le balcon à 8, 9 ans, et qui remplit le Madison Square Garden... J’ai une philosophie : "anything can be done, you just got to do it" [NDLR, tout peut être fait, il suffit de le faire]. C’est ma philosophie de vie, et ce sont les émotions et les grands moments qui vont me rester en tête.

« Je ne pense pas que j’ai atteint tout ce que je devais faire au maximum, mais j’ai donné le maximum de moi-même dans tous mes combats. Et j’en suis fier. J’ai toujours eu le support de mes fans, je me suis toujours battu pour eux et j’ai carburé à leurs émotions quand j’étais dans le ring, et hors du ring. Je suis fier d’avoir senti ses émotions. »

— Une citation de  David Lemieux

Le décès de son père, froidement abattu le 2 août dernier dans l’arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal, et la naissance de son fils, en mai dernier, le tiennent bien loin des considérations sportives. C’est au cours des prochaines semaines qu’il pourra décanter ses 15 années passées dans les rangs professionnels.

Un milieu dur, mais qui lui a offert plusieurs beaux moments, comme ce message de sympathie de Gary O'Sullivan qu'il a reçu après le décès de son père. Les deux boxeurs avaient pourtant eu maille à partir dans le ring, en septembre 2018, à Las Vegas.

Le boxeur David Lemieux revient sur la décision de prendre sa retraite.

Loin des contes de fées, David Lemieux a su s’arracher à un milieu parfois difficile. Ce sont ces expériences que l’homme de 33 ans souhaite désormais partager avec les plus jeunes qui, comme lui à une certaine époque, sont à la recherche d'autres modèles.

Je suis un bon exemple pour ceux qui se cherchent dans la vie. Que ce soit la boxe ou autre chose dans la vie, c’est d’investir ton temps au bon endroit et de faire attention à ton entourage et à ce que la vie t’amène. Moi, je me faisais suspendre des écoles, je me battais toujours, j’avais toujours des troubles. Je n’avais pas trouvé l’endroit pour lequel je me disais : "Si je me fais mettre dehors de ça, je vais le regretter." Jusqu’à ce que je trouve la boxe. Il faut que tu aies des gens qui te donnent de bons conseils, qui te guident pour que tu puisses prendre les bonnes décisions.

« Ç’a été un cheminement difficile, mais qui a été positif. Le chemin du petit bum à 9 ans qui est devenu un champion du monde, et l’homme de famille que je suis aujourd’hui. Pour moi, ç’a été un luxe, une joie et je suis chanceux d’avoir eu ça. »

— Une citation de  David Lemieux

Amené à se battre sous les plus grands réflecteurs de la boxe professionnelle, de Montréal à Las Vegas ou à New York, le Québécois rappelle qu’il n’aurait jamais pu le faire seul, et que des personnes importantes, comme son agent Camille Estephan et son entraîneur Marc Ramsay, lui ont permis de réaliser ses rêves les plus fous.

D’ailleurs, David Lemieux souhaite s'impliquer auprès d’eux au cours des prochaines années, même le rôle reste à définir.

Ce n’est pas une flamme qui s’éteint, c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre. Je suis passionné de la vie, et je veux faire le maximum que je peux avec les occasions qui se présentent à moi. La boxe a été une porte, mais j’en ai plusieurs autres à ouvrir.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !