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Analyse

Laisser la poussière retomber

Un joueur de tennis quitte le terrain en applaudissant pour remercier la foule.

Féix Auger-Aliassime

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Du rêve au cauchemar en un claquement de doigts. Une démonstration parfaite que la qualité d’une performance ne tient vraiment pas à grand-chose à ce niveau d’excellence.

Félix Auger-Aliassime a eu du mal à expliquer l’ampleur de la correction. Il n’était pas blessé, pas particulièrement nerveux, pas davantage fébrile parce que la partie basse du tableau était dégarnie de ses plus grandes têtes de série. Il s’est bien échauffé avant le match, sentait bien la balle, aucune anicroche, pas de signal d’alarme.

Alors, la défaite, d’accord, mais il n’aurait jamais pensé que ça se terminerait comme ça.

Une fessée royale de 6-1 et 6-2, gracieuseté de Casper Ruud, au cours de laquelle il a perdu 10 jeux de suite dont, évidemment, 5 fois d’affilée son service.

Ce n’est pas non plus habituel pour moi, quand j’ai joué deux matchs de cette façon, de perdre comme ça.

La veille devant Cameron Norrie, 11e mondial, il avait tutoyé l'excellence et avait qualifié sa prestation de presque parfaite.

Vendredi, son jeu s’est délité en un éclair. Il a entamé le match à la perfection en brisant le service de Ruud sur un jeu blanc, puis, plus rien.

« Je forçais un peu mes frappes, mes cibles. Pourtant, j’ai joué un très bon premier jeu. Après, ça s’est rapidement compliqué sans que je sache exactement pourquoi. Mais j’ai une petite idée. »

— Une citation de  Félix Auger-Aliassime

Son entraîneur Frédéric Fontang a déterminé deux éléments perturbateurs.

D’abord, la température plus froide que la veille, d’une bonne dizaine de degrés, a complètement changé les conditions de jeu. L’air plus froid, donc plus dense, ralentit la balle.

Sa première balle de service sortait un peu moins, a expliqué Fontang. Avec la qualité de retour de Casper Ruud en deuxième, ça l’a un peu perturbé. Il s’est tendu, il a perdu les idées claires. Et ç'a défilé très, très vite. Et le match est allé dans tous les sens.

Tout ça, on vous le dit, mais, S.V.P., chut! Ne le criez pas trop fort, car au moment d’écrire ces lignes, Fontang n’avait pas encore confié sa brillante analyse à son poulain. Imaginez…

Dans cette patience loge la sagesse. C’est du moins l’avis de l’entraîneur.

Auger-Aliassime en a subi d’autres revers du genre, c’est l’évidence, mais jamais devant SON public. Jamais avec une aussi belle occasion de se rendre jusqu’au bout de SON tournoi. Comme on alterne entre Montréal et Toronto, les occasions ne seront pas légion.

Une déconvenue du genre peut-elle laisser des traces?

A priori, il est difficile de croire qu’un joueur qui passe sa vie à enchaîner les tournois et les performances, bonnes ou mauvaises, expert de la mémoire à court terme, puisse se laisser affecter bien longtemps par une défaite semblable, si cruelle soit-elle.

Andy Murray, par exemple, avait évité de très peu l’affront ultime aux finales de l’ATP, en 2014, devant Roger Federer qui l’avait vaincu chez lui, à Londres, 6-0 et 6-1.

À son tournoi suivant, aux Internationaux d’Australie, l’Écossais avait atteint la finale. Murray comptait toutefois pas mal plus d’expérience à l’époque qu’Auger-Aliassime aujourd’hui et deux titres du grand chelem en poche. On imagine que ça peut aider à relativiser les petites et grandes choses de la vie.

Il y a donc un peu d’analyse à faire, à froid de préférence. Pour ça, Auger-Aliassime n’a pas paru inquiet outre mesure.

L’essentiel est toujours de savoir ce qui s’est passé concrètement, essayer d’agir dessus et après de passer à autre chose. Je ne suis pas quelqu’un qui tombe trop dans l’émotion ou dans le doute, qui cogite ou se pose des questions. À la fin, c’est du tennis, c’est un sport, a-t-il laissé tomber.

Selon Fontang, l’issue de ce match en quarts de finale s’est d’abord et avant tout jouée sur le plan tennistique.

Le Français parle surtout d’un scénario tactique et des conditions.

Il faut apprendre à compresser [la période d’ajustement]. C’est le défi, a ajouté l’entraîneur.

Fontang a parlé de confiance, de l’importance de ménager son homme, autant pendant que le match se déroule où il se limite à des messages simples sur le terrain qu’après, lorsque vient le temps d’avaler la pilule et de digérer tout ça.

Protecteur, il a estimé que le résultat ne laissera pas de traces, qu’il y en a eu d’autres des défaites éprouvantes, citant au passage celle contre Dusan Lajovic à Toronto l’an dernier dès son premier match du tournoi.

Voilà pourquoi il laissera un peu d’air à Auger-Aliassime dans les prochaines heures, les prochains jours peut-être.

Il faut laisser passer un peu de temps. L’erreur, c’est d’être trop dans les émotions, tout de suite. Il faut laisser retomber la poussière au fond du verre, a joliment dit Fontang.

La capacité d’Auger-Aliassime à tirer les leçons d’expériences comme celle-là, de les appliquer et de s’ajuster, déterminera probablement s’il sera un excellent joueur ou un prétendant aux titres du grand chelem, Graal du tennis professionnel.

La beauté de la chose est que cette histoire est encore bien jeune.

(Avec les informations d'Antoine Deshaies)

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