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Analyse

Une occasion en or pour un joueur « plus grand que le tennis »

Il crie sa joie en levant les bras.

Félix Auger-Aliassime

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

La déclaration est grandiloquente, presque pompeuse, mais comme elle n’est pas de nous, la voilà facile à assumer.

Elle est de Nick Kyrgios et elle réfère à Félix Auger-Aliassime. Vous savez tout. Nous y reviendrons, car, d’abord, il était ici question d’une rare occasion pour le Québécois.

Auger-Aliassime est maintenant en quarts de finale de l’Omnium Banque Nationale, un exploit qu’aucun confrère de la province n’avait réalisé avant lui depuis le début de l’ère moderne du tennis en 1968. Du côté des dames, Aleksandra Wozniak y est parvenue en 2012.

Surtout, il y est comme deuxième joueur le mieux classé parmi les survivants de ce tableau particulièrement cruel avec les favoris. Seuls Casper Ruud, son prochain adversaire, et Hubert Hurkacz sont membres du top 10 mondial.

Après, on tombe rapidement au-delà de la 30e place avec, évidemment, ce bémol australien, l’électron libre Kyrgios.

N’empêche, lorsque Milos Raonic et Vasek Pospisil avaient atteint ce stade en 2013, Rafael Nadal et Novak Djokovic tenaient toujours leur rang, bien droit, tel qu’ils le font depuis, dirait-on, Ézéchiel (pourquoi Mathusalem aurait-il tout le crédit?).

En 2017, lors du parcours de Denis Shapovalov, Alexander Zverev, alors 8e mondial et en pleine ascension, lui avait barré la route. Eût-il marché sur l’Allemand, Roger Federer l’attendait en finale. Compliqué tout ça.

Bref, la porte s’est ouverte grandement en l’absence de Nadal et de Djokovic, ainsi qu'avec les sorties hâtives des trois premières têtes de série, Daniil Medvedev, Carlos Alcaraz et Stefanos Tsitsipas.

Occasion et piège. Auger-Aliassime en est bien conscient.

« Je vais essayer de profiter de cette occasion, mais ça reste que mon tableau n'est vraiment pas évident. Je joue contre Casper [Ruud], je l’ai vu jouer tout à l’heure. Il a disputé un très bon match, du très haut niveau. Il a fait une finale en Masters 1000 cette année. Il est bon sur terre battue, mais il est devenu complet. C’est un très bon test pour voir où j’en suis. »

— Une citation de  Félix Auger-Aliassime

Pour vendredi, on ne sait pas encore, mais jeudi, on a compris assez vite où il en était. Quelque part à tutoyer les étoiles au grand dam du Britannique Cameron Norrie, écarté prestement en deux manches de 6-3 et 6-4.

Le 9e mondial a servi da façon magistrale dès l’entame de la rencontre et n’a jamais relâché son étreinte. Il a terminé le match avec des chiffres stratosphériques de 85 % de premières balles en jeu et de 92 % de points remportés.

Ce n’était pas si audacieux de sa part de lâcher devant les journalistes qu’il devient de plus en plus un très bon serveur.

Il a tout de même ajouté savoir qu’il peut être un des très bons serveurs sur le circuit et qu’[il] l’a encore prouvé aujourd’hui. Rien à redire là-dessus.

Il est apparu tout à fait libéré aussi. Un peu crispé devant Yoshihito Nishioka mercredi soir, gêné par l’éclairage nocturne dans sa motion au service, a-t-il d’ailleurs confié au passage, il n’en était rien contre Norrie.

D’avoir gagné le premier match, ça m’a enlevé beaucoup de poids sur les épaules, beaucoup de pression. Le scénario où je reviens ici après trois ans à vouloir jouer le plus de matchs possible devant le public québécois, ç’aurait été dommage de perdre le premier match. Le fait de le gagner, ça me libère un peu, et de me dire : "Ok, ça c'est fait, maintenant je peux essayer de me concentrer sur la suite du tournoi", a ajouté Auger-Aliassime.

S’il peut maintenir le rythme, le duel contre Ruud promet. Le Norvégien l’a vaincu une fois sur terre battue et le Canadien lui a joué le même tour à leur seule confrontation sur surface dure.

Intéressant, d’accord. Le plus grand danger dans tout ça réside plutôt dans ce qui pourrait suivre, advenant une victoire du jeune de 22 ans : un affrontement contre l’homme de l’heure, gagnant à Washington et finaliste à Wimbledon, vainqueur de 14 de ses 15 derniers matchs, Nick Kyrgios, qui en découdra avec Hurkacz.

Un joueur de tennis regarde la balle qu'il vient de frapper.

Nick Kyrgios

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Ce ne sera une sinécure ni pour l’un ni pour l’autre, mais ce duel plane en filigrane au parc Jarry et certains en salivent d’avance.

Kyrgios semble avoir canalisé son dégoût des médias, encore brillamment exposé jeudi après sa victoire, et ses frustrations en désir de bataille. Il se perçoit maintenant comme un modèle à suivre et souhaite inspirer des millions de gens.

À 27 ans, il semble avoir pris un peu de maturité et commence à réaliser le succès qui pourrait lui être accessible.

Il l’a d’ailleurs reconnu quand on l’a interrogé sur Auger-Aliassime.

Dithyrambique à propos du Québécois, il lui a servi un avertissement malgré tout basé sur l’expérience, qui, premièrement, ne s’achète pas n’est-ce pas, et ne se remplace guère.

« Tant qu’il garde la tête froide et qu’il ne fait pas des choses aussi stupides que ce que j’ai fait quand j’étais jeune, je pense qu’il peut accomplir beaucoup plus que moi et se battre pour gagner des titres du grand chelem. C’est un joueur incroyable. »

— Une citation de  Nick Kyrgios à propos de Félix Auger-Aliassime

Il n’y a aucune limite pour quelqu’un comme lui, a-t-il renchéri.

Je pense qu’il fait partie des rares qui peuvent accomplir de grandes choses. Ça dépasse le tennis. Son impact peut être plus grand que juste celui qu’il a sur le sport, a estimé Kyrgios.

Le temps le dira, Nick. En attendant, Auger-Aliassime a déjà l'occasion d’accomplir de grandes choses au tennis. Un bon premier pas.

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