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Le vent tourne au football féminin, les Canadiennes en font les frais

L'équipe nationale conclut au pied du podium au Championnat du monde.

Des footballeuses canadiennes sont alignées sur un terrain, certaines levant leur casque.

Avant l'édition 2022 du mondial, seules les Américaines avaient vaincu les Canadiennes dans ce tournoi.

Photo : Football Canada

Écartées du podium au mondial de football féminin, à mille lieues de l’objectif fixé, les Canadiennes peinent encore à croire au résultat obtenu à Vantaa. Elles rêvaient d’or, mais ont quitté la Finlande sans médaille au cou, une première.

Une poignée de jours après avoir perdu en finale de consolation contre les Finlandaises, la défaite est toujours douloureuse au sein de l'équipe canadienne, qui avait auparavant plié l’échine dans le carré d’as devant les Britanniques.

Dans les deux cas, des poussées offensives adverses orchestrées tard au quatrième quart ont sonné le glas des triples vice-championnes du monde sortantes, rendant ces revers encore plus pénibles à accepter.

La Grande-Bretagne a d’abord porté le coup de grâce au Canada en marquant un touché avec seulement deux secondes à jouer à la demi-finale, puis la Finlande a gagné le bronze grâce à un botté de placement réussi avec 1 min 11 s à écouler au cadran. Crève-cœur, vous dites?

C’est difficile à avaler. D’un point de vue personnel, c’est la chose la plus difficile que j’ai vécue. Au final, c’est un deuil qui est à faire. On n’en a pas vraiment parlé ensemble dans l’équipe, on l’a de travers dans la gorge, et ce sera pour un long moment, explique la secondeuse Ophélia Poisson-Vecchio.

« Ç’a été un choc pour tout le monde, la première défaite, et encore plus la deuxième. On focalise surtout sur le résultat final, sans analyser le match, mais sommes-nous vraiment perdantes? Je commence à réaliser que le résultat n’est pas à l’image des matchs qu’on a joués. On n'a pas beaucoup à se reprocher, j’essaie d’être positive. »

— Une citation de  Virginie Roberge, joueuse de ligne offensive de l'équipe canadienne de football féminin

Exceptionnellement, le récent mondial s’est amorcé avec un duel à élimination directe lors de l’étape des quarts de finale, sans phase de groupe, étant donné que le format est passé de six à huit formations en lice. Elles n’avaient donc pas droit à l’erreur, car un revers signifiait que le titre était inaccessible.

Rendement des Canadiennes à Vantaa :

Quarts de finale : Canada 33 - Australie 6

Demi-finales : Canada 13 - Grande-Bretagne 20

Finale de consolation : Finlande 19 c. Canada 17

Domination américaine

Par le passé, les trois premiers tournois du Championnat du monde (2010, 2013, 2017) s’étaient conclus par un choc opposant les ténors nord-américains. Les États-Unis ont cependant chaque fois eu un avantage net sur le Canada : 66-0, 64-0 et 41-16.

Classée 2e tête de série à Vantaa, derrière ses grandes rivales du sud de la frontière, l’équipe canadienne avait plus que jamais des aspirations dorées cette année, aux dires de l’ensemble de l'organisation.

Les footballeuses de l’unifolié se voyaient certainement renouer avec la finale, avec la ferme intention de mettre un frein à l'hégémonie américaine. L’occasion ne s’est finalement jamais matérialisée.

« Auparavant, les Américaines étaient monstrueuses. Mais cette année, elles étaient humaines. On avait les outils nécessaires pour les renverser. »

— Une citation de  Ophélia Poisson-Vecchio, secondeuse de l'équipe canadienne de football féminin

On voit que l’écart se resserre entre toutes les équipes, et c’est la même chose avec les États-Unis. Il y a une amélioration des équipes. On s’approche du niveau des Américaines. La médaille d’or est plus atteignable qu’avant. Elles étaient moins intimidantes cette année, enchaîne l’instructrice des quarts-arrières Saadia Ashraf, qui agit également comme entraîneuse-chef du Blitz de Montréal.

Néanmoins, les États-Unis ont décroché un quatrième sacre et n’ont toujours pas goûté à la défaite dans le cadre de cette compétition. Les Américaines ont aisément vaincu les Britanniques 42-14, soit un autre triomphe en finale par 25 points ou plus.

Une domination qui émane notamment de l'imposant bassin de joueuses qui s’adonnent au ballon ovale, à des années lumières des autres pays, et grâce à la mise sur pied en 2009 de la Women's Football Alliance, qui s’est enracinée depuis, comme en témoignent ses 64 équipes répertoriées dans 3 divisions.

Sans compter un circuit de développement, le nerf de la guerre pour former une relève et assurer une continuité.

Une footballeuse effectue un attrapé devant deux adversaires.

La receveuse de passes Virginie Roussel a capté 9 ballons durant le mondial pour des gains de 138 verges.

Photo : Jari Turunen

Au cours des deux dernières années, il n’y a pas eu beaucoup de football au Canada avec la pandémie. On doit jouer de gros matchs pour avoir de la compétition, de l’expérience dans cette situation. C’est important! Le fait qu’on n’ait pas vraiment joué beaucoup de football n’a pas aidé les résultats, soutient Saadia Ashraf, ancienne quart du Blitz et de la formation nationale.

« Peut-être qu’on pensait trop à la finale avant d’y arriver… Je ne sais pas. On a eu de la difficulté à jouer dans l’adversité, à jouer dans ces conditions difficiles. Ç’a été une bonne leçon pour nous. »

— Une citation de  Saadia Ashraf, entraîneuse des quarts-arrières de l'équipe canadienne de football féminin

Les pays européens resserrent l’écart

Le football féminin prend de l’expansion. Lentement, mais sûrement, il est en croissance dans plusieurs pays européens. D’ailleurs, les deux tombeuses des représentantes de l’unifolié proviennent du Vieux Continent, ce qui ne s'était jamais encore produit.

Le niveau du football féminin augmente de façon exponentielle, on s’entendait tous là-dessus dans l’équipe. Ça n’a jamais été un réel stress d’atteindre la finale. En fait, ce n’était jamais arrivé qu’on ne s’y rende pas. C’était des pratiques, si l’on veut, avant d’affronter les États-Unis, mentionne Ophélia Poisson-Vecchio.

Fondée en 2020, l'European League of Football réunira 12 équipes dans 5 pays en vue de sa deuxième campagne. Le circuit permet désormais à des centaines de joueuses de continuer leur progression. Il est prévu que quatre formations, établies dans trois nouvelles nations, se joignent à la danse en 2023.

Des joueuses du Blitz de Montréal se réunissent sur le terrain.

Le Blitz de Montréal a vu le jour en 2001.

Photo : Blitz de Montréal

De son côté, la nouvelle Ligue centrale canadienne de football féminin (LCCFF) installe ses bases en Ontario et au Québec. Outre le Blitz de Montréal, les Capital Rebels d’Ottawa et le Phoenix de Québec ont fait partie de la première mouture qui a bouclé sa saison initiale à la mi-juin. Des projets d'expansion flottent dans l'air pour l'an prochain.

Comme les têtes dirigeantes de la ligue se sont également donné pour mandat de développer des joueuses en premier lieu, la LCCFF a entamé ses activités dans un cadre formatif. Entre autres, les matchs opposaient deux équipes de 9 footballeuses sur un terrain couvrant 50 verges.

Pas nécessairement l’idéal pour celles qui aspirent à se produire à l’échelle nationale dès maintenant. Faute d'options à leur disposition, elles se disent heureuses d’avoir l’occasion de jouer, tout simplement.

« Il faut voir cette saison comme le début. C’est difficile de jouer au niveau international, puis revenir à neuf joueuses. Mais je peux dire que ma fille jouera dans une ligue, c’est un objectif à long terme. »

— Une citation de  Ophélia Poisson-Vecchio, secondeuse de l'équipe canadienne de football féminin

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