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Nick Kyrgios, dans les traces de Frank Sinatra

Un joueur de tennis regarde intensément la balle qu'il vient de frapper.

Nick Kyrgios

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Il y a encore les coups de gueule, les raquettes qui volent en éclats, les commentaires déplacés. Tout cela est toujours vrai, car l’inverse, selon ses partisans, serait tout à fait ennuyeux. N’empêche qu’il y a un je-ne-sais-quoi de différent à propos de Nick Kyrgios depuis un moment.

D’abord par les résultats, éloquents, dont cette finale de haut vol contre Novak Djokovic à Wimbledon (Nouvelle fenêtre) comme si, huit ans après avoir vaincu Rafael Nadal au même endroit, il s’apprêtait à réaliser la prophétie de l’Espagnol déclamée en 2014.

Nick est un joueur avec un énorme talent qui pourrait gagner des tournois majeurs ou se battre pour la première place mondiale, avait-il dit à l’époque.

Pour le sommet de la hiérarchie, ça reste à prouver, mais pour les titres majeurs, on y est presque.

Kyrgios, c’est simple, on adore ou on abhorre.

L’Australien de 27 ans arrive avec un titre acquis à Washington, un premier en trois ans, en enchaînant six victoires en une semaine. Il est dans une forme splendide, confirmée par sa victoire expéditive mardi sur le central au parc Jarry, face à Sebastian Baez, 36 heures après avoir atterri au Québec.

Je suis exténué, ont été ses premiers mots en conférence de presse.

Peut-être, mais le coffre, la résistance qui permet de performer sur ce circuit éreintant et répétitif, il l’a maintenant. Et c’est nouveau, ont remarqué certains fins observateurs.

Gaël Monfils d’abord.

On a souvent un peu critiqué Nick [sur son physique] et c’est ce qui me fait rire. Physiquement, je l’ai trouvé impeccable, solide. Il a sa manière de jouer et d’écourter les échanges. Physiquement, il a franchi un palier qui l’aide beaucoup à bien jouer en ce moment, a laissé tomber le Français.

À ce sujet, Kyrgios a révélé mardi qu’un déclic s’était produit avant le début de la saison aux Internationaux d’Australie. Un désir de vaincre, l’idée, peut-être, de pouvoir toucher à son plein potentiel et d’envisager réellement les possibilités qui s’offriraient à lui avec un peu de sérieux.

Disons, s’il arrêtait de s’éclater en boîte jusqu’à 4 h comme la fois, en 2019, où il a décroché ce titre à Acapulco en s’offrant des séances de motomarine avant ses matchs après des soirées copieusement arrosées. Et s’il arrêtait de s’en vanter. Ce genre de prise de conscience.

Il a confié s’entraîner désormais de trois à cinq heures par jour. Le 37e mondial s’est allumé lorsqu’on lui a demandé si c'est son travail dans l’ombre qui lui permet d’exceller avec constance.

C’est une excellente question, a-t-il répété la tête basse comme s’il se parlait à lui-même. En lui-même.

Je n’ai pas d’entraîneur. Personne à Sydney ne me pousse à m’entraîner. Je dois le faire par moi-même, organiser mon entraînement, aller sur le terrain de tennis, aller au gymnase. Et je dois me pousser. C’est une question de discipline. M’assurer que je me repose, que je mange bien, tous les jours. C’est difficile, a-t-il estimé.

Difficile parce que sa mère est à l’hôpital, parce que son père n’est pas au mieux non plus, parce que son frère vient d’accueillir un nouveau bébé. Le genre d’événements auxquels les gens normaux assistent d’habitude.

« Il y a beaucoup de choses que les gens ne voient pas. Ils me voient seulement gagner ou perdre ou lancer ma raquette, mais ils ne comprennent pas nécessairement les défis auxquels nous sommes confrontés dans nos vies personnelles. Il y a tellement de petites choses qu’on a à gérer sur une base quotidienne et en même temps essayer de battre des joueurs comme Daniil Medvedev. Ça a l’air impossible, mais ça en prend beaucoup pour que ça fonctionne. »

— Une citation de  Nick Kyrgios

Ce sera justement l’affiche la plus prisée de ce deuxième tour après, sûrement, le duel de Félix Auger-Aliassime contre Yoshihito Nishioka. Kyrgios-Medvedev : feux d’artifice promis.

Il y a beaucoup plus de choses qui me motivent à jouer maintenant. Beaucoup de gens me regardent, je peux les inspirer par ma façon de jouer. C’est un puissant moteur, a-t-il ajouté.

Il y a quand même un truc ou deux à parfaire avant de devenir le sujet des exposés oraux des jeunes, le modèle à suivre ou le gendre idéal, mais, du moins, l’intention semble y être.

Un joueur de tennis frappe une balle.

Nick Kyrgios

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Il demeure toutefois que ses frasques nombreuses sur le terrain et en-dehors le condamnent à la controverse. Il a déjà versé plus d’un demi-million de dollars en amendes de tout acabit. Il devait comparaître, début août, devant un tribunal de Canberra, en Australie, pour répondre à des allégations de violence domestique dont l’épisode serait survenu en décembre 2021.

Son avocat avait alors simplement déclaré qu’il prenait les allégations très au sérieux, sans préciser s’il entendait ou non se défendre.

Une courte revue de presse australienne n’a pas fourni de nouveaux détails sur la question. Voilà tout de même qui jette un froid sur le renouveau d’un joueur de tennis plus motivé et attelé à la tâche.

La controverse lui colle au corps, malgré son désir, comme il l’affirme lui-même, de s’inventer cette année.

Sur un terrain de tennis, il y a un peu d’inouï dans ce qu’il fait, un peu d’inaccessible, même à la majorité des plus grands joueurs de ce monde.

Après Monfils, Frances Tiafoe a opiné du bonnet.

Il a bien joué toute l’année et il le fait finalement à sa façon. Quand il joue, il se présente pour vrai. Il n’a pas joué la saison sur terre battue, il a préféré passer du temps à la maison. Il a une nouvelle copine. Il gère son énergie, c’est parfait pour lui. Et, surtout, il est heureux. Il est finalement dans un bon état d’esprit. C’est bon pour le tennis, a fait valoir l’Américain.

Comme Sinatra avant lui, à sa façon… bien particulière il est vrai.

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