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Sophie Descheneaux, joueuse de volleyball élite comme les autres

Une joueuse de volleyball, vêtue de bleue, sourit timidement en prenant la pose devant un filet dans un gymnase beige.

Sophie Descheneaux après un entraînement de l'équipe du Québec à Waterville

Photo : Radio-Canada / Jacques Poitras

À 16 ans seulement, Sophie Descheneaux frappe à la porte de l’équipe du Québec de volleyball des moins de 19 ans qui représentera la province aux Jeux du Canada au mois d’août. Par la force des choses, elle frappe avec sa main gauche.

L’adolescente de Saint-Lazare, à l’ouest de Montréal, est née avec une malformation importante à la main. Concrètement, elle est née sans doigts ni pouce au bout de son bras droit. Elle fait quand même partie des meilleures joueuses de la province.

Elle réussit à tout faire sur le terrain, même des touches.

Ça ne change pas grand-chose, parce que je m'adapte, explique l’athlète, de nature réservée. Je suis capable d'attacher mes lacets et de pas mal tout faire. Pour les touches, c'est sûr que des fois je peux faire des transports, mais je pense que les arbitres sont quand même indulgents avec moi.

Des arbitres indulgents, peut-être, mais Sophie Descheneaux n’a pas obtenu son invitation au camp de l’équipe du Québec par charité, loin de là.

L’entraîneur-chef Louis-Michel Bergeron, qui l’a aussi recruté pour qu’elle joue pour l’équipe du Cégep Édouard-Montpetit à l’automne, vante ses qualités physiques et interpersonnelles.

Sophie est une joueuse très travaillante et il n’y a aucun obstacle qui l’empêche d’avancer, explique-t-il pendant un entraînement de l’équipe à Waterville en Estrie. Elle parle peu, mais elle va poser les bonnes questions pour réussir. C’est une bonne joueuse d’équipe, une bonne technicienne et c’est quelqu’un qui saute très haut. On est chanceux de l’avoir, parce qu’elle est complète.

Je pense que c’est une des filles qui touchent le plus haut même si elle est parmi les plus jeunes, remarque Elle-Marie Fillion, qui jouera avec Descheneaux l’an prochain au Cégep. Elle fait peur sur le terrain par son jeu et je suis contente de ne pas devoir l’affronter. C’est perturbant de jouer contre elle, c’est rare des gauchères.

Sa différence physique n’a jamais été pour elle une source d’intimidation quand elle était plus jeune.

Pas vraiment, parce que j’ai quand même un gros caractère, confie-t-elle, sourire en coin. Donc, je suis gentille avec les gens et ils sont gentils avec et tout se passe bien comme ça. Je ne me suis jamais fait agacer avec ça, mais des fois, j’ai senti un peu de pitié. On ne m’a jamais appelé la fille qui a juste une main, on m’a toujours appelé Sophie.

Dans le gymnase, le tabou, s’il y en a un, disparaît vite.

Au début, je n’avais même pas remarqué, puis quand j’ai vu, je suis allée la voir, raconte Elle-Marie Fillion. Je lui ai demandé simplement comment elle faisait ses touches, parce que moi je suis une passeuse. Elle m’a montré et elles sont presque plus belles que les miennes. Ça ne change absolument rien. Même au bloc, elle saute tellement haut que ça ne change rien.

Il y a toujours de la curiosité et on se demande si c’est un accident ou si elle est née comme ça, mais rapidement tout le monde est à l’aise parce qu’elle est agréable à côtoyer, confie Louis-Michel Bergeron. Je remarque que les athlètes sont beaucoup plus à l'aise d'aborder ça avec elle que les entraîneurs et les adultes. La glace se brise super vite. Les joueuses ont même des poignées de main spéciales avec elle.

Son plaisir à côtoyer les autres joueuses est évident. Cette force tranquille, comme la décrit son entraîneur, fait sa place dans l’équipe sans marcher sur les pieds de personne.

L’avantage de la gauchère

C’est presque une bénédiction pour Sophie Descheneaux de devoir frapper le ballon de la main gauche. Au volleyball, comme dans les sports de raquette, le cerveau est conditionné à affronter des droitiers.

Son avantage est encore mieux exploité parce qu’elle attaque à partir du côté droit du terrain.

La grande majorité des joueuses sont droitières, donc elles sont positionnées sur le terrain pour affronter des droitières, explique la joueuse qui mesure 1,88 mètre (6 pi 1 po). J’ai des angles d’attaque différents et je peux trouver des espaces qui sont habituellement moins exploités.

Sa main gauche n’est pas sa seule force. En plus de sa grandeur et de sa grande portée, Sophie Descheneaux est explosive sur le terrain, dans ses déplacements rapides et son impulsion.

Bien qu’elle n’ait qu’une main pleine, elle arrive à bloquer ses rivales au filet, même si elle a tendance à vouloir déposer sa main gauche sur sa droite. Ses entraîneurs lui disent d’éviter de le faire et de plutôt se concentrer à bien positionner sa main gauche dans l’angle d’attaque.

C’est d’ailleurs l’un des jeux qu’elle préfère réussir dans un match, encore plus qu’une attaque décisive.

C’est tellement plaisant parce que c’est plus rare qu’une attaque qui touche le sol, explique-t-elle. Ça dépend contre qui tu le réussis, mais ça peut être satisfaisant. Peu importe, j’aime l’atmosphère au sein de l’équipe quand on réussit de bons coups. Je pense que c’est encore plus agréable de célébrer les bons coups des autres.

Elle ne sait pas jusqu’où elle ira au volleyball. Elle adore son sport, mais préfère le vivre au jour le jour.

Son entraîneur estime qu’elle a tous les atouts pour faire une belle carrière dans les rangs universitaires. Le reste lui appartient.

Les Jeux paralympiques ne sont pas dans sa mire, puisque volleyball assis la priverait de son impulsion, l’une de ses forces.

À court terme, elle veut surtout aider le Québec à monter sur le podium des Jeux du Canada.

Si elle est sélectionnée au sein de l’équipe, elle participerait alors à la compétition la plus importante de sa jeune carrière.

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