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Chronique

Repêchage de la LNH : Suédois et Finlandais récoltent ce qu’ils ont semé

Le joueur suédois tente un tir contre le gardien finlandais.

Anton Länder de la Suède contre le gardien de but de la Finlande lors d’un match de qualification aux Jeux olympiques de Pékin.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Il a beaucoup été question de réforme ou de réinvention du hockey mineur au Québec au cours de la dernière saison. À l’aube du repêchage de la Ligue nationale de hockey (LNH), il est fort intéressant de jeter un coup d’œil sur les effets qu’ont eus les réorganisations survenues en Suède et en Finlande depuis le début des années 2000.

En 2002, embarrassés par les performances de leurs jeunes équipes nationales dans les grands tournois internationaux, les dirigeants de la Fédération suédoise ont participé à une grande réflexion avec des intervenants de toutes les régions du pays.

À la suite de cet exercice, le hockey suédois a accouché d’une vaste réforme axée sur le plaisir des enfants et sur le développement des habiletés individuelles.

Depuis ce changement de cap, les résultats sont absolument spectaculaires.

En 2000-2001, on comptait 36 patineurs et 1 gardien suédois parmi les joueurs partants de la LNH. Entre 2001 et 2005, 16,8 espoirs suédois en moyenne étaient sélectionnés par des équipes de la ligue.

Cette saison, 65 patineurs et 4 gardiens partants évoluaient dans la LNH. C’est une hausse gigantesque de 86,5 % par rapport à la situation qui prévalait avant la refonte du hockey suédois. Par ailleurs, de 2016 à 2020, la moyenne de joueurs suédois repêchés se situait à 27,6, soit une hausse de 64,28 %!

Cette tendance lourde a été remarquée sous un angle différent par les créateurs de Pass Hockey, Ugo Bélanger et Jonathan Deschenes.

Il sont sur le bord d'une patinoire avec un ordinateur.

Ugo Bélanger et Jonathan Deschenes

Photo : Martin Leclerc

Dans une récente recherche, Bélanger et Deschenes ont tenté de déterminer le pays le plus efficace en matière de développement de joueurs d’élite par rapport au bassin de joueurs disponibles.

Leurs conclusions étaient que la Suède et la Finlande sont grandement en avance sur les autres pays en matière de développement de gardiens. Que la Suède est grandement en avance sur les autres pays en ce qui a trait au développement des défenseurs et qu'elle occupe le 1er rang, devant le Canada, en ce qui concerne le développement des attaquants.

Au fil des ans, cette progression du hockey suédois s’est faite tout naturellement. De la période 2001-2005 à 2006-2010, le nombre d’espoirs suédois réclamés par des clubs de la LNH est passé de 16,8 à 19,2. Il a ensuite augmenté à 23,8 de 2011 à 2015, puis à 27,6 durant la période 2016-2020.


Avant d’aller plus loin, une précision s’impose ici.

L’objectif d’une fédération sportive consiste à créer l’environnement le plus stimulant possible afin qu’un maximum d’athlètes puisse s’épanouir et maximiser leur potentiel dans la pratique de leur sport. Parce que le plaisir naît généralement des progrès que font les athlètes. La priorité d’une fédération ne consiste donc pas à former des joueurs de la LNH. Absolument pas.

Par contre, il est intéressant d’utiliser les statistiques de recrutement des organisations parce qu’il s’agit de l’outil le plus sophistiqué qui soit pour mesurer simultanément le niveau de compétence des hockeyeurs provenant de tous les pays. Collectivement, les équipes de la LNH investissent des centaines de millions chaque année pour dénicher, sans discrimination, les meilleurs talents du monde. Les données issues du repêchage sont donc extrêmement valables. Fin de la précision.

Andrei Chibisov et Nikita Nesterov du ROC face à Saku Maenalanen et Hannes Bjorninen de la Finlande tentent de récupérer la rondelle.

La Finlande a remporté la médaille d'or en hockey masculin aux plus récents Jeux olympiques d'hiver.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Cette réflexion nous transporte aussi en Finlande, un autre pays qui a procédé à une refonte majeure de son système de hockey mineur. La réorganisation des Finlandais s’est toutefois faite au début des années 2010, soit 10 ans après celle des Suédois.

Elle est relativement récente.

Entre 2001 et 2010, les Finlandais avaient vu le nombre de leurs espoirs sélectionnés par des équipes de la LNH chuter de plus de 50 %. Il était passé de 16,8 à 8,2. Pour redynamiser leur système de hockey, les dirigeants de la fédération finlandaise ont choisi de miser sur l’embauche d’entraîneurs permanents régionaux, sur un meilleur encadrement des entraîneurs bénévoles et sur le développement des habiletés en bas âge. Cette méthode a aussi produit d’excellents résultats.

En 2000-2001, on retrouvait 24 patineurs et 1 gardien finlandais qui jouaient dans la LNH.

Cette année, 31 patineurs et 7 gardiens partants étaient membres de la ligue.

C’est une hausse de 52 % par rapport au début du millénaire. En ce qui a trait au recrutement, les Finlandais ont vu 18 de leurs espoirs en moyenne être recrutés par des équipes de la LNH entre 2016 et 2020. C’est une hausse de 119,51 %(!) par rapport au creux de vague qu’ils avaient connu durant la période 2006-2010.

Rencontré en 2019 à l'Institut finlandais des sports de Vierumäki, le jeune Tristan Luneau, qui devrait entendre son nom être appelé lors du repêchage suivant, parlait des hockeyeurs finlandais.


Tout cela nous mène à la question qui tue.

Si la Suède et la Finlande sont parvenues à gagner autant de terrain au cours des 20 dernières années, il y a forcément d’autres pays qui ont régressé. Qui sont-ils?

Dans la recherche que les fondateurs de Pass Hockey m'ont partagée, les auteurs notaient que le nombre de matchs disputés par des gardiens canadiens a régressé de 20 % au cours des 20 dernières années. On soulignait par ailleurs une baisse de 5 % des matchs disputés par des défenseurs canadiens et de 10 % des matchs joués par des attaquants nés au Canada.

Quand on jette un coup d’œil aux statistiques des repêchages de la LNH, les chiffres sont encore plus inquiétants.

  • En 2000-2001, on retrouvait 301 patineurs et 31 gardiens canadiens qui jouaient régulièrement dans la LNH. Et durant la période 2001-2005, une moyenne de 115,6 espoirs canadiens était choisie chaque année à l’encan amateur.
  • Cette saison, 254 patineurs et 19 gardiens jouaient dans la LNH, ce qui constitue un recul de près de 18 % depuis le début des années 2000. Par ailleurs, entre 2016 et 2020, une moyenne de 74 espoirs canadiens a été réclamée au repêchage. Cette chute de 36 % est loin d’être anodine.

Parmi les grands pays du monde du hockey, le Canada est le seul qui a connu une telle régression auprès des décideurs de la LNH. Rappelons encore une fois que ce jugement de l’industrie est fait sans émotion par des entreprises qui ne sont motivées que par la recherche des meilleurs talents disponibles.

Ça mérite certainement une bonne réflexion. Ce n’est peut-être pas juste en raison de la manière dont Hockey Canada gère les allégations d’agressions sexuelles que la fédération aurait besoin d’être dépoussiérée.

Et c’est peut-être parce que les nouveaux dirigeants de Hockey Québec sont plus proactifs que leurs collègues des autres provinces qu’on se dirige vers une réorganisation semblable à celles que la Suède et la Finlande ont faites.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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