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Les hot dogs du 4 juillet

Un participant mange un hot dog pendant un concours

Joey Chestnut

Photo : Reuters / Andrew Kelly

C’est l’une des traditions les plus emblématiques du 4 juillet, jour de l’indépendance aux États-Unis, avec les feux d’artifice.

Le traditionnel concours de mangeur de hot dogs de New York fera encore courir les foules cette année sur place et devant le téléviseur.

L’an dernier, ils étaient plus de 1 million à regarder en direct à ESPN la gloutonnerie record de Joey Chestnut, légende vivante de cette activité bizarroïde qui trouve sa place sur les chaînes sportives. Après tout, si les jeux de fléchettes y sont, pourquoi pas?

Ce champion du monde de 37 ans a englouti pas moins de 76 chiens chauds en 10 minutes bien comptées devant des milliers de spectateurs qui l’acclamaient pendant son tour de force. Sans vomir, on le précise.

J’ai commencé à ralentir à la sixième minute et ils ne m’ont pas lâché et m’ont poussé a continué. Je suis si content, a dit l’Américain en juillet dernier sur l’estrade, fort probablement entre deux rapports.

Il soulève la ceinture couleur moutarde de champion d'une main et le drapeau américain de l'autre.

Joey Chestnut

Photo : Getty Images / Yana Paskova

Il y a un an, Chestnut mettait donc la main sur la prestigieuse ceinture couleur moutarde jaune, emblème du plus célèbre concours de gros mangeurs, pour la 13e fois. Chez les femmes, c’est l’Américaine Michelle Lesco qui s’est imposée.

L’enseignante en mathématiques dans une école de Tucson, en Arizona, a réussi à manger presque 31 hot dogs en 10 minutes.

Elle a découvert les concours de ce genre un peu par hasard il y a quelques années. Elle est aujourd’hui classée au 9e rang, tous sexes confondus, de la Major League Eating.

Lesco détient de nombreux records. Celui dont elle est le plus fière, c’est d’avoir ingurgité 2,44 kg de mayonnaise en trois minutes. (Nouvelle fenêtre) Si vous avez de la misère à digérer la dernière phrase, ou du moins à la croire, la vidéo est en ligne.

Je fais ça parce que je suis une imbécile, dit-elle en riant en entrevue à Radio-Canada Sports. C’est une chose bizarre à faire et j’adore faire des choses bizarres. Les 10 minutes pendant lesquelles on mange des hot dogs sont infernales, mais tout le reste autour est superbe.

Autour, c’est la foule de milliers de curieux qui regardent et encouragent chaque année ces professionnels de l’abus d’ingestion. C’est l’animateur sur l’estrade qui beugle des niaiseries, c’est aussi l’énergie que génère l’événement.

Des hommes vêtus de blanc participent à un concours de mangeurs de hot dogs.

Darrien Thomas lors d'un concours de mangeurs de hot dogs

Photo : Gracieuseté : Darrien Thomas

L’Ontarien Darrien Thomas a aussi goûté à la frénésie de l’événement à New York en 2019.

Il a échoué cette année dans sa tentative de se qualifier pour l’événement du 4 juillet. Même s’il a terminé à plusieurs dizaines de hot dogs du champion il y a trois ans, il garde un buffet de souvenirs de sa virée dans la Big Apple.

L’ambiance était folle avec la quantité de spectateurs qui sont venus nous voir manger, explique le cuisinier de 23 ans. Les organisateurs doivent fermer des rues. C’est le Super Bowl des concours de mangeurs. C’est toujours enivrant d’avoir la chance d’y participer. On se sent comme des vedettes rock et l’adrénaline nous pousse à nous dépasser.

Un sport à part entière selon les participants

Engloutir 76 hot dogs en 10 minutes n’est pas à la portée de toutes les panses. Oh non. Pour atteindre ces standards d’excellence, il faut des années d’entraînement.

Darrien Thomas a découvert ces concours un peu par hasard. Un soir, il devait assister à un concours de pointes de pizza mettant en vedette le Japonais Takeru Kobayashi, plusieurs fois champion du monde au concours de hot dogs.

Comme il restait une place libre sur l’estrade, Thomas s’est joint aux participants. Il a eu la piqûre et s’entraîne depuis pour exceller quand ça compte.

Il a notamment réussi à manger 6,8 kg de poutine en 10 minutes, 5 kg de gâteau aux fraises en 8 minutes et 48 épis de maïs en 12 minutes.

Avant les compétitions, je vais m’entraîner quelques fois à manger le plus de hot dogs en 10 minutes. Mais en dehors des entraînements, je mange généralement très santé, admet l’Ontarien. Je bois aussi de grandes quantités d’eau pour étirer mon estomac. Il faut qu’il développe une certaine tolérance.

Michelle Lesco, qui a pratiqué le cross-country, le volleyball et la balle-molle quand elle était plus jeune, estime que ces concours doivent être considérés comme des concours sportifs.

Un homme avec un chapeau d'antan l'embrasse sur la tête.

Michelle Lesco et la ceinture rose de championne

Photo : Reuters / ANDREW KELLY

C’est un sport parce que ça prend de l’entraînement et parce qu’on repousse nos limites, explique-t-elle. C’est un défi mental qui me rappelle le cross-country, quand mon corps me disait d’arrêter, mais que ma tête me disait de continuer à pousser. Je détestais le cross-country, mais j’étais bonne là-dedans. C’est un peu la même chose avec les concours.

Darrien Thomas considère aussi l’activité comme un sport.

Certaines personnes ne partageront pas mon avis, mais il ne fait aucun doute que c’en est un parce qu’on doit être très fort mentalement et qu’on doit s’entraîner pour exceller, raconte le jeune père de famille. Pour moi, j’entraîne mon corps à accomplir quelque chose de ridicule et c’est ce que font les athlètes dans d’autres sports.

Il y a aussi une technique à maîtriser pour engloutir des dizaines de hot dogs en 10 minutes. Vous ne verrez pas, par exemple, un concurrent garnir sa matière première de condiments.

Thomas, par exemple, utilise la même technique que Joey Chestnut. Il mange deux demi-saucisses à la fois, et enchaîne ensuite avec le pain, complètement imbibé d’eau. Pour le goût et la texture, on repassera. Pour la bienséance à table aussi.

L'homme vêtu de rouge regarde une tablée bien remplie.

Darrien Thomas

Photo : Gracieuseté : Darrien Thomas

Aussi répugnant que cela puisse paraître, il faut garder en tête que le pain est en fait une gorgée d’eau qui nous sert à faire descendre les saucisses. Au début, je trouvais ça dégueulasse, mais ça fait maintenant partie de ma routine.

Pour Michelle Lesco, après les 10 minutes d’enfer à ingérer les aliments, vient une autre période cruciale de 10 minutes. Si au cours de cette période vous arrivez à ne pas vomir, vous avez réussi selon elle.

Dans mon cas, en 10 minutes, la nourriture se place dans le ventre et une fois que tu réussis à faire quelques rapports gazeux, ça va aller. Les premières minutes sont sensibles, mais ensuite ça va.

Des concours de mauvais goût?

Si les conversations autour de ce genre de concours mènent généralement à des sourires ou à la rigolade, ce n’est pas le cas dans le bureau du Dr Michaël Bensoussan, gastro-entérologue à l’hôpital Charles-Lemoyne à Longueuil.

Le spécialiste ne trouve pas ces concours amusants, bien au contraire.

Ce n’est pas parce que je suis devenu vieux ou réactionnaire, mais ça me fâche et ça m’agace, dit-il à Radio-Canada Sports. Bien sûr, c’est amusant et folklorique. Mais nous, les gastro-entérologues, on voit les conséquences de la malbouffe tous les jours dans nos hôpitaux qui sont débordés.

Je trouve que le message qu’envoient ces concours, ce n’est vraiment pas cool au même titre que les restaurants qui nomment des plats crise cardiaque, ajoute-t-il. C’est une réalité, quand on mange beaucoup et gras, on a une surmortalité cardio-vasculaire. Avec l’expérience que j’ai dans mon métier, je ne trouve pas ça drôle.

Darrien Thomas et Michelle Lesco, interrogés par Radio-Canada Sports pour ce reportage, ne sont pas en surpoids. Joey Chestnut, le champion incontesté de la discipline, souffre tout au plus d’un léger embonpoint. Même s’ils font attention à ce qu’il mange en temps normal, les concours peuvent leur causer du dommage.

Une participante mange un hot dog avec vigueur lors d'un concours à New York.

Michelle Lesco

Photo : Reuters / ANDREW KELLY

Ces concours-là, physiologiquement et pour l’organisme, c’est une catastrophe, affirme le Dr Bensoussan. Je ne peux pas croire qu’on puisse avoir toute cette quantité de nourriture dans l’estomac, qui va passer dans l’intestin sans aucune conséquence.

Le gastro-entérologue estime qu’une personne, lors d’un gargantuesque souper de Noël, peut ingérer jusqu’à 4000 calories pour un seul repas, alors que le corps en nécessite environ de 2000 à 2500 par jour.

Il estime que ces kamikazes de l’oesophage vont en ingérer de 10 000 à 15 000 en 10 minutes à peine, surchargeant les organes du système digestif.

L’intestin ne saura plus où donner de la tête pour trier les nutriments, le foie ne saura plus où stocker ces aliments. Ça va créer des ballonnements, des crampes abdominales et on peut aussi voir des déchirures de l'œsophage.

On va voir une hyperstimulation du pancréas qui va sécréter un maximum d’insuline pour faire baisser le taux de sucre et pour aller stocker les graisses à gauche et à droite et ça peut être dans les artères. L’accumulation de graisse viscérale augmente les risques d’accident cardio-vasculaires et d’infarctus. Bref, c’est une catastrophe.

Le Dr Bensoussan met en garde que la minceur n’est pas un rempart absolu contre les problèmes de santé. L’estomac, bien qu’il puisse quadrupler en volume, peut se briser lorsqu’il est trop plein.

Des bézoards peuvent aussi se créer dans l’estomac.

Le gastro-entérologue Michaël Bensoussan dénonce les concours de hot dogs

Les bézoards sont une boule de nourriture tellement grosse que l’estomac n’arrivera plus, en faisant des contractions physiologiques et naturelles, à morceler et à chasser, décrit le gastro-entérologue. Cette accumulation va être très douloureuse, pesante et la seule solution pour enlever ce bézoard sera l’intervention chirurgicale.

Malgré les risques, Darrien Thomas dit faire confiance à son métabolisme et rappelle qu’il ne fera pas ce genre de concours toute sa vie.

Les heures qui suivent les concours ne sont pas nécessairement agréables parce que je me sens à la fois plein et déshydraté en raison du sel consommé, indique-t-il. Si j’endommage mon organisme à court terme, j’ai confiance qu’il soit résilient. Je m’amuse pendant que mon corps me le permet.

Michelle Lesco, elle, compare les concours à des marathons.

Ce n’est jamais une bonne idée de pousser son corps à la limite, conçoit-elle. Il faut prendre des précautions. On voit des gens s’effondrer à la ligne d’arrivée des marathons, je ne crois pas que ce soit une bonne idée non plus d’en courir, mais on veut tous pousser notre corps. Il faut être intelligent et bien faire les choses.

Si des malaises et même de rares décès surviennent dans ce genre de concours amateurs, il est plutôt rare d’en constater lors de la compétition du 4 juillet. Les participants sont des habitués qui se sont d’abord qualifiés.

Le Dr Bensoussan reconnaît que certaines personnes peuvent compter sur des métabolismes très efficaces qui leur permettent de faire ce type de compétition. Mais il n’en démord pas, ce n’est pas une bonne idée.

Tout ceci me paraît hautement déraisonnable. Le message que j’aimerais envoyer aux gens, c’est de faire de la belle nutrition, c’est d’arrêter la bouffe industrielle complètement saturée de lipides et de sucre. Il faut se réapproprier la bonne nourriture, conclut-il.

Des dizaines de hot dogs trempés dans l’eau, même sans condiments, ne sont pas considérés comme de la bonne nourriture pour ceux qui en doutaient.

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