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Hockey Canada : des dirigeants condamnés, selon un expert

Il est photographié en gros plan devant un logo de Hockey Canada.

Scott Smith, président de Hockey Canada

Photo : The Canadian Press / DARRYL DYCK

Rien ne va plus à Hockey Canada. Depuis la comparution de ses têtes dirigeantes devant le comité du Patrimoine à Ottawa la semaine dernière, les tuiles tombent une à une sur la fédération. Lundi, la Banque Scotia a retiré son appui financier. Des départs sont presque inévitables.

C’est du moins l’opinion d’Éric Brunelle, directeur du Pôle sports à HEC Montréal.

La fédération nationale a indigné ce qui a semblé être une grande majorité de parlementaires, voire la totalité, lors de son témoignage où Tom Renney (PDG sortant) et Scott Smith (son successeur) ont tenté d’expliquer leur démarche dans une affaire de viol collectif allégué qui défraie la chronique aux quatre coins du pays depuis quelques semaines.

Hockey Canada s’est discrètement entendu à l’amiable avec une jeune femme qui poursuivait la fédération, la Ligue canadienne de hockey (LCH) et huit joueurs, dont certains étaient membres de l'édition 2018 de l'équipe canadienne qui a représenté le pays au Championnat du monde junior.

Elle reprochait entre autres à la fédération de ne pas avoir fait tout en son pouvoir pour faire la lumière sur la question.

Lundi dernier, devant le Parlement, on apprenait, entre autres, que Hockey Canada avait commandé une enquête d’un bureau d’avocats sur les événements du 18 au 19 juin 2018, mais n’avait forcé aucun joueur présent ce soir-là à collaborer à l’enquête.

Deux jours après la comparution de Renney et de Smith, la ministre fédérale des Sports, Pascale St-Onge, a annoncé que le financement gouvernemental de Hockey Canada était gelé.

La fédération devra adhérer au nouveau Bureau du commissaire à l’intégrité et fournir le rapport remis à HC par le cabinet torontois à l’automne 2020 pour revoir la couleur de l’argent fédéral.

Il y aura également une enquête indépendante sur la gestion des dirigeants de la fédération sur cette affaire.

Avec le retrait d’un commanditaire majeur, le risque d’en voir d’autres retirer leurs billes augmente, selon M. Brunelle. L’effet boule de neige guette.

Les fonds fédéraux représentaient environ 6 % du budget total de la fédération, mais ses partenariats avec ses commanditaires comptent pour une part beaucoup plus large, selon les données qu’on peut trouver sur le site de HC.

Un graphique illustrant la provenance des fonds d'une organisation.

La provenance des fonds de Hockey Canada

Photo : Site Hockey Canada / Capture d'écran

Voici un résumé, réorganisé à des fins de vulgarisation, notre mandat, de notre conversation avec le professeur titulaire.


Q. Qu’avez-vous pensé de toute cette histoire?

R. Ça peut paraître paradoxal, mais c’est une bonne nouvelle que ces histoires-là ressortent. On le sait depuis longtemps, beaucoup de sport, dont le hockey, ont vraiment des enjeux culturels. Une vision archaïque du sport, la performance à tout prix. Et avec ça, il y a des enjeux autant au niveau de la santé mentale des jeunes, du développement du sport et de la vision à plus long terme.

Quand je vois des histoires comme ça, je me dis qu’enfin on en parle pour vrai. Et enfin on va prendre de bonnes mesures pour améliorer ça. C’est sûr que c’est une crise qui va être difficile. Il va y avoir des enjeux qui vont être autant commerciaux que pour le développement du sport.

Q. Avez-vous été surpris de la teneur du témoignage des dirigeants de HC devant le comité du Patrimoine au parlement?

R. Quand on parle d’un problème culturel, en général, ça part de la tête. Il n’y a pas cette volonté de transformer qui nous sommes. C’était éloquent. La déconnexion vient du fait qu’on ne comprend pas vraiment.

C’est un peu le même phénomène qu’on a vécu quand le Canadien a repêché Logan Mailloux. Il y a une espèce de déconnexion entre l’évolution du marché, des spectateurs, des jeunes qui veulent jouer et qui sont des consommateurs. Ça a évolué beaucoup. Les attentes sont différentes. La classe dirigeante du hockey ne l’a pas tout à fait compris.

Q. En tant qu’organisation, comment se remettre d’un épisode comme celui-là?

R. À court terme, il y a une rupture de confiance. Comme consommateur, je n’aurais plus confiance en l’équipe de gestionnaires pour gérer cette crise-là. Des fois, ça passe carrément par un renouveau. Il faut reconstruire cette confiance-là. Et comme consommateur, je me dis, s’ils sont si déconnectés que ça de la réalité, ça va prendre un nouveau souffle, de nouvelles orientations et c’est pas les mêmes acteurs qui peuvent le porter.

La décision prise par la ministre St-Onge, j’ai trouvé ça très fort. Elle leur a dit : Vous devrez vous organiser si vous voulez encore des fonds publics. Ce genre d’actions va pouvoir rétablir la confiance. Ça va être une grosse crise et ça va faire mal. S’ils n'allument pas assez vite, ça se peut que ça fasse mal pendant longtemps.

Q. Le leadership actuel est-il sérieusement en péril selon vous?

R. De l’extérieur ils ont l’air de persister et signer sur quelque chose qui ne tient pas la route. Ils ont l’air de vouloir la défendre cette position qui ne tient pas la route. Comment une personne après peut dire : Oups, je viens d’allumer, je viens de comprendre que ça pas d’allure. C’est possible. On a déjà vu dans d’autres types d’organisations des excuses et des prises de conscience et des actions, mais ce n’est pas ce qu’on voit le plus souvent. On va voir plus de la résistance. Comme c’est un problème qui est, je pense, endémique, c’est-à-dire que l’ensemble de la culture du hockey tourne autour de ces valeurs, j’ai l’impression que ça va prendre des années avant que ça se transforme.

Il y a deux semaines, il y a eu l’assemblée générale à Hockey Québec et j’entendais les messages. Ça c’est un beau virage, c’est un bel exemple. Il faut revoir notre sport, il faut repenser autrement, faut changer la culture j’ai envie de dire dinosaure. Ça va prendre des années, c’est clair.

Q. Ce serait donc impossible de rebâtir la confiance avec les mêmes leaders?

R. Je pense que oui. C’est un bris de confiance. On a un contrat social avec les fédérations sportives. C’est sûr que Hockey Canada c’est moins les jeunes, c’est plus du plus haut niveau. Mais on s’attend à ce que ses têtes dirigeantes soient bienveillantes. Que le sport soit fait dans un contexte sécuritaire où on va tenir compte de l’intégrité des gens. Et où on va dégager de bonnes valeurs.

Le sport, il y a quelque chose de noble là-dedans. On aspire à ce que nos fédérations nationales vont représenter ça. Quand on entend des histoires d’horreur comme ça où ils camouflent des viols collectifs, on fait : WOW. Ça marche pas. C’est là que le bris arrive. À mon avis, c’est pour le mieux qu’on en parle. Ça va nous amener à corriger le tir. C’est inévitable, il y a une crise qu’il va falloir surmonter et ça peut prendre du temps.

Q. Est-ce que la décision de la Banque Scotia peut créer un effet boule de neige?

R. Oui parce qu’il n’y a aucune organisation qui veut être associée à ces valeurs. L’organisation va vouloir les éléments plus nobles du sport : la détermination, relever des défis. On veut s’associer à une marque ou à un concept qui est positif. Là, ce qu’il y a, c’est rien de positif. Il peut y avoir un effet boule de neige. Ça va mettre une pression énorme sur les dirigeants et, j’espère, sur le conseil d’administration qui va peut-être prendre des mesures plus draconiennes. Le risque est réel.

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