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Chronique

La conquête de l’Avalanche, Cale Makar et la bague du recruteur

Un joueur de hockey, en blanc, soulève à bout de bras l'imposant trophée argenté.

Cale Makar a soulevé la coupe Stanley, moins d'une semaine après avoir remporté le trophée Norris, remis au meilleur défenseur dans la saison.

Photo : Reuters / Geoff Burke

Il arrive parfois que les recruteurs, en prenant des décisions osées, parviennent à changer complètement la trajectoire et le destin d’une organisation sportive. La superbe conquête de la Coupe Stanley par l’Avalanche du Colorado nous en a offert un fort bel exemple.

À une dizaine de jours du repêchage de la LNH, où le CH choisira premier, il fait bon de rappeler dans quel état se trouvait l’Avalanche du Colorado au repêchage de 2017.

Quelques semaines avant le camp d’entraînement de la saison 2016-2017, Patrick Roy avait abruptement quitté l’équipe en raison d’un différend philosophique avec le DG Joe Sakic. Jared Bednar, qui dirigeait le club-école de Cleveland dans la LAH, s’était ainsi retrouvé aux commandes à la toute dernière minute, par défaut.

Et l’Avalanche, qui alignait de jeunes Nathan MacKinnon (21 ans), Mikko Rantanen (19 ans) et Gabriel Landeskog (23 ans), avait enchaîné avec une fiche de 22-56-4 (48 points) qui demeure la pire performance d’une équipe de la LNH depuis le début du nouveau millénaire.

***

Et comme le malheur ne vient jamais seul, l’Avalanche avait été une fois de plus bafouée le soir de la loterie. Joe Sakic, Gros-Jean comme devant, s'est donc retrouvé avec la quatrième sélection.

Le soir du repêchage, les Devils du New Jersey ont fait de Nico Hischier le tout premier choix. Les Flyers ont misé sur l’attaquant Nolan Patrick, dont tout le monde disait qu’il aurait été le premier joueur réclamé s’il n’avait pas été blessé à sa saison de repêchage. Puis les Stars de Dallas ont enchaîné avec l’excellent défenseur finlandais Miro Hiskanen.

Quand Joe Sakic s’est présenté au micro, il a surpris bien des observateurs en annonçant la sélection de Cale Makar, un défenseur qui portait les couleurs des Bandits de Brooks dans la Ligue junior A de l’Alberta.

Makar figurait au 9e rang du classement nord-américain de la centrale de la LNH. Tout près de lui, on retrouvait Nick Suzuki au 10e et Ryan Poehling était 13e.

Il parle devant de nombreux micros.

Joe Sakic s'entretient avec des membres des médias lors des funérailles nationales de Guy Lafleur.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le cas de Makar illustrait toute la complexité entourant le processus de sélection des espoirs au hockey professionnel.

Les meilleurs joueurs de 18 ans proviennent de divers programmes et ligues amateurs en Amérique du Nord et en Europe et de diverses ligues professionnelles européennes, dont les niveaux de jeu varient grandement. Sans compter le fait que les espoirs évoluant dans des ligues européennes sont souvent sous-utilisés par leur entraîneur parce qu’ils jouent avec des hommes.

En plus, les espoirs sont sélectionnés bien avant d’atteindre leur apogée physique et technique. Dans ces conditions, prévoir le développement humain est un exercice extrêmement laborieux. La marge d’erreur est la plupart du temps énorme.

Un joueur de hockey reçoit un trophée.

Cale Makar reçoit son trophée des mains du commissaire adjoint de la LNH, Bill Daly.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

À preuve : lors des 19 premiers repêchages des années 2000, le premier joueur sélectionné n’a été hors de tout doute le meilleur de sa cohorte que huit fois (soit dans 42,1 % des cas). Et le talent de ces huit joueurs (Crosby, Ovechkin, McDavid, Matthews, etc.) crevait tellement les yeux qu’à peu près n’importe qui les aurait choisis.

Makar avait des statistiques impressionnantes (21-54-75 en 54 matchs) dans la Ligue junior A albertaine. Mais que valaient ces chiffres par rapport au hockey junior majeur canadien? Que valaient ses prouesses au Championnat du monde junior A par rapport au mondial junior?

À ce jour, les équipes de la LNH espèrent encore parvenir, grâce à l’intelligence artificielle et à l’analyse de mégadonnées, à soupeser la valeur de chaque ligue de développement par rapport aux autres. On leur souhaite bonne chance. En attendant, il faut se fier au flair, à l’expérience et au niveau de confiance des recruteurs.

Le cas de Makar était inorthodoxe. Il était normal qu’un grand nombre d’équipes (et les recruteurs de la centrale de la LNH) fassent preuve de prudence avec lui. Par ailleurs, quand votre emploi est en jeu, vous y pensez à deux fois avant de poser votre tête sur le bûcher pour miser sur un jeune homme ayant emprunté un sentier peu fréquenté.

Au repêchage de 2017, le recruteur en chef de l’Avalanche, Alan Hepple, était cependant convaincu que Makar était le meilleur joueur disponible au 4e rang. Et il n’a pas hésité à mettre ses tripes sur la table.

Hepple, qui travaille désormais pour les Coyotes de l’Arizona, a même déjà déclaré que l’Avalanche aurait contredit tous les experts et aurait misé sur Makar si l’organisation avait eu le premier choix cette année-là. On ne saura jamais s’il disait la vérité.

Toujours est-il que dimanche soir, Cale Makar (23 ans et 239 jours) est devenu le plus jeune défenseur depuis Bobby Orr (en 1970, à l’âge de 22 ans et 51 jours) à recevoir ce trophée Conn-Smythe et à être proclamé joueur par excellence des séries éliminatoires. Il a amassé 8 buts et 21 passes et s disputé plus de 27 minutes par match pour aider l’Avalanche à concrétiser la troisième conquête de son histoire.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

La semaine dernière, Makar avait aussi mis la main sur le trophée Norris, remis au défenseur par excellence de la LNH. Il est ainsi devenu le troisième joueur de l’histoire à mettre la main sur ces deux prestigieux trophées la même année.

Cinq ans après le repêchage de 2017, même si Nico Hischier et Miro Heiskanen connaissent de très belles carrières, il est clair que Cale Makar est le meilleur joueur issu de cette cohorte. Il ne serait même pas étonnant qu’il remporte le trophée Norris six, sept ou même huit fois comme l’a fait Bobby Orr.

La conquête de la Coupe Stanley de l’Avalanche a donc commencé par un beau soir de juin 2017, sur le plancher du United Center de Chicago, parce qu’Alan Hepple et son équipe de recruteurs ont eu un flair exceptionnel. Espérons que Joe Sakic fera parvenir une bague de championnat à son ancien recruteur en chef.

En attendant, tout cela remet en perspective les débats sibyllins qui animent les tribunes sportives, à savoir si le Canadien devrait sélectionner Shane Wright, Logan Cooley ou Juraj Slafkovsky.

Quand aucun espoir ne se démarque très clairement des autres, détenir le premier choix d’une séance de repêchage est un véritable cadeau empoisonné. L’expérience de plusieurs décennies et les extraordinaires prouesses de Cale Makar nous le rappellent.

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