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Affaire Valieva : l’ISU veut relever l’âge de ses patineuses

La patineuse Kamila Valieva est penchée après sa prestation au programme libre des Jeux de Pékin.

Kamila Valieva était la grande favorite pour remporter l'or olympique à l'épreuve individuelle.

Photo : Getty Images / Matthew Stockman

Agence France-Presse

Quatre mois après l'affaire Valieva qui avait éclaboussé les Jeux olympiques de Pékin, la Fédération internationale de patinage (ISU) se penche à partir de lundi sur une proposition visant à relever de 15 à 17 ans l'âge minimum pour concourir chez les seniors.

Le débat sur le très jeune âge des patineurs, et surtout des patineuses, n'est pas nouveau et il resurgit régulièrement. Il avait été rouvert en février dernier à Pékin, en pleins JO, lorsque Kamila Valieva, grande favorite pour le titre à 15 ans seulement, s'était écroulée sous la pression.

L'ado russe, reine des quadruples sauts et invaincue jusque-là dans les compétitions seniors, avait craqué après s'être retrouvée au centre d'une retentissante affaire de dopage. Elle avait terminé sa prestation la tête entre les mains, secouée par les sanglots avant d'échouer au pied du podium.

Réunis en congrès à Phuket, Thaïlande, de lundi à vendredi, les membres de l'ISU doivent se prononcer sur une proposition qui, si elle est acceptée par plus des deux tiers des votants, prévoit de faire passer l'âge minimum à 16 ans pour la saison 2023-2024, puis à 17 ans dès 2024-2025.

Objectif : éviter la casse physique et mentale des patineuses dont la carrière sportive au haut niveau est souvent très courte

L'ISU a le devoir de protéger la santé et la sécurité physiques et psychologiques de tous les athlètes, affirme ainsi la Commission médicale de l'instance.

L'organe estime aussi que les charges et les risques liés au haut niveau sont inappropriés pour des patineuses très jeunes.

Le patinage artistique est en effet un sport éprouvant, où des jeunes filles enchaînent des heures d'entraînements répétitifs, de sauts et de pirouettes, à un âge où leur corps est encore en développement.

Pour réussir des triples, voire des quadruples sauts, une silhouette filiforme est en outre un avantage certain et passée la puberté, lorsque le gabarit s'épaissit, les sauts deviennent plus difficiles à maîtriser. Les patineuses se retrouvent alors sur la touche, remplacées par d'autres encore plus jeunes.

Yulia Lipnitskaya, par exemple, n'avait que 15 ans lorsqu'elle a remporté l'or aux Jeux de Sotchi en 2014 dans l'épreuve par équipe. On lui prédisait une carrière brillante, mais, trois ans plus tard, elle avait déjà pris sa retraite, souffrant d'anorexie.

Avec un relèvement de leur âge minimal pour concourir, qui devrait leur permettre de gagner en maturité avant d'accéder au haut niveau, les patineuses seraient ainsi mieux préparées à endurer les charges d'entraînement et les pressions psychologiques accrues de la compétition senior, croit la Commission médicale.

Avec cette mesure, la Fédération espère aussi encourager les patineuses à mener des carrières plus longues.

Quelques jours après l'affaire Valieva, le Français Guillaume Cizeron, sacré champion olympique de danse sur glace à Pékin, montrait du doigt le problème.

On voit beaucoup de gamines, c'est presque des enfants à cet âge-là, amenées en haut du podium, puis jetées juste après. Elles ont des carrières qui sont très courtes. Je ne sais pas dans quelle mesure ça impacte leur vie après, [mais] je ne peux pas imaginer que ce soit quelque chose d'extrêmement positif.

Ça va peut-être leur permettre d'avoir plus de longévité, et du coup d'avoir plus le temps de gagner en maturité. Ça devrait probablement rendre la compétition plus intéressante, parce qu'on a envie de voir du patinage mature. Là, ce sont des enfants qui sautent, analysait-il.

Yulia Lipnitskaya

Yulia Lipnitskaya

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Ce n'est pas la première fois qu'une mesure pour relever l'âge des patineurs est soumise au vote de l'ISU. En 2018, une proposition équivalente avait été rejetée, se heurtant notamment à l'opposition des Russes.

Lors des Jeux de Pékin en tout cas, l'avis des participantes semblait quasi unanime.

Quand on regarde l'époque de Michelle Kwan ou de Sasha Cohen, ce sont des personnes qu'on pouvait encourager pendant plusieurs années, ce qui était une excellente représentation pour notre sport, disait l'Américaine Mariah Bell, l'une des plus âgées de la compétition, à 25 ans.

Ce serait formidable d'avoir plus d'athlètes de ce genre, et une limite d'âge y contribuerait.

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