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Le loup Slafkovsky et l’aigle Wright

Entrevue de Juraj Slafkovsky

BUFFALO – Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela n’est pas une fable de La Fontaine. De toute façon, on ne connaîtra la morale de cette histoire que bien des années plus tard, quand le temps aura tranché.

À savoir qui de Juraj Slafkovsky ou de Shane Wright, car c’est bien de cela qu'il s’agit, connaîtra la carrière la plus prolifique dans la Ligue nationale de hockey (LNH). Le Canadien décidera du tout premier choix du repêchage en juillet prochain, assurant du même coup d’en faire LE débat du 21e siècle. À moins que le Tricolore ne jette son dévolu sur l’Américain Logan Cooley, petit centre explosif de 1,79 m (5 pi 10 po) et de 79 kg (174 lb). Ce sont les trois noms qui circulent.

À bien des égards, Slafkovsky et Wright ne pourraient être plus différents.

Le premier, un ailier slovaque costaud, habile, fin marqueur, instantanément repérable sur la glace, affiche une dégaine décontractée. Souriant, farceur, il s’amuse avec les médias, surprend avec son franc-parler un peu râpeux encore hérité d’un anglais par moments hésitant.

Il lève les bras pour célébrer un but dans l'uniforme slovaque.

Juraj Slafkovsky a impressionné lors du tournoi olympique avec 7 buts.

Photo : Reuters / DAVID W CERNY

On le rencontre à l’extérieur d’un hôtel du centre-ville. Il fait beau. Slafkovsky signe des autographes. Il s’assoit pour l’entrevue.

Les gens sont stressés en Slovaquie, dira-t-il plus tard vendredi dans une rencontre formelle avec tous les médias.

Visiblement, le jeune homme a décidé il y a longtemps qu’il ne sera pas comme les gens en Slovaquie.

Un loup, disions-nous. Voilà comment il s’est décrit aux dirigeants du CH lorsqu’ils lui ont demandé quel animal il serait, un classique montréalais au camp d’évaluation des espoirs.

Slafkovsky a choisi le canidé parce que les loups attaquent rarement seuls, plutôt en équipe.

Wright, lui, avait confié au collègue Guillaume Lefrançois de La Presse – qui serait comme un gentil nounours pour ceux qui se poseraient la question – se voir en pygargue à tête blanche. L’oiseau n’étant pas exactement un aigle, nos excuses aux ornithologues : ça sonnait mieux.

Dans ces choix pointent deux mentalités, un autre exemple des dissemblances entre les deux messieurs.

D’abord différents par leur jeu. Wright est plus cérébral et méthodique, ce qui, à son avis, explique pourquoi parfois on lui reproche un certain manque d’ardeur et d’engagement. L’Ontarien a estimé devant un parterre plein de journalistes qu’il s’agit d’une perception, que son sens de l’anticipation et son intelligence lui permettent de travailler mieux, mais pas toujours à fond de train.

Il nous avait raconté la même chose à Kingston en mai.

Wright tient à être le premier choix de l’encan. Il l’a répété. Il le mérite, assure-t-il.

C’est ce qu’il pense, je pense autre chose, a laissé tomber Slafkovsky, sourire en coin, pleinement confiant.

Du même souffle, il admet que ce serait le fun de sortir au premier rang, mais qu’il n’y a pas trop pensé.

« Au bout du compte, ça ne change rien. L’important c’est comment ton jeu s’adapte à une équipe. C’est différent partout. Peu importe qui va me choisir, je vais m’ajuster et j’aurai une belle carrière. »

— Une citation de  Juraj Slafkovsky

Wright a obtenu le statut de joueur exceptionnel pour évoluer dans la Ligue de l’Ontario (OHL) à 15 ans. Il a composé toute sa vie avec la pression, les projecteurs. Franc, direct, il sait néanmoins comment répondre aux questions, il a l’habitude de ce monde.

Slafkovsky, moins. Nullement intimidé, il dit tout ce qu’il pense, comme cette fois, aux Jeux olympiques, où il avait ouvertement critiqué les arbitres avec force arguments à l’appui lorsqu’on l’avait rencontré dans la zone d’entrevues après un match. À 17 ans, en pleine compétition internationale… Le Slovaque n’a pas froid aux yeux.

Wright et Cooley ont cassé la croûte avec les membres de l’état-major du CH. Autre traitement pour Slafkovsky qui, après son entrevue de 15 minutes, a rencontré Kent Hughes, Jeff Gorton et deux dépisteurs que l’on imagine être Martin Lapointe et Nick Bobrov, pendant une bonne heure.

Il attend de recevoir une passe lors d'un match.

Shane Wright était le capitaine de sa formation lors du match des meilleurs espoirs organisé par la Ligue canadienne de hockey.

Photo : The Canadian Press / Geoff Robins

J’ai eu droit à un steak gratuit. Ce n’est jamais désagréable, a lancé Wright. 1-0 l’Ontarien.

Ma discussion avait bien meilleur goût qu’un souper, a répliqué Slafkovsky. 1-1.

Deux personnalités aux antipodes, deux joueurs aux atouts bien différents : un dilemme intéressant.

Un mariage naturel

Pour en revenir au Canadien, Slafkovsky aussi a fait ses devoirs. Il avait en Tomas Tatar pendant le Championnat du monde un messager idéal et, surtout, un bon vendeur de la plus grande métropole francophone en Amérique du Nord.

Il m’a dit qu’il n’a jamais eu autant de plaisir que là-bas, a raconté le jeune Slovaque.

Les gens te reconnaissent partout, ils viennent te parler, a-t-il ajouté.

Et la pression? Il marque une pause. Brève.

Je pense que c’est une très forte motivation pour bien jouer. Peu importe où tu es, si tu ne joues pas bien, ça ne marchera pas. C’est juste plus intense à Montréal. Mais dans un contexte comme celui-là, tu essaies encore plus fort. Je profiterais de chaque moment et je jouerais au maximum de mes capacités, a estimé Slafkovsky.

Certains se prennent déjà à rêver d’un trio en compagnie de Nick Suzuki et de Cole Caufield. Un ailier imposant dominant en possession de la rondelle viendrait, sur papier, compléter un trio assez intimidant.

Il en a entendu parler, mais ne s’enfle pas la tête avec ça. Pas plus qu’avec ses statistiques mirobolantes lors des tournois internationaux : sept buts en sept matchs aux JO et le titre de meilleur joueur du tournoi, neuf points en huit rencontres au Championnat mondial.

Un contraste saisissant avec ses quelque 5 buts, 5 passes en 31 rencontres en ligue finlandaise.

Encore là, il a une réponse.

J’avais plus de liberté sur la glace à l’international. Je pouvais essayer plus de choses. C’était plus difficile en Finlande avec notre système de jeu très strict. Un peu plate. Ce n’est pas juste moi, mais les autres joueurs aussi avaient de la difficulté à apporter leur personnalité. C’est un jeu défensif et on ne marquait pas tant. Mais ce n’est pas une excuse, j’aurais dû compter plus de buts, a laissé tomber Slafkovsky.

C’est bizarre à dire, mais ce serait plus facile pour moi d’adapter mon jeu à la Ligue nationale qu’à un jeu défensif comme en Finlande, a-t-il renchéri.

Il ne manque pas de confiance. Un vrai prédateur. Comme un loup.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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