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Patrick Carpentier entre au Temple, en toute discrétion

Un pilote de profil avec des lunettes de soleil sur le nez et une deuxième paire sur sa tête.

Patrick Carpentier en 2010

Photo : Getty Images / Jeff Zelevansky

Patrick Carpentier a accepté la deuxième invitation du Temple de la renommée du sport automobile canadien d'être intronisé, 15 ans après la première.

Le Québécois n'a pas pu assister à son intronisation, samedi dernier à Toronto, car il travaillait à Montréal.

Je n’ai pas pu aller à la cérémonie, car j’avais des obligations comme analyste à la télévision, explique-t-il à Radio-Canada Sports. C’était pendant une grosse fin de semaine de course avec le Grand Prix de Monaco de F1, les 500 milles d’Indianapolis et la plus longue course NASCAR de la saison.

Patrick Carpentier, 50 ans, habite aujourd'hui au Vermont, à côté de Burlington, tout près de la frontière avec le Québec. Il était dans sa cuisine quand le téléphone a sonné.

C’est la cerise sur le sundae pour ma carrière, ça vient boucler la boucle. Je suis super heureux de ça, dit-il spontanément.

Sur la fin de ma carrière, il y a 15 ans, on m’avait déjà offert de rentrer au Temple de la renommée, explique-t-il. Mais on me demandait 2000 $, je crois que c’était pour financer leurs activités. C’était une autre administration, et pour une question de principe, je trouvais que je n’avais pas à payer pour être intronisé. Les souvenirs sont dans ma tête, et je vis bien avec ça. J’avais refusé à l’époque.

Un homme, pensif, avec des lunettes regarde au loin.

Patrick Carpentier en 2022, chez lui, au Vermont

Photo : Patrick Carpentier

Cette fois-ci, je me sens plus à l'aise. Il n'y avait pas de prix d'entrée, mais je leur ai envoyé beaucoup de matériel de course que j’avais, des habits de l’équipe Player's, un casque de mon championnat en formule Atlantique, une demi-douzaine de visières, des souliers personnalisés avec mon nom dessus.

Ils m’ont dit qu’ils avaient reçu beaucoup de choses. Ça a été l’encan qui a rapporté le plus. Au moins, j’ai contribué pour les aider. Je me demandais : "Est-ce que ça va se vendre encore aujourd’hui? Est-ce que les gens se souviennent de moi?" Ça a l’air que oui, explique-t-il en riant.

L'occasion était belle de revenir sur la carrière du Québécois en Amérique du Nord, qui a touché à beaucoup de disciplines de la course automobile, de la catégorie formule à la NASCAR en passant par l'endurance et le rallye cross.

Et ce ne sont pas ses performances en piste dont il est le plus fier. C'est l'aventure dans son ensemble. Il est conscient qu'il a eu beaucoup de chance.

Je suis particulièrement content du fait qu’on en a profité, Anick (Dunn) et moi. Ça fait au-delà de 25 ans qu’on est ensemble, et on a vraiment vécu ensemble quelque chose de spécial. Dans ma carrière, ça a été difficile par moments, la mort de Greg Moore notamment. Il y a eu des hauts et des bas, les négociations des ententes contractuelles. Mais en général, on a eu beaucoup de plaisir, on a voyagé, je n’ai pas eu de blessure grave.

Du talent, il y en a beaucoup au Canada, au Québec. Mais moi, j’ai été chanceux, la filière Player's est arrivée au même moment. Le timing était parfait. Je n’avais pas les moyens de monter en formule Indy. La filière, c’est ce qui nous a permis d’y aller.

Photo de l'habitacle d'un pilote assis dans sa monoplace
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Patrick Carpentier à Monterey en 2000

Photo : Getty Images / Darrell Ingham

Patrick Carpentier en quelques chiffres :

  • Né à LaSalle le 13 août 1971;
  • 1982-1983 : champion canadien de patinage de vitesse sur courte piste et de longue piste et champion nord-américain sur courte piste;
  • 1985 : champion du Québec junior de karting (4 temps);
  • 1989 : champion de l'école de pilotage Spénard-David;
  • 1992 : premier Championnat canadien de formule Atlantique;
  • 1996 : premier Championnat de formule Atlantique (9 victoires en 12 courses);
  • 1997 : recrue de l'année du Championnat CART (aujourd'hui IndyCar);
  • 2002 et 2004 : 3e du championnat CART (renommé ChampCar en 2004, cinq victoires);
  • 2005 : deux podiums (trois tops 5) en Championnat IRL (Indy Racing League);
  • 2007 : deux podiums (trois tops 5) en NASCAR Nationwide (16 départs entre 2007 à 2012).

Vivre le rêve américain

Patrick Carpentier l'a vécu comme peu le peuvent.

On a décidé d’aller habiter à Las Vegas, car il y avait des vols directs pour pas mal partout, puis pour les taxes aussi et un paquet d’affaires, et tout le monde est allé en même temps : le Cirque du Soleil, Céline Dion. C’était comme la petite Italie à Montréal, sauf que là, c’était le petit Québec à Las Vegas, précise-t-il en riant.

On était invités partout, on était bien reçus, on allait voir des spectacles, ils venaient aux courses. Moi, je conduisais de belles voitures de course sur les plus beaux circuits du monde. C’était incroyable. On a eu du plaisir sans bon sens là-bas, admet-il.

Même si on retournait là-bas, on ne pourrait jamais revivre ce qu’on a vécu à ce moment-là. C’est vraiment la plus belle partie de ma carrière en course automobile. Souvent, on n’apprécie pas assez la vie. On ne prend pas le temps, on travaille, on est trop pris par toutes sortes d’affaires. Nous, on a pris le temps d’apprécier.

Un seul regret, et encore...

Si Patrick Carpentier a touché le public québécois, c'est grâce à son tempérament calme, rieur, accessible.

S’il y a une chose que je pourrais refaire pour tenter d’avoir de meilleurs résultats, de meilleures performances, c’est d’être moins patient, c'est d'être plus demandant envers l’équipe, être plus exigeant. Mais si j’avais agi comme ça, je ne suis pas certain que je serais resté aussi longtemps avec Player's.

Les amateurs sont massés derrière un muret.

Patrick Carpentier signe des autographes en 2008.

Photo : Getty Images / Jeff Bottari

Ce qui m’a permis de rester, c’est que je m’entendais bien avec pas mal tout le monde. Mais je sais que j’aurais eu plus de podiums, plus de victoires, si j’avais été plus chien un peu, plus méchant, reconnaît-il. Mais tu sais, chacun sa personnalité, et je pense que j’ai eu plus de plaisir de la façon dont j’étais.

Au cours de sa carrière, il a vécu des moments plus sombres. La mort de son coéquipier Greg Moore en 1999 l'a beaucoup ébranlé. Et ce qui l'a décidé à s'éloigner des circuits, c'est son accident à Chicago en 2006.

Le décès de Greg a été très dur à traverser, car souvent, quand arrive quelque chose comme ça, tu rembarques dans la voiture la semaine suivante. Tu te dépêches à mettre ton attention sur autre chose, ce qui aide beaucoup à éliminer la peur, explique-t-il. Mais dans le cas de l’accident de Greg, c’était dans la dernière course de la saison. Je devais donc vivre tout l’hiver avec ce qui venait de se passer. Et dans ce temps-là, tu te poses beaucoup plus de questions.

Un pilote a la main droite sur le nez de sa monoplace et il regarde en face de lui, la combinaison nouée à sa taille.

Greg Moore en 1999

Photo : Getty Images / Jamie Squire

J’étais encore jeune, et j’étais inquiet de savoir comment ça se passerait une fois de retour dans l‘auto. Tu ne sais jamais. Tu peux te mettre à douter, et là, il faut que tu arrêtes. Mais après une couple de tours, c’était correct.

En IRL, sur certains circuits, on pouvait rouler à plus de 400 km/h, se souvient-il. Et quand en 2006, à Chicago, Ryan Briscoe a frappé le mur et m’est passé par-dessus la tête, sa voiture était coupée en deux dans la clôture. Heureusement, il n’a pas été blessé gravement. Cette fois-là, j’ai su instantanément que c’était terminé pour moi. J’ai appelé Anick et je lui ai dit : "Je termine l’année, et j'arrête."

Deux monoplaces se heurtent sur une piste de course, une se désintègre et s'embrase dans la clôture.
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L'accident avec Patrick Carpentier (voiture bleue) et Ryan Briscoe à Chicago en 2006

Photo : Indy Racing League

Après ses années en catégorie formule, Patrick Carpentier a fait de la NASCAR, qu'il considérait comme beaucoup moins risquée. Mais comme il était plus vieux, il se mettait à réfléchir un peu trop, il avait deux enfants. Il a donc choisi de prendre sa retraite de la course automobile.

Je reçois des invitations, mais ça prend du temps et de l'entraînement. Et si je ne peux pas être à 100 % de ma forme pour me donner toutes les chances, j'aime mieux pas y aller, dit-il simplement.

À la différence du pic-bois

L'être humain est une machine complexe, mais on trouve chez l'animal certains mécanismes de défense uniques, comme l'a appris Patrick Carpentier après l'un de ses accidents.

J’ai complètement décroché des sports motorisés. N'oublie pas que j’ai eu sept commotions cérébrales, rappelle-t-il. C’est beaucoup. Dans un accident, c’est la décélération qui fait mal, même avec un casque. Quand le cerveau frappe contre la boîte crânienne.

Deux monoplaces se heurtent dans le gravier lors d'une course.

Patrick Carpentier et Al Unser fils dans un accrochage au circuit Road America en 1998.

Photo : Getty Images / Robert Laberge

Un médecin m’a déjà expliqué que le pic-bois enroule sa langue autour de son cerveau avant de cogner le tronc, ce qui le protège. Nous, on n’a pas ça, alors quand notre cerveau cogne comme ça, ça fait des lésions. Alors, j’ai bien fait d’arrêter, et c’est dur, car mes amis parfois me disent que je suis peureux aujourd’hui. C’est juste qu’une commotion, ça ne se voit pas.

Patrick Carpentier est aujourd'hui un homme comblé par sa carrière en course automobile et par sa vie de famille avec Anick et leurs enfants Anaïs, 21 ans, et Loïc, 15 ans, et par la vie qu'il mène aujourd'hui.

Anaïs et Loïc étaient petits quand leur père roulait sa bosse sur les circuits. Son intronisation au Temple de la renommée leur permet de réaliser à quel point leur père a été l'un des meilleurs pilotes canadiens de sa génération.

Ma fille étudie en psychologie à l'université, je crois qu'elle veut essayer de comprendre son père, dit Patrick Carpentier dans un grand éclat de rire. Mon fils n'a aucun intérêt pour la course automobile, zéro, mais il n'en revenait pas que j'avais des souliers de course personnalisés avec mon nom brodé dessus.

Un homme avec des lunettes sourit pour la photo.

Patrick Carpentier, en 2022, chez lui, au Vermont

Photo : Patrick Carpentier

Patrick Carpentier a tenu à rendre hommage à sa femme Anick Dunn, qui a été souvent seule à la maison avec les enfants quand ils étaient petits et que leur père sillonnait l'Amérique du Nord.

Aujourd'hui, ils se sont fait une vie loin des projecteurs au Vermont, à un rythme qui leur convient.

Aux États-Unis, je fais beaucoup de construction. Anick gère des complexes d’appartements et de condos dans la région, puis, moi, je les rénove. J’en ai deux à refaire en juin. Au Vermont, ce sont de vieilles bâtisses, fait qu’il y a beaucoup d’ouvrage dans la rénovation. Je fais ça depuis longtemps et j'adore ça.

Et puis, on est bien au Vermont, car le rythme est lent. C’est l’opposé de Las Vegas, où on habitait avant. C’est plus tranquille, et ça nous convient. Je suis content. Je ne veux plus voyager. On l’a assez fait.

Le Québécois a jeté beaucoup de trophées qui prenaient de la place, mais il garde chez lui quelques souvenirs de sa carrière de pilote. Et il fera une place à la petite plaque souvenir du Temple de la renommée du sport automobile canadien.

Ah oui? Il y a un trophée? a-t-il demandé le plus candidement possible.

Il ne le savait même pas. Comme quoi...

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