•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

De la valeur d’un parcours éliminatoire du club-école

Ils célèbrent un but.

Des joueurs du Rocket de Laval

Photo : Twitter/Rocket de Laval

Principe sacro-saint pour les uns, simple boni pour les autres, qu’en est-il de la valeur pour le développement des joueurs d’un long parcours éliminatoire à l’image de celui du Rocket de Laval cette année?

Voilà belle lurette qu’on avait pu se poser la question parce que, justement, le club-école du Canadien n’avait pas connu ce type d’envolée depuis la percée, politique celle-là, de Jack Layton au Québec.

C’était en 2011. Une défaite en sept matchs en demi-finales à l’époque. Un revers identique à celui de l’année précédente : autant de matchs, même étape de la compétition. Trois ans avant, en 2007, c’était la conquête du trophée Calder par les Bulldogs de Hamilton, alors la filiale du Tricolore dans la Ligue américaine (LAH) menée par Carey Price.

À l’époque, il était coutumier pour le club-école de participer aux séries éliminatoires. Ça ne s’est jamais reproduit entre 2012 et 2021.

On évoquait parfois le manque de talent dans les rangs inférieurs, le fait qu’il est impossible de performer à ce niveau sans espoirs de pointe. D’autres s’acharnaient plutôt sur le développement déficient. Bref, la roue tournait, mais elle dévalait la colline à toute allure vers le mur.

Hasard ou non, beaucoup de joueurs ont émergé de cette séquence prolifique du club-école de 2007 à 2011 et sont venus grossir les rangs de la maison-mère. Par la suite, le talent a semblé se tarir à la source. Il en a finalement manqué un peu partout et le CH a traversé le pire quinquennat de son histoire.

Si le talent brut est nécessaire pour atteindre la LNH, il ne faudrait pas lever le nez sur l’importance de la victoire, selon les intervenants à qui nous avons parlé, tous membres des Bulldogs à leur période glorieuse.

La chose la plus importante, c’est d’être capable de te rendre en séries [dans la Ligue américaine]. C’est de loin, de loin, ce qui ressemble le plus à la Ligue nationale. C’est le plus proche que tu vas avoir de la réalité de la Ligue nationale. C’est là que tu vas avoir les meilleures indications et les meilleurs points de repère pour ton développement, fait valoir Guy Boucher.

L’entraîneur pilotait le club-école du Canadien en 2010. Les David Desharnais et autres Max Pacioretty se sont développés en partie sous son égide. Au total, pas moins de 11 patineurs de cette édition 2009-2010 des Bulldogs ont joué dans la Ligue nationale.

On avait vraiment le sentiment d’avoir accompli tout ce qu’on pouvait, se rappelle Boucher.

Les espoirs étaient nombreux à l’époque, mais les vétérans prenaient beaucoup de place. Desharnais menait la charge, certes, et l’histoire n’a pas fait la part belle aux exploits de Brock Trotter, de Mike Glumac ou encore d'André Benoit, mais leur impact aura fait la différence selon Boucher.

Un alliage essentiel au développement d’ailleurs, selon l’ancien entraîneur des Sénateurs et du Lightning.

« Quand on segmente ça dans des discussions, ça me fait capoter. C’est tout relié. Même chose dans la Ligue nationale. Si tu as juste des jeunes pas entourés par des leaders et des gens qui peuvent gérer la pression, le temps de glace et ainsi de suite, tu ne les développeras pas. »

— Une citation de  Guy Boucher

La victoire, un peu comme la vertu, difficile d’être contre. Et si tous les directeurs généraux affirment généralement en public vouloir développer tout en gagnant, certains gestes ne mentent pas.

Quand Marc Bergevin a décidé de céder Matthew Peca à la date limite des échanges en 2020 alors que le Rocket luttait pour sa survie, il envoyait le signal qu’un choix de septième tour valait davantage que sa contribution au club-école et à la possible expérience des éliminatoires pour tout un tas de jeunes pépites.

À l’inverse, quand Kent Hughes met la main sur Nate Schnarr, personne ne crie au génie, mais il donne des munitions à son entraîneur dans la LAH.

Il y a des mentalités différentes, affirme Yann Danis. Le gardien avait été tassé par les Bulldogs à la veille des séries en 2007 pour faire de la place à Carey Price. Il en parle sans amertume, conscient aujourd’hui que le jeune gardien était déjà prêt à faire face à l'adversité.

Pour certaines organisations, c’est plus ou moins important que le club-école ait du succès, en autant que les jeunes jouent. De mon côté, je crois que c’est important de faire jouer les jeunes, mais aussi d’avoir des vétérans pour les encadrer et essayer d’installer une mentalité gagnante dans ton équipe. Tampa Bay l’a bien fait. Ça a aidé tous les joueurs. C’est une expérience positive. La Ligue américaine est une bonne ligue. Ce n’est pas facile de gagner la Coupe Calder. Tu grandis beaucoup en faisant ça, tu apprends aux jeunes à gagner, ajoute l’ancien portier reconverti dans l’immobilier.

Qu’apprend-on exactement dans un environnement gagnant?

On s’essaie d’abord avec David Desharnais.

David Desharnais sur la glace après un match

David Desharnais

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Des fois, tu arrives dans une équipe, les gars sont tellement habitués de perdre, ça ne les dérange même plus. Quand tu gagnes, tu as le goût de gagner encore. Tu apprends à faire les bonnes choses, explique-t-il.

Mais encore? Guy Boucher arrive à la rescousse. Il se lance dans une joyeuse diatribe, ici épurée pour faciliter la compréhension.

L’horloge. Tu mènes 1-0, il reste deux minutes au match, c’est pas le temps de déjouer quelqu’un à la ligne bleue. Ça, c’est de la maturité. Quand est-ce qu’il y a un jeu à faire et quand il n’y en a pas? C’est énorme. Quand les gens disent : le jeune va se développer parce qu’il peut essayer n’importe quoi n’importe comment pis c’est pas grave parce que c’est un contexte de développement, ils se trompent. Apprendre, ça inclut ça, dit Boucher.

« Steven Stamkos et Nikita Kucherov, tu les vois, ils ont appris à gagner. Ça a pris des années et série après série, même chose avec Alex Ovechkin. Eux s’obstinaient et répondaient : "Je suis payé pour scorer des buts." C’est ça, t’as rien compris encore. Tu vas scorer des buts, mais tu gagneras jamais. Même chose pour Steve Yzerman. Il marquait 50 buts, mais il avait pas compris avant que Scotty Bowman arrive. »

— Une citation de  Guy Boucher

Il y a une partie de tout ça qui sert à inspirer le reste de ton équipe. Tu n’inspires pas avec le talent, jamais. Les gens sont impressionnés par le talent, sont intimidés par le talent. Pour inspirer, il faut que ce soit des choses que tout le monde peut faire. Du courage, bloquer des lancers, un repli défensif quand tu es fatigué, revenir au banc à 100 milles à l’heure même fatigué. Ton rôle quand tu perds la mise au jeu. Ce sont des milliers de détails que j’appelle les détails de gagnants, raconte Boucher.

Tout ça part de la méritocratie, toujours selon lui. Guy Boucher encense Julien BriseBois et Bob Gainey, alors ses patrons dans l’organisation montréalaise, pour lui avoir laissé une liberté complète dans la gestion de ses hommes. Rien d’imposé : pas de calendrier, pas de premier choix qui doit absolument obtenir plus de glace que les autres, pas de rappel farfelu pour justifier des choix douteux de recruteurs égarés.

Un contexte sain où tout le monde se retrouvait sur la même ligne de départ. Une philosophie qui a permis à David Desharnais, par exemple, de s’établir dans la LNH.

J’étais pas supposé être là parce que je n’étais pas un choix de première, deuxième, troisième ou quatrième ronde. Si tu repêches ces gars-là, tu les vois dans ton équipe, mais pas celui que tu as signé comme agent libre. Ce sont toujours les gars repêchés par l’équipe qui se font donner des chances. Mais quand tu gagnes, ça donne une chance à d’autre monde de briller.

Le Rocket est tiré vers le haut par de vieux routiers. Danick Martel, Sami Niku, Jean-Sébastien Dea et Louie Belpedio affichent les plus belles statistiques. Jesse Ylönen est le premier espoir du Tricolore à apparaître dans la colonne des pointeurs au modeste 9e échelon. Il n’y a là rien de déshonorant. Simplement, ce n’est pas la prochaine génération de joueurs du Canadien qui a hissé l’équipe jusqu’en demi-finales, à l’exception de Cayden Primeau. Elle apprend plutôt à gagner, cette génération, et il n’y a là rien d’inquiétant si l’on se fie aux commentaires ci-haut.

Primeau, par exemple, a amorcé les séries en tant qu’auxiliaire à Kevin Poulin, l’entraîneur Jean-François Houle précisant que la priorité était donnée à la victoire désormais. Le fils de Keith a finalement arraché le filet des mains du Québécois.

Guy Boucher réitère la philosophie. Celle des Red Wings des années 1990. Celle importée par Yzerman à Tampa Bay. Celle dont s’est imprégné l’entraîneur.

On te le donne pas, tu vas nous forcer la main. Quand tu donnes à quelqu’un quelque chose, comme aux enfants, ils ne sont jamais conscients de ce que ça prend. Quand ça dérape, ils font la baboune, ils lâchent, ils sont frustrés au lieu de se reposer sur leurs bases. Quand tu as ramassé ton argent pendant deux ans pour payer ta voiture, c’est pas la même affaire que quand tes parents te la payent. C’est ça, la Ligue américaine.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !