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Chronique

La belle et courageuse réforme de Soccer Québec

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Soccer Québec veut remettre le plaisir à l'avant-plan.

Photo : getty images/eyeem / Pichsakul Promrungsee / EyeEm

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Par le temps qui court, il est extrêmement difficile de discuter avec les dirigeants d’une fédération sportive sans entendre - à plusieurs reprises - le mot « rétention ». À travers le monde, tous sports confondus, la capacité des organisations sportives à maintenir ou accroître le niveau enthousiasme de leurs membres est devenue le nerf de la guerre.

Dans le passé, quand venait le temps d’établir un diagnostic sur la santé de leur fédération, bon nombre de gestionnaires se contentaient de jeter un coup d’œil sur les fluctuations annuelles du total de membres. Ce n’est plus le cas. C’est désormais la qualité de la relation que l’on parvient à établir entre l’athlète et son sport qui prime.

Et Soccer Québec fait partie des fédérations qui ont changé leur fusil d’épaule et qui remuent mers et monde pour rendre leur sport et leur environnement plus attrayant et plus bénéfique pour leurs athlètes, éducateurs, arbitres et employés.

Les efforts déployés sont impressionnants.

Il y a quelques semaines, les dirigeants de Soccer Québec ont été interpellés par une chronique que j’avais faite sur l’important changement de philosophie de la Fédération allemande de soccer. Les dirigeants de la Deutscher Fußball-Bund auraient pourtant pu se contenter du statu quo puisque leur organisation figure depuis longtemps parmi les plus performantes au monde sur la scène internationale.

Il se trouve que Soccer Québec se trouve aussi au beau milieu d’une gigantesque réforme, tout aussi audacieuse, axée sur le plaisir des enfants et sur le développement sous toutes ses formes, qu’il soit athlétique, humain ou organisationnel. J’ai récemment eu l’occasion de rencontrer plusieurs dirigeants de cette dynamique fédération québécoise pour en discuter.


Le directeur général de Soccer Québec, Mathieu Chamberland, estime que le taux de rétention de membres constitue le meilleur indicateur de performance d’une fédération.

À une certaine époque, notre taux de rétention était très faible. Mais il y avait tellement de nouveaux joueurs qui s’inscrivaient chaque année que notre membership augmentait quand même. Toutefois, si nous avions été une entreprise privée, de tels taux d’abandons auraient constitué de très mauvais résultats , affirme-t-il, avec énormément de franchise.

« Il est normal que des tout-petits viennent essayer le soccer et quittent par la suite. Mais de façon générale, les gens vont revenir d’une saison à l’autre s’ils sont satisfaits. C’est désormais le principal indicateur de performance de tous nos clubs et de toutes nos associations régionales. »

— Une citation de  Mathieu Chamberland, directeur général de Soccer Québec

Soccer Québec accorde tellement d’importance à la qualité de l’expérience offerte à ses membres qu’elle a commandé, l’automne dernier, une étude à l’Observatoire international en management du sport (OIMS) de l’Université Laval. Cette étude visait, notamment, à mieux connaître les membres de la fédération.

Soccer Québec voulait connaître leurs motivations ainsi que les raisons qui les ont poussés à abandonner la pratique du soccer ou les raisons qui seraient susceptibles de leur faire tourner le dos à leur sport.

Plus de 2600 membres actuels et anciens ont répondu aux quelque 25 000 questionnaires qui ont été distribués. Tous les groupes d’âge étaient représentés parmi les répondants, mais plus 70 % des personnes sondées étaient âgées de moins de 18 ans.

Il est extrêmement intéressant de constater que peu importe leur groupe d’âge ou leur niveau de jeu, tous les groupes interrogés ont placé la notion de plaisir au premier rang des facteurs qui les motive à pratiquer le soccer. Et inversement, parmi les raisons d’abandon ou les raisons susceptibles d’éventuellement les convaincre de tourner le dos au soccer, la perte de plaisir venait au premier rang.

La qualité des entraîneurs était aussi un facteur déterminant pour un nombre significatif de répondants.

Fondamentalement, il y a donc très peu de différences entre un(e) enfant de 6 ans qui pratique le soccer au sein d’une équipe locale et celui ou celle de 17 ans qui endosse l’uniforme d’une équipe AAA. Les deux veulent s’amuser tout en profitant d’un encadrement stimulant.

L’une des conclusions majeures de l’étude était que les joueurs qui s’inscrivent au soccer depuis trois ans et moins ont significativement moins de chance de se réinscrire que les autres joueurs.

Pour améliorer son taux de rétention, Soccer Québec doit donc accrocher et donner le goût de revenir à un plus grand nombre de débutants.


Le nombre et la taille des réformes qui sont survenus dans le monde du soccer québécois dans un passé récent, et celles qui sont en train d’être déployées donnent presque le vertige. La fédération est en train d’implanter un véritable changement de culture dont on ne pourra pleinement mesurer les effets avant plusieurs années, selon le directeur du développement, Mike Vitulano.

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Des enfants avec leur entraîneur de soccer.

Photo : Getty Images / kali9

Il y a d’abord le programme de reconnaissance des clubs qui a été implanté par Soccer Canada en 2018 et qui a trouvé au Québec le plus fort taux d’adhésion au pays.

Pour résumer simplement, le programme de reconnaissance des clubs est une liste de critères ou de standards de qualité que les clubs doivent atteindre pour offrir une expérience de qualité à leurs membres.

Le programme comporte quatre niveaux d’exigences différents pour être reconnu à titre de club local, régional, provincial ou national. Plus on monte dans la hiérarchie, plus il y a de critères à respecter.

Ainsi, un club local doit répondre à une vingtaine de critères de qualité pour obtenir sa reconnaissance alors que des clubs ayant une reconnaissance nationale, comme ceux de Blainville ou l’AS Laval, doivent cocher environ 150 cases pour obtenir et maintenir leur statut. On parle alors de clubs amateurs gérés avec un très haut degré de professionnalisation.

La reconnaissance des clubs avait pour but de responsabiliser les clubs et de les rendre autonomes. Tout ce qui se fait dans les clubs est désormais documenté et ça permet d’assurer leur pérennité. Auparavant, il fallait souvent tout refaire à partir de zéro après le passage d’une cohorte de joueurs talentueux ou après le départ d’un directeur technique, explique Mike Vitulano.

Au Québec, nous avons 116 clubs reconnus sur les 165 demandes que nous avons reçues. Ailleurs au Canada, la province qui occupe le deuxième rang est l’Ontario, avec 40 clubs reconnus. Il n’y a pas de compétition entre les provinces là-dessus, mais nous sommes quand même très fiers de cela, ajoute-t-il.


Sur le terrain, le programme de reconnaissance des clubs a aussi entraîné la création, dans chaque club, d’une entité appelée le centre de développement des clubs et qui s’adresse aux joueurs de 4 à 12 ans. Les gens du milieu l’appellent simplement le CDC.

Le CDC est génial parce qu’il met fin à une pratique illogique qui existait depuis des temps immémoriaux dans le sport mineur. Cette pratique consistait à assigner le meilleur entraîneur d’une association à une équipe regroupant, disons, les 12 meilleurs joueurs de leur groupe d’âge. Le reste de la cohorte était souvent laissé pour compte.

Le but du CDC consiste à offrir la même qualité de service pour tous. L’enfant qui dispute sa première saison au soccer ou celui qui en est à sa quatrième saison ont droit à la même qualité d’encadrement auprès de leur club, explique le directeur du développement Mike Vitulano.

Auparavant, on inscrivait les enfants selon leur capacité de jouer dans un cadre récréatif ou compétitif, rappelle le directeur. Dorénavant, ils peuvent s’inscrire en fonction de leur engouement pour le sport. L’offre de services peut comprendre des options comme un entraînement/un match par semaine, ou juste un match par semaine, ou un minimum de deux entraînements/un match par semaine.

« Au lieu de travailler avec seulement 12 jeunes, les entraîneurs certifiés en supervisent 100. Il y a désormais 100 jeunes qui se présentent au terrain. Ils sont séparés en groupes de 10 et ils participent à plusieurs ateliers, en rotation, avec des entraîneurs qualifiés avant de disputer leur petit match. Beaucoup de réticences ont été exprimées par les parents au début. Mais les gens nous disent maintenant qu’ils aiment ça. »

— Une citation de  Mike Vitulano, directeur du développement de Soccer Québec

Par contre, et je tiens à le souligner, il nous reste beaucoup de chemin à faire dans le déploiement de ce programme. C’est un gros changement et il y a encore une marge entre le niveau que nous voulons atteindre et celui où nous sommes rendus , avoue Mike Vitulano.

À travers tous ces changements, les dirigeants de Soccer Québec, les associations régionales et les clubs accordent une attention particulière au concept de compétition significative pour faire en sorte que chaque enfant se retrouve dans un environnement qui pourra lui permettre de s’amuser tout en faisant face à des défis et, par conséquent, de progresser.

Bref, c’est une véritable culture de développement qu’on est en train d’instaurer.


Il faut s’être déjà impliqué dans la gestion de programmes sportifs pour comprendre l’ampleur et la complexité des changements énumérés depuis le début de ce texte. On se demande comment les gens de Soccer Québec font pour mener autant de gros chantiers en même temps.

Et incroyablement, c’est loin d’être fini n’est pas fini!

Cette année, un nouveau cadre de compétition entre en vigueur pour les 9-10 ans.

Afin de favoriser le développement et les apprentissages des joueurs, cette catégorie disputera dorénavant quatre périodes de 12 minutes au lieu de deux demies de 20 minutes. Les entraîneurs pourront ainsi faire plus de rétroaction avec leurs joueurs et procéder à davantage de changements.

Dans cette formule à sept contre sept, les touches ne seront plus permises. Au lieu de remettre le ballon en jeu avec les mains, il faudra désormais effectuer une passe avec les pieds ou simplement réintégrer le jeu en driblant.

Au lieu de permettre aux gardiens de dégager le ballon, on a aussi adopté des modifications réglementaires qui forcent les gardiens à opter pour le jeu court, ce qui encourage les joueurs à faire preuve de créativité tout en leur permettant de toucher au ballon plus souvent.

Dès 2023, les joueurs de 11-12 ans (donc issus de la génération actuelle de 9-10 ans) profiteront d’une suite de cette réforme qui leur permettra de continuer à se développer de façon plus optimale.

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Un enfant tient un ballon de soccer devant un filet.

Photo : Shutterstock / Romrodphoto

Et cette année même, des projets pilotes sont en place dans plusieurs régions du Québec pour les enfants de 4 à 8 ans.

Les joueurs de six ans n’ont pas encore les habiletés techniques qui leur permettent de jouer collectivement à cinq contre cinq, explique le directeur du développement. Nous sommes donc en train d’introduire les matchs à deux contre deux, avec deux ou quatre filets. Et il est clair que ça provoque plus de tirs, plus de duels et plus de dribles.

Pour les 7-8 ans, c’est une formule à trois contre trois avec des gardiens qui est en train d’être peaufinée. Ces nouveaux programmes devraient être en vigueur partout au Québec à compter de 2024 , annonce Mike Vitulano.


Chaque fois que je signe un texte sur les innovations mises en place par une fédération, je suis surpris de recevoir des courriels de lecteurs qui croient encore que de reproduire fidèlement les formes de compétitions conçues pour des adultes ou des athlètes de haut niveau constitue la meilleure façon d’initier les enfants au sport.

Toutes les études sérieuses démontrent que les jeunes sportifs veulent avant tout s’amuser et avoir la possibilité et le sentiment de progresser dans la pratique de leur sport.

Le responsable de la structure des clubs chez Soccer Québec, Christophe Blin, croit normal que les nouveaux programmes rencontrent une certaine résistance.

Ce ne sont pas tous les parents qui ont les connaissances d’un gars comme Mike Vitulano sur les stades de développement d’un joueur ou qui sont habitués de discuter de concepts comme le développement à long terme d’un athlète et la patience que cela nécessite.

« Il y a un gros travail de communication qui doit être fait et qui doit inclure les parents. Cela dit, la très grande majorité des gens embrassent les nouvelles orientations de Soccer Québec. »

— Une citation de  Christophe Blin, responsable de la structure des clubs chez Soccer Québec

Tous ces changements sont faits pour les bonnes raisons et avec énormément de conviction. On a hâte, dans quelques années, de pouvoir en mesurer les effets.

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