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Les Patriotes seront de retour, si elles le souhaitent

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Des hockeyeuses du Cégep de Saint-Laurent

Photo : Mégan Miron

Radio-Canada

Après avoir mis sur pause son programme de hockey féminin des Patriotes, le 12 mai dernier, la direction du Cégep de Saint-Laurent a fait volte-face, mardi, au grand bonheur des joueuses de la formation collégiale. La situation demeure cependant précaire, puisque l’équipe est à la recherche d’environ six joueuses pour pouvoir s’aligner la saison prochaine.

Comme l’avait écrit Alexandre Gascon la semaine dernière, une sortie de crise semblait inévitable puisque le milieu du hockey québécois s’est mobilisé pour demander une révision de cette décision controversée.

Mardi, la directrice des Services aux étudiants et des Communications du Cégep de Saint-Laurent, Danielle Malkassoff, et le nouvel entraîneur-chef des Patriotes, Daniel Continelli, ont rencontré les joueuses afin de sonder leurs intentions pour la prochaine saison. Mme Malkassoff en a aussi profité pour s’excuser aux jeunes athlètes pour le bouleversement de la dernière semaine.

Mégan Miron avait dénoncé la situation dans une lettre envoyée au porte-parole de l’opposition officielle en matière de sports, Enrico Ciccone, et à la députée libérale de la circonscription de l'Acadie, Christine St-Pierre. L'étudiante accueille cette décision avec joie, mais elle dit comprendre l’enthousiasme modéré dont certaines de ses coéquipières ont pu faire preuve. J’étais un peu fâchée qu’on ait eu à faire ça, mais en même temps ça nous aura aidés à donner de la visibilité au hockey féminin. Ça n’aura pas servi à rien tout ça.

L’arrêt du programme a eu l’effet d’une bombe. Il aura fallu cinq jours à la direction du Cégep de Saint-Laurent pour remettre sur les rails leur équipe féminine de première division. Une sortie de crise que célèbrent les députés libéraux Christine St-Pierre, Enricco Ciccone et leur collègue Marwah Rizqy, venus en soutien aux joueuses des Patriotes lors d’une conférence de presse organisée mercredi devant le Cégep de Saint-Laurent. La quadruple championne olympique, Caroline Ouellette, et l'entraîneuse des Carabins de l'Université de Montréal, Isabelle Leclaire, ont aussi tenu à prendre la parole pour saluer l'initiative du groupe de joueuses.

Le soutien des politiciens et des anciennes Patriotes ont surpris l’étudiante en architecture, qui avoue avoir pris un peu de retard dans ses travaux avec les entrevues et les obligations des derniers jours.

Je ne pensais pas que ça prendrait cette ampleur-là honnêtement, a reconnu candidement la jeune femme de 19 ans. Je suis contente que ça ait donné tout ça. Ça va peut-être motiver les gens à nous aider à avoir plus de visibilité et plus de chances, comme les hommes.

Les politiciens en renfort

C’est du positif, mais il n’y a rien de gagné encore, a rappelé avec prudence Enrico Ciccone. C’est quand même ironique de déposer un rapport [sur le développement du hockey au Québec], et une semaine après, on perd un programme. On doit être en mode addition, on ne peut pas soustraire. Il y a un financement important à faire.

Si un gouvernement est sérieux dans sa volonté de développer le hockey en général et le hockey féminin, il doit accompagner des institutions comme le Cégep, croit la députée libérale Christine St-Pierre. Le Cégep avait besoin d’accompagnement et aujourd’hui on voit le résultat et j’en suis très contente.

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La ministre déléguée à l'Éducation et ministre responsable de la Condition féminine Isabelle Charest, le premier ministre François Legault et Marc Denis, président du Comité québécois sur le développement du hockey.

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

Même son de cloche du côté de la ministre déléguée à l’Éducation et responsable des Sports, Isabelle Charest, qui s’est encouragée du dénouement après avoir travaillé étroitement avec les différents partis, dont Hockey Québec et le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ).

Je pense que tout le monde avait la bonne intention de faire en sorte que ça fonctionne, alors on a mis les acteurs autour de la même table pour pouvoir trouver des solutions, a expliqué la ministre Charest, qui s’interroge sur le projet du RSEQ de faire passer de sept à six le nombre d’équipes en première division collégiale d’ici deux ans.

C’est sûr qu’on travaille dans une perspective d’élargir la pratique sportive et d'avoir plus de filles qui jouent au hockey. Dans cette optique-là, on ne veut pas couper des équipes, on veut en avoir plus. S’il y a plus d’équipes, peut-être qu’on sera à même d’avoir des équipes à calibre égal.

On a eu l'impression de faire marche arrière

C'est le sentiment qui a habité la championne olympique Caroline Ouellette lorsqu'elle a pris connaissance de la décision du Cégep de Saint-Laurent. L’entraîneuse des Stingers de Concordia a eu besoin de quelques journées avant de pouvoir s'adresser aux journalistes. Elle n’arrivait pas à contenir sa colère après avoir lu les raisons évoquées pour justifier la fermeture temporaire de l’équipe dont elle a porté les couleurs durant son parcours collégial.

C’est un programme qui a été tellement important dans ma carrière, dans ma vie, où je me suis fait des amis avec qui je suis encore en contact, a raconté Ouellette durant la conférence de presse. Le Cégep Saint-Laurent a été un véritable tremplin dans ma carrière pour faire l’équipe nationale, mais aussi ce sont des années qui sont charnières dans la carrière et dans la vie de nos jeunes étudiantes-athlètes.

Caroline Ouellette a beaucoup reçu lors de son passage avec les Patriotes, et elle aimerait pouvoir en faire autant pour celles qui souhaiteront peut-être imiter son parcours, ou tout simplement pratiquer le sport qu’elles aiment avant d’entamer une carrière professionnelle. L'ancienne capitaine de l'équipe nationale souhaite, avec l’aide de l’entraîneuse des Carabins de l’Université de Montréal, Isabelle Leclaire, faire appel aux anciennes de St-Lau pour tenter de mettre sur pied un système de bourses qui serait destiné aux joueuses et aux entraîneurs du programme.

« Un événement qui pouvait nous paraître négatif au départ, je pense, va avoir des retombées positives et nous démontrer qu’encore en 2022, il y a des enjeux pour le sport féminin. »

— Une citation de  Isabelle Leclaire, entraîneuse des Carabins de l’Université de Montréal et ancienne joueuse des Patriotes du Cégep de Saint-Laurent.

Pour moi, c’est positif ce qui se passe, a souligné Caroline Ouellette. La mobilisation des joueuses, la rencontre avec le Cégep de Saint-Laurent, Daniel Continelli qui veut revenir en poste, qui veut sauver le programme… Il faut arrêter d’éliminer des programmes qui aident nos filles à pratiquer notre sport national.

Rebâtir une équipe gagnante

Daniel Continelli a fait ses premiers pas comme entraîneur de hockey à la barre de l’équipe féminine des Patriotes au début des années 2000. C’est ce qui l’a motivé à reprendre la direction de l’équipe après y avoir passé 11 années.

« Le message c’est que le Cégep de Saint-Laurent a fait une erreur et a mal mesuré l’ampleur et la grosseur du programme [de hockey féminin]. Ils ont avoué leurs torts, ils ont dit qu’ils reprenaient, et là c’est de convaincre les filles que ça reprend pour vrai, et je suis là pour ça. »

— Une citation de  Daniel Continelli, entraîneur-chef des Patriotes du Cégep de Saint-Laurent.

Si 12 joueuses ont déjà confirmé leur retour avec les Patriotes la saison prochaine, il manque encore de six à sept joueuses pour atteindre le seuil minimal de 18 joueuses que s’est fixé l'entraîneur-chef. Convaincre autant de joueuses ne sera pas une mince tâche avec l’été qui s’amorce, mais il a obtenu des concessions du Cégep, dont l’amélioration des heures d’entraînement, pour augmenter son pouvoir d’attraction.

Je ne veux pas que ce soit ça qui nous empêche de jouer l’année prochaine, je ne pourrais pas croire que ce soit ça, dit maintenant Mégan Miron, qui a tout mis en œuvre pour pouvoir reprendre le sport qu'elle aime.

C’est sûr que j’ai encore du travail à faire, on ne se connaît pas beaucoup, mais l’objectif du Cégep, c’est vraiment que ça revienne, a confié son entraîneur. Il devrait connaître les intentions des joueuses indécises d’ici vendredi.

Le jeune entraîneur ne se fait pas d’illusions sur le niveau de jeu que pourra offrir sa formation la saison prochaine, mais il demeure convaincu de lui redonner un peu de lustre dans un avenir rapproché.

Est-ce qu’on va se battre pour le championnat [la saison prochaine], probablement pas, mais je veux que l’on compétitionne et rapidement. On a déjà été le meilleur programme au Québec, et mon objectif c’est que d’ici trois à cinq ans, on revienne au moins parmi les trois premiers.

S’il doit reconstruire un programme de hockey qui battait de l’aile depuis quelques années, Daniel Continelli sait qu’il doit avant tout rebâtir les ponts entre son organisation et les joueuses qu’elle a laissé tomber.

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