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Le grand puzzle du hockey féminin au Québec

Des joueuses sont alignées sur la glace avant le début d'un match.

Il y a plusieurs pistes de solutions pour le hockey féminin au Québec.

Photo : Radio-Canada / Simon Rail-Laplante

Alexandra Piché

La semaine dernière, on apprenait la fin du programme de hockey féminin au Cégep de Saint-Laurent. Beaucoup de discussions ont eu lieu depuis et le programme pourrait être de retour l’année prochaine. Entre-temps, Radio-Canada Sports a appris la fermeture du programme sport-études en hockey féminin de l’École secondaire Fadette, à Saint-Hyacinthe, en raison d’un manque d’inscriptions.

D’un côté, il semble manquer d’options pour les jeunes filles qui souhaitent s’épanouir dans le hockey, de l’autre, des programmes ont du mal à recruter en raison notamment de la distance entre les équipes. La situation n’est pas simple et Radio-Canada Sports a tenté de s’y retrouver.

Pour la situation à Fadette, on a fait plusieurs rencontres pour trouver des solutions [...] On a mis en place un comité et on regarde des pistes de solutions pour la prochaine saison. On va regarder ce qui pourra être fait pour les jeunes filles de la région Richelieu. On va essayer de faire en sorte de trouver une solution pour la saison 2023-2024 , a indiqué Marcel Patenaude, directeur hockey à Hockey Québec.

À long terme, Hockey Québec aimerait que chacune des équipes féminines qui composent la ligue midget AAA de la province ait un programme sport-études affilié. Ces programmes seraient réservés aux jeunes filles qui progressent dans les équipes AAA et permettraient de parfaire leur développement.

Deux équipes s'affrontent au hockey sur glace à l'aréna de Rimouski.

Deux équipes s'affrontent au hockey sur glace à l'aréna de Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Simon Rail-Laplante

Pour ce qui est du bassin de joueuses qui stagne depuis plusieurs années entre 6000 et 7000 athlètes, le directeur hockey croit avoir trouvé une piste de solution. L’avenue offerte aux joueuses qui ne font pas partie de l’élite provinciale est de s’inscrire dans la Ligue interrégionale de hockey féminin.

Cependant, la grande distance entre les équipes des différentes catégories n'aidait pas à la rétention des joueuses. La fédération québécoise a commencé récemment à travailler de concert avec la ligue pour réduire les distances à parcourir.

C’est la première année qu’on va pouvoir travailler directement avec cette ligue-là, dans laquelle, par exemple, une jeune joueuse de Sherbrooke pouvait jouer soit à Québec ou à Montréal. Il y avait de grandes distances à parcourir. On travaille maintenant pour que les jeunes filles puissent jouer dans des secteurs plus restreints et qu’elles aient moins de voyagement à faire au quotidien pour pratiquer leur sport, a-t-il ajouté. 

« Je pense que l’une des raisons pour lesquelles on a atteint un plateau de joueuses, c’est que chaque fois qu’il y en a une qui s’inscrit, il y en a une qui se désiste à cause des distances à parcourir. Je ne pense pas que c’était une ligue adéquate pour des jeunes filles de bas niveau. C’était important que Hockey Québec s’implique pour améliorer le service à ces jeunes filles-là. »

— Une citation de  Marcel Patenaude, directeur hockey chez Hockey Québec

Augmenter le calibre au collégial, une piste de solution

Contrairement aux hockeyeurs masculins qui peuvent poursuivre leur développement au niveau junior, les joueuses qui terminent leurs années dans le midget AAA (la ligue élite pour les jeunes filles de 15 à 17 ans) doivent se tourner vers le hockey collégial si elles veulent poursuivre leur cheminement dans ce sport au Québec. La suite des choses mènera les meilleures joueuses vers le hockey universitaire.

Il faut commencer par développer la base. On a que 6500 joueuses de hockey au Québec. Le défi, et il n’est pas simple, est de regrouper les filles dans certaines régions pour qu’elles puissent jouer à leur niveau, a dit Stéphane Auger, responsable du développement et des opérations hockey au RSEQ.

La question du nombre d’équipes de division 1 au collégial est souvent revenue dans les discussions. Il y a sept équipes dans la ligue midget AAA féminine, autant que dans la Division 1 de la ligue collégiale du RSEQ (en comptant l’équipe du Cégep de Saint-Laurent).

Les joueuses en blanc sont autour de leur gardienne.

Des hockeyeuses

Photo : Mégan Miron

Selon Stéphane Auger, diminuer le nombre d'équipes dans la Division 1 collégiale permettrait d’augmenter le calibre des formations et ainsi de retenir les joueuses élites de ce groupe d’âge dans la province.

Le réseau (RSEQ) et Hockey Québec s’étaient assis avec différents intervenants il y a trois ans, avant mon arrivée, et ils avaient convenu, pour avoir un niveau de jeu un peu plus équitable, d’en venir à une ligue de six équipes. Il y aurait une ligue de Division 2 pour les joueuses qui souhaitent continuer leur parcours dans une ligue structurée, avec un bel encadrement, mais peut-être un peu moins fort, a-t-il expliqué.

La ligue d'excellence du hockey au Québec, c’est la ligue collégiale féminine. L’idée de diminuer le nombre d'équipes en Division 1 permettrait de regrouper les talents. Les joueuses qui voient que le calibre n’est pas assez élevé peuvent choisir de trouver des alternatives vers les États-Unis, par exemple, pour avoir un calibre de jeu plus élevé et pouvoir accéder au niveau universitaire. Dans ce temps-là, on les perd. Ce n’est pas simple, mais ça revient toujours au fait qu’il y a juste 6500 joueuses de hockey au Québec, a-t-il ajouté. 

L’entraîneuse de l’équipe féminine de hockey des Carabins de l’Université de Montréal, Isabelle Leclaire, partage cet avis. Bien qu’elle croit que les joueuses qui choisissent les États-Unis le font sans avoir même visité les installations québécoises, puisque c’est un rêve de jeunesse, elle pense que de réduire le nombre d’équipes féminines en Division 1 serait bénéfique.

Je parle en mon nom personnel, mais je crois qu’effectivement, le produit est un peu trop dilué au collégial. Il y a le même nombre d’équipes au collégial que dans le midget AAA, la division qui précède. Normalement, on devrait avoir une pyramide pour faire en sorte que le calibre s’élève au fur et à mesure qu’on avance dans la structure, a-t-elle dit.

Selon elle, l’adaptation serait aussi plus facile pour les joueuses qui font la transition au hockey universitaire québécois après leurs années de cégep. Elle ne souhaite cependant pas voir des programmes de hockey collégial disparaître.

La solution, à son avis, serait de voir le nombre d’équipes augmenter en Division 2, afin de permettre au plus grand nombre de joueuses possible de pratiquer leur sport dans un environnement encadré et compétitif, tout en maintenant un niveau de jeu élevé dans la première division. Le réseau collégial compte quatre équipes féminines dans sa deuxième division.

Il pourrait même y avoir un système de promotion et relégation, comme on voit dans certains sports à l’international. C’est sûr que ce n’est pas simple, il y a beaucoup d’enjeux. Il y aura toujours des déceptions de la part des collèges, des joueuses, de tomber en Division 2. Mais il faudrait changer les mentalités et arrêter de penser que ce n’est pas correct de jouer en Division 2. On a besoin de cette structure-là, sinon des filles de niveau cégep devront arrêter de jouer au hockey parce que le service n’est pas offert, a-t-elle mentionné. 

Le groupe de hockeyeuse est rassemblé sur la glace près de l'entraîneur pour recevoir ses conseils.

L'équipe féminine de hockey collégial, les Pionnières de Rimouski, sur la glace pour un entraînement

Photo : René Levesque

Isabelle Leclaire croit également que l’idée d’instaurer une division 2 au niveau universitaire serait à considérer. 

Une fois qu'on quitte le niveau collégial, on arrive à l’universitaire. Si on ne fait pas les équipes de premier niveau, il n'y a pas beaucoup d'options pour les filles. Plusieurs joueuses qui sortent du collégial ne sont pas de calibre, présentement, pour faire l'une des quatre équipes universitaires qu'on a ici au Québec. C'est correct ainsi si on veut garder la qualité de notre hockey d'excellence, mais on va devoir leur offrir une option pour qu'elles puissent continuer à jouer, même rendu à ce niveau-là , a-t-elle dit.

Et après l’université, qu’est-ce qui s’offre aux joueuses? C’est un autre élément auquel on va devoir s’attaquer éventuellement, a mentionné Mme Leclaire.

Deux options se dessinent tranquillement pour les joueuses qui sortent de l’université, mais rien n’est en place.

On entend beaucoup parler de la création de la ligue professionnelle, qui on l'espère va finir par voir le jour. On parle de janvier 2023 avec l'Association des joueuses de la PWHPA (Professional Women's Hockey Players Association). Étant donné que ce groupe est formé par des olympiennes et des filles qui ont joué dans l'équipe nationale, ça semble vouloir devenir le groupe de niveau 1, a expliqué l’entraîneuse des Carabins. 

Il y a également la PHF (Premier Hockey Federation) qui a annoncé cet hiver la création d'une équipe à Montréal.

Comme les deux organisations ne semblent pas vouloir s'unir, quelque chose qui est vu comme négativement à la base pourrait nous créer deux ligues et deux équipes : une de niveau supérieur et une de niveau un peu inférieur, comme on voit au professionnel chez les hommes. Ça permettrait aux joueuses qui sortent de l'université et qui ne sont pas encore en mesure de se tailler un poste parmi l'équipe de premier niveau de continuer leur carrière, a-t-elle conclu.

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