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Chronique

La culture du congédiement

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Barry Trotz a été congédié par les Islanders après les avoir conduits deux fois de suite, en 2020 et en 2021, en demi-finales de la Coupe Stanley.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

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Mine de rien, deux entraîneurs extrêmement performants ont été congédiés dans la LNH au cours des derniers jours. Dans les deux cas, il est difficile de trouver des arguments logiques pour justifier ces décisions.

La semaine dernière, le DG des Islanders de New York, Lou Lamoriello, a annoncé que l’entraîneur Barry Trotz avait été remercié.

Les Islanders s’étaient pourtant rendus en demi-finales de la Coupe Stanley en 2020 et en 2021. Avant l’arrivée de Trotz en 2018, l'équipe avait remporté une seule série éliminatoire en 25 ans. Elle en a gagné cinq à ses trois premières saisons derrière le banc.

Depuis que Trotz avait pris les commandes en 2018, les Islanders formaient la deuxième équipe défensive de la LNH. Et ce, malgré le fait qu’ils aient confié le gros du travail à quatre gardiens (Ilya Sorokin, Robin Lehner, Thomas Greiss et Semyon Varlamov) au cours de cette période.

Après leur élimination l’été dernier, ils ont profité d’une intersaison très courte. Ils ont ensuite amorcé la saison 2021-2022 avec 13 matchs consécutifs à l’étranger parce que leur nouvel amphithéâtre n’était pas prêt. Et ils ont entrepris une séquence de 11 défaites de suite durant cet interminable voyage. Même s’ils sont redevenus compétitifs par la suite, les Insulaires ne se sont jamais remis de ce passage à vide.

Au lieu d’accorder le bénéfice du doute à un entraîneur ayant remporté la Coupe Stanley et le troisième total de victoires dans l’histoire de la LNH, Lou Lamoriello a tout simplement décidé de le virer. C’est Lane Lambert, qui était un adjoint de Trotz depuis son passage à Nashville en 2011, qui prendra les commandes des Islanders.


À Vegas, le DG et le président des Golden Knights, Kelly McCrimmon et George McPhee, ont annoncé lundi le congédiement de Peter DeBoer.

Tout comme Trotz, DeBoer avait mené les Golden Knights jusqu’au carré d’as en 2020 et en 2021. En 2020-2021, son équipe avait maintenu une moyenne de ,732, un exploit que seulement 9 des 636 formations qui ont pris part aux activités de la LNH depuis le début des années 2000 sont parvenues à accomplir.

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Peter DeBoer derrière le banc des Golden Knights de Vegas

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Les Golden Knights, tout comme les Islanders, ont connu une pause très courte l’été dernier. Et cette saison, leurs joueurs ont raté plus de 500 matchs en raison de blessures. Au bout du compte, pour la première fois en cinq ans, les Golden Knights ont raté les séries par trois points.

Mark Stone et Max Pacioretty n’ont pas disputé la moitié des matchs. Jack Eichel non plus puisque McCrimmon et McPhee l’ont acquis des Sabres avant qu’il subisse une délicate intervention chirurgicale au cou qui nécessitait une longue rééducation. Sans oublier le fait que le gardien numéro un, Robin Lehner, a été blessé durant presque une demi-saison.

Kelly McCrimmon et George McPhee avaient congédié Gerard Gallant malgré un bilan fort positif de 118-75-20 en un peu plus de deux saisons, et ils ont fait de même avec DeBoer en dépit de son dossier de 98-50-12.

Après cinq saisons d’existence marquées par une participation à la finale et deux présences au sein du carré d’as, les Golden Knights sont déjà à la recherche d’un troisième entraîneur.

Ça ne fait pas très sérieux.


En décembre dernier, à la suite des congédiements de deux entraîneurs de la LNH, j’avais publié ce texte dans lequel les experts en entraînement André Lachance et François Rodrigue déploraient la culture du congédiement qui prévaut encore dans le sport professionnel nord-américain.

Ils soulignaient que depuis plus de 20 ans, la littérature scientifique révèle l’importance de la sécurité psychologique au sein des équipes de travail, et dans tous les secteurs d’activité.

Sans sécurité psychologique, il faut dire au revoir à la créativité, au risque, et à l’innovation. Du coup, aux poubelles la performance et les résultats durables! Ces mêmes entraîneurs ne prendront pas le temps de développer de nouvelles tactiques ou stratégies et se rabattront sur ce qu’ils ont toujours fait. Lentement mais sûrement, ils glisseront derrière la parade, car il ne faut surtout pas qu’ils se trompent, sinon leur poste serait en danger, plaidaient les deux experts.

C’est pour cette raison, ajoutaient-ils, que de plus en plus d’organisations de haut niveau (principalement en Europe) investissent dans des équipes de soutien qui ont pour but de rendre leur entraîneur plus efficace. Notamment en lui permettant de prendre du recul et de réfléchir différemment sur son métier.

L’une des questions que Lachance et Rodrigue posaient il y a quelques mois est encore d’actualité : au lieu de payer Barry Trotz (4 millions) et Peter DeBoer (3,5 millions) pour rester chez eux, sans compter les salaires de leurs remplaçants, n’aurait-il pas été plus avantageux de dépenser quelques centaines de milliers de dollars pour les soutenir et les aider à devenir encore meilleurs?


Pour appuyer leur plaidoyer, les deux experts citaient une étude révélant que dans le football universitaire de la NCAA, un changement d’entraîneur génère seulement 0,5 victoire de plus, en moyenne, sur une période de cinq ans.

Dans la LNH, peu importe qu’on soit à la tête d’une organisation gagnante ou perdante, les résultats des congédiements d’entraîneurs sont aussi mitigés.

Nombre d’experts soutiennent que la stabilité est un facteur de succès dans le sport, et c’est très logique.

Au cours des 10 dernières saisons, les cinq formations les plus performantes de la LNH en saison (Washington, Boston, Pittsburgh, Tampa Bay et Saint Louis) ont été dirigées par 2,8 entraîneurs en moyenne comparativement à 4,4 pour les cinq équipes ayant connu le moins de succès (Ottawa, Détroit, New Jersey, Arizona et Buffalo).

Cela dit, il est fascinant de constater que même parmi les équipes les plus performantes, misant donc sur des formations plus compétitives, seulement cinq changements d’entraîneur sur neuf ont produit un soubresaut positif au classement d’une saison à l’autre.

Du côté des équipes les moins performantes, seulement 6 changements d’entraîneur sur 17 ont été suivis d’un redressement au classement, la plupart du temps léger, qui s’est atténué par la suite.


La saison prochaine, les Islanders de New York et les Golden Knights de Vegas remporteront probablement plus de victoires que cette année, et les dirigeants de ces deux équipes estimeront sans doute avoir bien fait leur travail.

Ces résultats améliorés pourraient toutefois avoir bien plus à voir avec le fait que ces équipes ne vivront pas les mêmes embûches que cette année.

Et chose certaine, les prochains entraîneurs des Islanders et des Golden Knights ne travailleront pas dans un climat de sécurité psychologique. Car si Trotz et DeBoer ont pu être virés avec des résultats comme ceux-là, leurs successeurs sauront que le bouton du siège éjectable n’est jamais bien loin de la main de leur patron.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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