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« Ils nous ont laissé tomber » : une joueuse des Patriotes se vide le cœur

Des joueuses en blanc autour de leur gardienne de but.

Le programme de hockey féminin du Cégep de Saint-Laurent est mis sur pause.

Photo : Mégan Miron

Mégan Miron, maintenant ancienne joueuse des Patriotes du Cégep de Saint-Laurent, estime que son équipe a été sacrifiée. Ses options pour poursuivre sa carrière sont très restreintes.

On apprenait plus tôt cette semaine la mise sur pause – ce sont là les mots de l’administration – du programme de hockey féminin collégial de première division du Cégep de Saint-Laurent.

Dans cette histoire un brin kafkaïenne que le collègue beauceron Jean-François Poirier a tenté de tirer au clair jeudi, les joueuses apparaissent comme les grandes perdantes.

Mégan Miron n’est pas dupe. Elle affirme d’abord que cette mise sur pause est en fait un sabotage en règle du programme dans le but de l’éliminer, tout simplement.

En 2023-2024, le RSEQ (Réseau du sport étudiant au Québec) voulait qu’il y ait une équipe de moins dans la Division 1. Au lieu de faire en sorte qu’on se serre les coudes et de se dire : "OK, c’est pas nous qui allons passer au cash." Ils ont juste dit : "C’est la fin." Ils nous ont juste laissé tomber. C’est l’impression que j’ai et que pas mal toutes les joueuses de l’équipe ont, dit-elle.

« Ils disent qu’ils mettent le programme sur pause et qu’ils vont revenir dans deux ou trois ans. Mais en même temps, le RSEQ voulait couper une équipe. Je comprends pas pourquoi, dans trois ans, le RSEQ accepterait une septième équipe. Ils se contredisent. »

— Une citation de  Mégan Miron, joueuse des Patriotes du Cégep de Saint-Laurent

Il a été question de difficulté de recrutement de joueuses d'élite. Les différends entre certaines athlètes et leur entraîneuse récemment embauchée, Alexandria D’Onofrio, ont aussi été évoqués pour justifier cette pause.

Les dernières années ont été très difficiles, disait jeudi Danielle Malkassoff, directrice des services aux étudiants et des communications du cégep.

Il y a eu un manque de stabilité au poste d'entraîneur. Et quand l'entraîneur s'en va, les joueuses partent souvent. Cela a créé un roulement. On préfère faire un pas en arrière pour ensuite avancer de deux. Le hockey féminin n'est pas mort, il fait partie de notre ADN, disait-elle.

Mégan Miron parle plutôt d’un manque d’encadrement et accuse le directeur sportif de l’établissement, Hugo Lamoureux, d’avoir tenu des propos sexistes qui ont fait fuir une partie des employées. Voilà pourquoi certaines joueuses souhaitaient partir, selon elle.

À la rencontre après le congédiement de [D’Onofrio], [Lamoureux] nous a dit : "Je vais essayer d’engager un coach masculin avec une différence d’âge et plus d’expérience." Sur le coup, on n’a pas trop réagi. On s’est dit que c’est un peu sexiste, mais on l’a laissé passer, affirme la joueuse de troisième année.

Quand il a confirmé que le programme fermait et qu’on l’a confronté au fait que c’est parce qu’il voulait un entraîneur masculin que tout notre staff est parti, il nous a répondu en disant qu’on exagérait en disant que son profil idéal est un homme, mais que si Caroline Ouellette donnait sa candidature, il la prendrait. C’est deux extrêmes. On l’a entendu le dire deux fois. Toute l’équipe était là, assure-t-elle.

Une joueuse en rouge patine avec la rondelle.

Mégan Miron

Photo : Megan Miron

Les limbes

À l’instar de ses coéquipières, Mégan Miron se retrouve devant une impasse à quelques mois du début de la prochaine saison collégiale. Il reste bien six équipes en première division, mais les formations affichent complet.

La jeune femme étudie en architecture et, selon elle, il n’y a que le Cégep André-Laurendeau qui offre la même technique et qui lui permettrait de jouer au plus haut niveau. Elle lance des bouteilles à la mer depuis quelques jours. Personne ne lui a encore tendu la main.

L’équipe est pleine [à André-Laurendeau]. Il n’y a pas d’autres places ailleurs. Les entraîneurs ont fait des promesses à leurs joueuses sur le fait qu’elles ne seront pas dans les estrades, sur quel trio elles vont jouer, etc. Ils ont de la difficulté à accepter une autre joueuse, dit-elle.

Miron envisage maintenant de poursuivre son parcours dans le junior A, bien que cette ligue soit davantage récréative que compétitive. La hockeyeuse souhaitait obtenir son diplôme au cégep pour ensuite faire le saut avec une équipe universitaire, un projet sérieusement compromis par la décision du Cégep de Saint-Laurent.

« Je n’ai pas d’autres options. Sinon, je lâche ma technique pour aller en sciences humaines, mais ça me ferait trois ans d’études de plus pour aller jouer universitaire. Je suis un peu dans la chnoute. »

— Une citation de  Mégan Miron

Elle examine maintenant l’avenue américaine, ce qu’elle se refusait à faire autrefois pour être certaine d’avoir un diplôme reconnu au Québec. Elle vérifiera également s’il y a des possibilités en Ontario. Dans un cas comme dans l’autre, les études en architecture risquent fort d’y passer. Pour un temps, du moins.

La semaine dernière, le comité sur la relance du hockey québécois a fait du développement du volet féminin une priorité en disant entre autres vouloir investir autant de ressources pour les filles que pour les gars.

Huit jours après le dépôt de ce rapport, la ministre Isabelle Charest se retrouve avec un exemple patent de cette disparité sur les bras.

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