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Chronique

Les séries éliminatoires de l’hélium

L'image est floue et marquée par une lumière rouge.

Un arbitre

Photo : Getty Images / Patrick Smith

Le sport professionnel a été marqué par plusieurs épisodes, plus ou moins amusants, au cours desquels les résultats des matchs ont été influencés par des facteurs extérieurs.

Au baseball, par exemple, on a connu l’ère des stéroïdes à compter de la fin des années 1990 jusqu’au milieu des années 2000. Il y a aussi eu, au cours des dernières saisons, l’ère de la balle juteuse, au cours de laquelle le nombre de circuits a considérablement bondi. La NFL a eu son scandale des ballons dégonflés, mais ça ne concernait que Tom Brady. La F1, quant à elle, vient de renouer avec les effets de sol qui avaient marqué le début des années 1980.

Et durant les années 1990, la LNH a traversé une période tellement défensive qu’on l’a baptisée l’ère de la rondelle morte.

Bref, vous saisissez l’esprit de la chose, comme on disait dans le film Slap Shot.

Eh bien, cette année, les statistiques disent que les séries éliminatoires de la Coupe Stanley sont en train de devenir l’une de ces périodes qui laissent une petite marque dans le temps. Au point où l'on pourrait même les baptiser les séries de l’hélium. Parce que, pour lever aussi facilement et aussi souvent, les bras des officiels en sont probablement chargés.


Tous les soirs depuis que les séries de ce printemps ont commencé, les amateurs qui regardent des matchs sont étonnés de constater le nombre élevé de pénalités décernées par les officiels. Et ce, souvent pour des peccadilles selon les standards établis au fil des ans.

Depuis des temps presque immémoriaux, les amateurs de hockey ont déploré l’existence de deux livres de règlements dans la LNH : celui de la saison que l’on appliquait avec plus de rigueur, et celui des séries éliminatoires, selon lequel il fallait presque mettre la vie d’un adversaire en danger pour se retrouver au banc des pénalités.

Cette année? On pourrait presque dire que l’on assiste au lancement d’un troisième livre, parce que les officiels, incroyablement, distribuent encore plus de pénalités qu’en saison!

Après 39 matchs (avant les matchs de jeudi), les 16 équipes participant aux séries avaient profité de 3,99 avantages numériques par rencontre. À titre comparatif, les équipes de la ligue ont obtenu des moyennes identiques de 2,89 avantages numériques par match au cours des calendriers des saisons 2020-2021 et 2021-2022.

C’est une différence énorme!

En saison, nous n’avons pas vu les officiels distribuer autant de pénalités depuis 2008-2009. Alors, imaginez la surprise de les voir faire preuve d’autant de zèle en pleines séries.

Clairement, ce n’est pas un hasard. Il y a quelqu’un qui a ajusté le robinet. Des commandes ont été passées aux officiels afin que les matchs soient arbitrés de façon plus rigoureuse.

Qui sait, les dirigeants de la LNH et des équipes sont peut-être tannés de voir arriver en finale, année après année, des équipes de morts-vivants qui ont le teint pâle et qui sont tous blessés. Ou peut-être qu’en ce début de contrat avec de nouveaux télédiffuseurs américains, quelqu’un s’est dit que ce serait une bonne idée de rehausser le niveau du spectacle.


Voici, sur le plan statistique, à quoi ressemblent les séries éliminatoires de cette année comparativement aux premiers tours éliminatoires des années précédentes.

Minutes de pénalité par match (pénalités mineures) :

  • 2022 : 19,44
  • 2021 : 14,98
  • 2020 : 14,32
  • 2019 : 14,91

Au cours des sept dernières années, le nombre de minutes de pénalité le plus bas enregistré a été celui de 2017, avec seulement 14,09 minutes de pénalités mineures par match.

Buts en avantage numérique par match :

  • 2022 : 1,67
  • 2021 : 1,29
  • 2020 : 1,33
  • 2019 : 1,43

En 2015, la moyenne de buts inscrits en avantage numérique avait baissé jusqu’à 1,02.

Nombre de buts inscrits par match :

  • 2022 : 6,64
  • 2021 : 5,6
  • 2020 : 5,42
  • 2019 : 5,78

Il est certain qu’en décernant plus de pénalités, la LNH stimule le jeu offensif. Il est d’ailleurs bon de rappeler que, cette saison, les unités d’avantage numérique ont été les plus performantes depuis la saison 1989-1990. Ce n’est pas anodin. Et ça explique en partie la raison pour laquelle autant d’exploits offensifs ont été accomplis.

En distribuant plus de punitions, les arbitres sèment probablement un plus fort pourcentage d’imprévisibilité dans les résultats des matchs éliminatoires, et ils ouvrent probablement la porte à un plus grand nombre de remontées. Ce sont des hypothèses valables.

Toutefois, les Panthers de la Floride, qui viennent d'effectuer deux remontées spectaculaires face aux Capitals de Washington, ne seraient probablement pas d’accord avec cet énoncé. Car incroyablement, leur attaque, la plus productive des 25 dernières années en saison, n’a pas encore réussi à marquer une seule fois en supériorité numérique, malgré les 16 occasions dont elle a profité jusqu’à présent.

Des joueurs de hockey célèbrent un but.

Les Panthers de la Floride n'ont pas marqué une seule fois en avantage numérique en séries.

Photo : Getty Images / Patrick Smith

L’échantillon est mince, mais comme on s’y attendait, les séries éliminatoires sont exceptionnelles cette année.

Pas plus tard que jeudi matin, le département des communications de la LNH soulignait d’ailleurs que c’est seulement la quatrième fois de l’histoire de la ligue que sept des huit séries de premier tour nécessitent au moins la présentation de six matchs pour déterminer un gagnant.

Les seules années où le premier tour a été aussi âprement disputé ont été les saisons 2010 (sept séries ayant nécessité au moins six rencontres) et 1991 et 1992 (huit séries).

On ne sait pas qui a la main sur le fameux robinet. Mais il sera intéressant de voir si ce véritable déluge de pénalités ralentira avec le temps.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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