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Une demande de recours collectif vise Gymnastique Canada et les fédérations provinciales

Image rapprochée sur mains et pieds d'une gymnaste qui tient une barre­.

Il est reproché à la fédération nationale de ne pas avoir fait de suivi pour des abus allégués.

Photo : Getty Images / Matthias Hangst

Jean-François Chabot

Une demande de recours collectif contre Gymnastique Canada et les fédérations provinciales de gymnastique a été déposée mercredi en Cour suprême de Colombie-Britannique pour des abus allégués qui seraient restés sans suivi et sans résolution.

Signataire de la lettre ouverte adressée à Gymnastique Canada, à Sports Canada et à la ministre fédérale des sports Pascale St-Onge, Amelia Cline est l'instigatrice de cette requête, portée par les cabinets Camp, Fiorante, Matthews Mogerman à Vancouver, et Howie, Sacks & Henry à Toronto.

Selon ce qu’a appris Radio-Canada Sports, une vingtaine d’autres plaignants et plaignantes, des athlètes et des entraîneurs, ont signifié leur intention de se joindre au recours collectif s'il va de l'avant.

Je crois que ce que nous voyons, c’est que c’est vraiment le seul mécanisme par lequel les survivants peuvent essayer d’avoir une justice pour ce qui leur est arrivé. Il n’existe rien dans le système sportif pour faire ce que nous essayons de faire avec ce recours collectif. C’est pour mettre en lumière la responsabilité de ces institutions et avoir une certaine compensation pour les victimes qui souffrent toujours des conséquences des événements, a expliqué Amelia Cline à Radio-Canada Sports.

Il y a plusieurs facteurs en cause, mais je pense que nous avons atteint un point dans l’histoire que nous n’avons jamais vraiment vécu avant. Les survivants sont finalement à l'aise d’aller de l’avant avec leur histoire et de témoigner, a-t-elle ajouté.

Dans les documents déposés en cour mercredi, Amelia Cline soutient avoir été victime d’abus sexuels, physiques et psychologiques de la part des entraîneurs Vladimir Lashin et Svetlana Lashina, pendant que le couple était à la tête du Club de gymnastique Omega basé à Coquitlam, lequel regroupait entre 40 et 60 jeunes gymnastes.

Les faits reprochés se seraient déroulés entre juillet 2000 et mars 2003, quand la plaignante a quitté la gymnastique à la suite des nombreuses blessures qui, soutient-elle, seraient le résultat direct des mauvais traitements qu’elle aurait subis.

Un homme et une femme prennent une photo avec une jeune gymnaste.

Vladimir Lashin et Svetlana Lashina

Photo : Facebook OMega Gymnastics

Dans le document de 32 pages, il est reproché à Vladimir Lashin d’avoir eu des contacts physiques inappropriés, d’avoir causé des blessures permanentes par hyperextension en s’assoyant sur la gymnaste, de l’avoir contrainte à s’entraîner et à prendre part à des compétitions malgré ses blessures, ou d’avoir exigé des performances allant au-delà de ses capacités.

À cela, peut-on aussi lire, s’ajoutent des pressions indues auxquelles il aurait soumis la jeune gymnaste pour maintenir un poids qui aurait mis sa santé en péril, sachant qu’à 14 ans, elle ne pesait que 37 kg (80 lb).

Selon Amelia Cline, Svetlana Lashina aurait également eu des contacts physiques inappropriés en étirant le survêtement des gymnastes du club plus haut sur leurs jambes, leurs hanches et leurs fesses, révélant ainsi leur entrejambe.

« Je fais encore des cauchemars, 20 ans plus tard. Je ne me pèse pas parce que le faire m’amènerait dans la spirale des troubles alimentaires. Je continue d’avoir des blessures physiques et des douleurs en raison des blessures dont j’ai souffert. Ce sont des effets pour toute la vie que ces abus ont sur les gens. »

— Une citation de  Amelia Cline, ancienne gymnaste

La partie demanderesse allègue que des plaintes sont restées sans réponse de la part des dirigeants la Fédération de gymnastique de la Colombie-Britannique et de Gymnastique Canada.

Vladimir Lashin a été récompensé un an plus tard en se voyant confier les rênes de l’équipe canadienne de gymnastique artistique aux Jeux olympiques d’Athènes en 2004, souligne la demande de recours collectif.

En 2008, sa conjointe et lui ont été nommés entraîneurs de l’année par leur fédération provinciale. Vladimir Lashin a ensuite été promu aux titres d’entraîneur national et de directeur haute performance, postes qu’il a occupés jusqu’à son départ en 2010.

Quand j’ai quitté la gymnastique en 2003, j’ai dénoncé à Gymnastics BC les abus que mes coéquipières et moi avons vécus, indique Amelia Cline. Je n’ai pas obtenu satisfaction puisque mon entraîneur entraînait encore. En 2009, quand il a été promu à la tête de l’équipe nationale, j’ai écrit une autre lettre à Gymnastique Canada pour les mettre au courant et il n’y a rien eu de satisfaisant. L’an dernier, j’ai encore discuté avec ces institutions pour leur dire qu’il y a des choses à régler et, même là, il n’y a pas eu de mouvement. Ce recours judiciaire va peut-être les motiver à bouger.

En plus de Gymnastique Canada et de la Fédération de gymnastique de la Colombie-Britannique, celles de l’Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, de l’Ontario et du Québec sont également visées dans la demande de recours collectif. Ni Gymnastique Canada ni les autres fédérations provinciales n'ont répondu, mercredi, aux demandes d'entrevue de Radio-Canada.

Toutes les personnes en poste au moment des situations qui leur sont reprochées, hauts dirigeants comme simples employés, pourraient devoir répondre de leurs actes si la demande de recours collectif est acceptée.

Rappelons que plus de 450 gymnastes présents et passés ont signé la lettre ouverte dans laquelle étaient dénoncées à la fois une culture toxique au sein de Gymnastique Canada et l'inaction de la fédération nationale face à d'autres d’abus psychologiques et physiques allégués.

Le reportage de Jean-François Chabot

Les allégations figurant dans la réclamation décrivent des comportements qui sont inacceptables dans tout environnement sportif et nous les prenons au sérieux, a réagi jeudi Gymnastique Canada dans un communiqué où elle indique appris dans les médias qu’elle était visée par ce recours collectif.

Comme dirigeants du sport de la gymnastique au Canada, nous sommes engagés à offrir un environnement sécuritaire pour les membres de notre sport, à la fois accessible, inclusif et respectueux des objectifs personnels de nos participants et libre de toute forme de maltraitance. Il s’agit d’un effort collectif et nous continuerons de travailler en ce sens avec nos partenaires du sport afin d’appuyer les organismes provinciaux membres et les clubs à travers notre communauté sportive.

Gymnastique Canada et nos organismes provinciaux membres ont élaboré et mis en œuvre des politiques et des procédures détaillées pour traiter les préoccupations d’abus et de maltraitance à tous les niveaux du sport peu importe où et quand ces cas surviennent. Ces politiques sont harmonisées au Code de conduite universel pour prévenir et contrer la maltraitance dans le sport qui a été adopté par tous les organismes nationaux de sport et Sport Canada en décembre 2019. Nous sommes engagés à donner suite à toutes les allégations soulevées avec diligence et conformément à la procédure établie.

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