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Chronique

Le 8 mai 1982, la détresse et le soulagement

Il y a 40 ans, Gilles Villeneuve se tuait lors de la séance de qualification du GP de Belgique. Retour sur les circonstances.

Il porte son index gauche à sa tête.

Le pilote québécois Gilles Villeneuve, dans les années 1980

Photo : Getty Images

La saison 1982 avait été jusque-là compliquée pour Gilles Villeneuve dans la Ferrari 126C2, pourtant compétitive. En trois courses, deux abandons et une disqualification pour un aileron illégal.

La Renault turbo pilotée par Alain Prost faisait de l’ombre à Ferrari, avec deux victoires d’affilée en ouverture de saison. Le Grand Prix de Saint-Marin, quatrième épreuve de la saison, était l'endroit idéal pour redonner espoir aux tifosi.

Ferrari avait gagné la course, ses deux pilotes roulant en tête après l’abandon de Prost. Gilles devant son coéquipier Didier Pironi. Il y aurait dû avoir une consigne d’équipe de figer les positions pour préserver l'essence de la 126C2 qui en consommait beaucoup.

Quand le panneau est sorti, Gilles était devant Didier, mais les deux se livraient bataille. Dans la tête de Gilles, Didier se battait pour offrir un spectacle aux tifosi.

Il y avait deux clans dans le garage Ferrari, celui de Pironi, calculateur et fin stratège, qui avait rallié à sa cause le directeur sportif de l’équipe de l’époque Mario Peccinini, et celui de Gilles, toujours aussi impétueux, qui avait ses fidèles dans l’équipe.

Un pilote est dans sa monoplace dans les puits d'un circuit.

Didier Pironi en 1982

Photo : Getty Images / -

Gilles a repris la tête, et le panneau est sorti. Mais Pironi l’a ignoré, convaincu que Marco Peccinini le défendrait, et il a surpris Gilles avant l’arrivée qu’il a franchie le premier. Gilles, stupéfait, a fini 2e.

Didier n'a pas respecté le panneau, a raconté Patrick Tambay à Radio-Canada Sports en 2012.

De là est partie cette polémique, cette trahison que Gilles a ressentie. Car lui, en 1979, il avait respecté les consignes de l'écurie au profit de Jody Scheckter qui a été champion du monde. Ce jour-là de 1982, il a eu le sentiment, alors qu'ils étaient très amis, qu'il avait été trahi.

Gilles m'a dit qu'il était dans une colère noire, qu'il n'adresserait plus la parole à Didier, a pour sa part raconté René Arnoux, ancien pilote de F1 (Renault et Ferrari) à Radio-Canada Sports.

C’est ce qu'il a fait, il ne lui a plus adressé la parole, car quand Gilles disait une chose, il l'appliquait à la seconde qui suivait. Et une animosité est née ce jour-là qui ne pouvait que créer de la discorde au sein de l'équipe.

Sa chicane avec Didier Pironi, apparue au grand jour à Imola, a laissé des traces d’amertume et de rancœur aussi noires que les traces de pneus sur le bitume.

Un pilote de profil casqué dans sa voiture, le logo de Ferrari et l'inscription Gilles sont visibles sur la voiture.

Gilles Villeneuve en 1982

Photo : Getty Images

Deux semaines plus tard, à Zolder en Belgique, Gilles n'avait toujours pas digéré l'affront d'Imola. Finir devant son coéquipier, c'était son seul objectif.

A-t-il fait un tour de trop en qualification? Voulait-il battre le chrono de Pironi, qui l’avait devancé d’un dixième de seconde sur la grille de départ? Selon l’ingénieur en chef de l'équipe de l’époque, Mauro Forghieri, Gilles était sur le point de rentrer aux puits et n’aurait de toute façon pas inscrit de temps.

Le combat se serait poursuivi en course le lendemain. Avec dans la Ferrari no 27 de Gilles, la vengeance comme carburant.

Dans la salle de presse, les journalistes commençaient déjà à ranger leurs affaires, car la séance était presque finie.

Son fameux tour où il s'est tué, il n'avait plus de chance de faire un tour rapide et de dépasser Pironi qui avait un meilleur tour que lui, a raconté à Radio-Canada Sports en 2007 le seul journaliste québécois présent ce jour-là à Zolder, Guy Robillard.

« Il s'est tué pour rien. »

— Une citation de  Guy Robillard, journaliste (2007)

Le temps de lever la tête, de voir Gilles, encore plus enragé, passer dans la ligne droite devant la salle de presse, de le voir sur l'écran de télévision, et l'accident a eu lieu. Je me souviens très bien qu'il y a eu un silence de mort dans la salle, c'est le cas de le dire. Tout de suite, on s'est regardé, et on s'est dit : "Il est mort." Le temps de voir la reprise, il n'y avait pas besoin d'être médecin pour comprendre.

L’accident a figé non seulement les journalistes dans la salle de presse, mais tout le paddock. Finalement, le funambule était tombé de son fil. L’inévitable s’était finalement produit. À la détresse palpable s’est mêlé un curieux sentiment de soulagement.

Dans le paddock a flotté un sentiment de résignation. Comme si le paddock était soulagé de pouvoir se libérer de cette angoisse difficile à vivre, a écrit en 2012 le journaliste italien Pino Allievi, dans le quotidien la Gazzetta dello Sport.

Une angoisse difficile à vivre, qui durait depuis des années. Par sa volonté d’aller toujours plus vite, au mépris souvent du raisonnable, Gilles mettait les nerfs de ses proches et de ses adversaires à rude épreuve. Sa femme Joanna n'a-t-elle pas dit en 1982 à la presse du Québec : Voilà sept ans que je redoutais cet instant, maintenant, ça y est, c'est arrivé.

Une angoisse particulièrement oppressante en ce printemps de 1982, exacerbée par cette chicane avec Didier Pironi.

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