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Chronique

Beaucoup de recommandations, peu d’audace

Les gens dans les gradins portent des masques.

De jeunes hockeyeurs en action

Photo : Radio-Canada / Béatrice Rooney

Ce n’est pas facile de résumer ni de trouver le fil conducteur d’un rapport qui comporte 60 recommandations et 184 pistes d’action. Et ce sera probablement encore moins évident pour Hockey Québec de l’appliquer.

À la fin de novembre 2021, à moins d’un an des élections, François Legault avait étonné en formant un comité de 15 personnalités chargées de se pencher sur l’avenir du hockey québécois.

La démarche du premier ministre frappait parce que la gestion du hockey ne relève pas du gouvernement. Et surtout parce qu’une semaine auparavant, au terme d’un processus d’embauche fort rigoureux, Hockey Québec avait présenté son nouveau directeur général, Jocelyn Thibault, qui était censé avoir les coudées franches pour moderniser le hockey québécois.

Qui plus est, le comité du premier ministre, dont les membres agissaient à titre bénévole et occupaient presque tous un emploi à temps plein, devait composer avec un échéancier extrêmement serré. Ils n’avaient que quatre mois pour faire des consultations, réfléchir au fonctionnement d’une des plus grandes fédérations de hockey au monde et pour formuler des recommandations censées rehausser la qualité de l’expérience des jeunes hockeyeurs et hockeyeuses québécois.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les membres du comité présidé par Marc Denis n’ont pas lésiné sur la quantité.

Initiation, rétention, hockey féminin, communautés culturelles, premiers peuples, hockey junior, hockey universitaire, infrastructures, diminution de coûts de participation, crédits d’impôt, statut de la fédération, refonte des groupes d’âge, personnel du RSEQ… Il y a peu de pierres qui n’ont pas été retournées.

Et presque chaque page, on croit entendre le son d’une caisse enregistreuse. D’où viendra l’argent nécessaire pour financer toutes ces initiatives? Un entraîneur de catégorie bantam AAA (M-15) a-t-il vraiment besoin d’être rémunéré à temps plein?

Les demandes n’ont pas été chiffrées. La ministre Charest a reconnu qu’il s’agit de gros engagements financiers qui devront être étudiés. Marc Denis a souligné que l’intention ne consiste pas à refiler la facture aux parents.

Suspense.

***

En lisant ce rapport, j’ai repensé à toutes les ressources qu’avait dû mobiliser HQ il y a quelques années pour implanter un changement somme toute anodin : le hockey sur demi-glace pour les hockeyeurs d’âge novice (M-9).

Parce que lorsqu’on gère une grande fédération, il s’écoule forcément beaucoup de temps entre le moment où surgit une bonne idée et le moment où elle devient applicable sur le terrain.

Hockey Québec

Hockey Québec

Photo : Facebook / Hockey Québec

Pour le hockey demi-glace des M-9, par exemple, il avait fallu mener des projets pilotes dans certaines régions du Québec pendant une ou deux saisons. Ces projets pilotes avaient servi à monter un programme et à édicter des règles que des milliers de bénévoles allaient ensuite appliquer à la grandeur du Québec.

Il fallait par ailleurs former lesdits bénévoles en plus de donner le temps nécessaire aux associations locales de se procurer les fameuses bandes amovibles utilisées pour scinder la patinoire en deux. Et je ne parle pas de la nécessaire campagne de communication pour éduquer les parents scandalisés que leur enfant haut comme trois pommes ne puisse jouer du vrai hockey sur une patinoire complète.

Jocelyn Thibault et son équipe à la fédération devront donc établir des priorités et un long échéancier pour espérer concrétiser une bonne partie des recommandations qui leur ont été faites.

***

Cela dit, il y a beaucoup de bonnes choses dans ce document. On y retrouve d’ailleurs plusieurs thèmes avec lesquels les lecteurs de cette chronique sont familiers depuis plusieurs années.

Faire en sorte que tous les enfants soient initiés au patinage sur glace à l’école primaire, par exemple, est une excellente recommandation. Pas parce qu’il faut absolument convertir chaque Québécois et Québécoise en hockeyeur ou en hockeyeuse, mais plutôt parce qu’il s’agit d’une compétence motrice qu’il faut acquérir au même titre que la nage, la course, les sauts, rouler à vélo, attraper une balle, botter un ballon, maintenir son équilibre et alouette.

À lire aussi :

Faire en sorte que chaque association de hockey mineur puisse compter sur l’appui d’un conseiller technique à temps plein, comme le recommande le rapport, serait aussi un progrès immense.

Le genre de personne bienveillante qui finit par connaître tous les enfants de l’association et qui repère les talents. Le genre de mentor qui offre une formation et un suivi continus aux entraîneurs et qui les assiste durant la délicate période de composition des équipes. La personne-ressource capable de régler sur le terrain des problèmes anodins qui, autrement, génèrent de l’insatisfaction ou de nombreux appels au siège social de la fédération.

J’ai aussi particulièrement savouré les passages déplorant que l’on catégorise trop rapidement les enfants dans leur cheminement. Selon les auteurs du rapport, on crée ainsi un climat élitiste malsain qui entraîne des déplacements plus longs et des dépenses supplémentaires pour les parents. Et surtout, une pression de performer pour les enfants et un taux d’abandon élevé avant l’âge de 13 ans.

Parmi les recommandations visant à prioriser le plaisir, on note la suppression des classements et des statistiques jusqu’à la catégorie M-13 (pee-wee) inclusivement; la limitation des déplacements et la confection de calendriers plus respectueux de la réalité des familles. Ces idées positives rejoignent un constat fait il y a plusieurs années par les dirigeants de la Fédération suédoise de hockey.

Il patine devant le banc.

Lias Andersson est félicité par ses coéquipiers de la Suède au Championnat du monde junior.

Photo : La Presse canadienne / Mark Blinch

La démographie du Québec change et la nécessité de rendre le hockey plus invitant pour les membres des communautés culturelles, et plus accessible pour l’ensemble des familles du Québec, a aussi été notée par le comité.

Chaque année, la fédération suédoise envoie une lettre d’invitation, rédigée en six langues, à plusieurs centaines de milliers d’enfants. Voilà une mesure assez facile à adopter. Et s’il est possible aux Suédois d’offrir des saisons à 200 $ aux hockeyeurs débutants, il n’y a pas de raison qui puisse nous empêcher de faire quelque chose de semblable chez nous.

***

Le rapport contient aussi des recommandations qui font sourciller.

Comme celle voulant que le gouvernement considère Hockey Québec comme une fédération spéciale, qu’on la retire des programmes normés et qu’on lui fournisse un financement adapté juste pour elle. Et surtout, qu’on rende obligatoire l’adhésion à Hockey Québec pour toutes les activités de hockey sur glace, pour tous .

La protection du bon vieux monopole qui ressurgit!

Si cette réglementation avait existé il y a 10 ans, le hockey québécois serait probablement dans un plus mauvais état aujourd’hui. À titre d’exemple, les ligues scolaires qui ont bousculé Hockey Québec et forcé tout le monde à réfléchir sur les carences du réseau n’auraient jamais vu le jour.

Les monopoles, par définition, sont des freins à l’innovation. C’est d’ailleurs parce qu’on a tué l’innovation pendant longtemps au Québec que le rapport sur l’avenir du hockey a été commandé. Belle ironie! Les nouveaux dirigeants de Hockey Québec sont dynamiques. Profitons-en. Mais les prochains ne le seront peut-être pas. Ce statut spécial pourrait devenir un couteau à double tranchant.

***

Le rapport recommande aussi la formation de trois programmes de développements nationaux québécois : un en parahockey, un féminin et un masculin de catégorie M-18.

Étonnamment, les garçons de 17 ans qui feraient partie du programme national québécois ne seraient pas les meilleurs joueurs de leur groupe d’âge. Il s’agirait en fait de joueurs de 17 ans n’ayant pas réussi à se trouver une place dans une équipe de la LHJMQ.

Un joueur de hockey de dos sur la patinoire

Des joueurs de Rimouski à l'entraînement

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

Les membres du comité croient qu’en profitant d’un encadrement optimal et du soutien de l’Institut national du sport (INS) et en disputant des matchs contre des équipes juniors AAA et collégiales, ces joueurs pourraient accéder à la LHJMQ à 18 ans.

La clientèle de 17 ans est plutôt mal encadrée au Québec, c’est vrai. Mais il reste étonnant qu’on choisisse de créer une structure supplémentaire au lieu de simplement obliger, par exemple, la Ligue junior AAA à faire jouer les jeunes de 17 ans et à leur fournir un soutien adéquat. Aussi, le mandat de l’INS consiste à développer des athlètes olympiques, pas des recrues de la LHJMQ.

***

Parlant de la LHJMQ, le rapport contient très peu de recommandations à son sujet. Pourtant, elle se situe au coeur de la structure de développement québécoise.

Cette pudeur est peut-être reliée au fait que plusieurs membres du comité sont liés de près ou travaillent au sein du circuit junior majeur québécois. Comme s’il fallait retoucher tout le reste, mais pas vraiment la LHJMQ.

Tout de même, le comité recommande que les équipes de la ligue soient forcées de respecter une forme particulière d’encadrement lorsqu’elles décident de garder un joueur de 16 ans. Ainsi, elles n’auraient pas le droit d’échanger ces jeunes joueurs (ce qui devrait être une évidence) et elles devraient s’engager à respecter un plan de développement et à les utiliser régulièrement tout au long de la saison.

Une petite ligne formule aussi la recommandation de revoir le ratio matchs/entraînements à la LHJMQ.

***

Enfin, le rapport insiste sur l’importance de créer un véritable réseau universitaire au Québec en hockey masculin.

Vous l’avez lu au moins 100 fois dans cette chronique : il est anormal que le sommet de la pyramide d’une fédération de 85 000 à 95 000 membres (selon les années) ne soit constitué que de trois équipes universitaires masculines, dont une seule francophone.

Un joueur de hockey en blanc tente de prendre un retour de lancer devant le filet de ses adversaires, en gris et grenat, pendant un match universitaire.

L'attaquant Cole Carter (no 18), des Ravens de Carleton

Photo : Gracieuseté de Marc Lafleur / Ravens de Carleton

Une fois ce vœu formulé (on sait déjà que plusieurs universités ont l’intention de créer des programmes), le comité ne répond toutefois pas à la question à un million de dollars : que suggère-t-il pour rendre ce réseau universitaire pertinent?

Il y a déjà 35 équipes universitaires au Canada et les organisations de la LNH ne vont même pas les voir jouer. De l’autre côté de la frontière, les recruteurs passent leur temps dans les arénas de la NCAA.

La situation ne changera pas si on fait simplement ajouter trois ou quatre équipes de plus.

Il faudra que le hockey universitaire fasse véritablement partie de la stratégie de développement de Hockey Québec, au moins au même titre que la LHJMQ, pour qu’une telle révolution se produise. Mais ne pariez pas trop fort là-dessus.

Bref, félicitations aux membres du comité, qui ont visiblement travaillé et débattu très fort pour produire ce rapport. Et bon courage aux employés de Hockey Québec, qui ont tout un chantier devant eux.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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