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À la recherche de nouveaux para-athlètes

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Un match de basketball en fauteuil roulant lors du 39e Défi sportif AlterGo

Photo :  Radio-Canada / Josie-Anne Taillon

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Le bruit métallique des fauteuils qui s'entrechoquent donne le ton au match de rugby en fauteuil roulant qui se déroule dans un centre sportif du quartier Villeray à Montréal en plein jeudi après-midi. Le Storm de l’Ontario et l’équipe du Nouveau-Brunswick s’affrontent en D2 des Championnats canadiens, les premiers à avoir lieu depuis deux ans en raison de la COVID-19.

L’enjeu du titre canadien est sérieux, mais l’on sent quand même l’atmosphère bon enfant qui y règne et le plaisir des athlètes et de leur entourage de se retrouver en tournoi.

La compétition se déroule pendant le Défi sportif AlterGo, le plus grand événement au Canada réunissant des athlètes avec des limitations fonctionnelles, qui a lieu à Montréal jusqu’au 1er mai.

Après deux ans en mode virtuel, c’est aussi un retour en présentiel pour le Défi sportif. Malgré le bonheur ambiant, on ne peut pas encore parler de retour à la normale parce qu’il y a encore des mesures sanitaires qui compliquent l’organisation, mais aussi parce que l’on note un certain décrochage sportif.

En 2019, dernière année où le Défi sportif AlterGo a eu lieu en présentiel, plus de 8000 para-athlètes y avaient pris part. Cette année, c’est moitié moins. Environ 4000 participants se sont déplacés pour les compétitions à Montréal et à Longueuil.

Jérémie Brisebois, directrice événement au Défi sportif AlterGo, relativise ces chiffres.

On n'avait aucune idée de quelle serait la réponse, lance-t-elle à Radio-Canada Sports. On est vraiment content d'avoir du monde et content d'avoir différents événements. On a quand même sept types de compétitions et c’est pas mal dans nos moyennes. On a fait des choix aussi. En ayant des compétitions dans les écoles, on s'attendait à avoir moins de personnes en présentiel. On est content de notre 4000. On a hâte de revenir à 8000. Mais pour un retour, c’est bien d'y aller avec un petit peu moins gros.

Le Défi sportif AlterGo est représentatif de la participation dans les parasports en général. Les sports d’équipe, comme le rugby et le basketball en fauteuil roulant ou le soccer Powerchair, sont particulièrement frappés par le décrochage sportif qui s’est accéléré au cours des deux dernières années.

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Un match de basketball en fauteuil roulant lors du 39e Défi sportif AlterGo.

Photo : Radio-Canada / Josie-Anne Taillon

Environ le tiers des para-athlètes n’ont pas renouvelé leur adhésion à un club depuis le début de la pandémie selon Anne-Renée Thibault, directrice générale de Parasports Québec.

Les raisons qui expliquent ce lent retour à la pratique des parasports sont les mêmes que pour les autres sports.

L'accès aux établissements a été compliqué, rappelle Anne-Renée Thibault. À partir d'un certain temps, quand tu n'as pas pratiqué ton sport, ça sort de ta routine. Dans certains sports, il fallait être plus vigilant puisque la clientèle est encore plus vulnérable. Les temps d'attente et les précautions ont été amplifiés. Ça met plus d'emphase sur l'arrêt.

Il faut toutefois souligner que plusieurs athlètes sont revenus avec beaucoup d’enthousiasme. C’est le cas de Lionel Tamoki, joueur de basketball en fauteuil roulant de 19 ans.

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Lionel Tamoki

Photo : Gracieuseté de Lionel Tamoki

Certains de ses coéquipiers ne sont pas de retour, mais il n’était pas question pour lui d’abandonner sa passion.

J'étais assis dans ma chaise de bureau et j'attendais juste le courriel qui disait : "On reprend les pratiques", dit-il.

Son objectif est de faire partie de l’équipe canadienne. Il a d’ailleurs été invité au camp de sélection.

Il reconnaît que la pandémie lui a probablement fait perdre un an ou deux.

« Au début de la COVID, on était censé avoir un tournoi avec Team Québec, mais ç’a été annulé. Les nouveaux joueurs, on n'a pas eu le temps de faire nos preuves, on n'a pas pu être invité au camp de sélection justement parce qu'ils n'avaient rien sur quoi se baser. Si j'étais allé à ce tournoi-là, j'aurais pu avoir une chance de faire Team Canada plus tôt. »

— Une citation de  Lionel Tamoki, joueur de basketball en fauteuil roulant

Les entraînements et tournois ont repris au cours des derniers mois et s'enfilent à un rythme fou. Lionel Tamoki ne va pas s’en plaindre, mais avoue en riant être un peu perdu dans son horaire.

Lors du mois de mars, il n'y a pas eu une fin de semaine où je n'ai pas eu de tournois ni de camps d'entraînement, je ne pouvais pas travailler pendant cinq semaines. J’avais genre : tournoi, tournoi, camp d'entraînement, tournoi, mais je ne me plains pas.

Le problème n’est pas seulement une question de décrochage, mais aussi de nouvelles adhésions.

Dans n'importe quel sport, il y a toujours des gens qui sortent de façon naturelle, indique la directrice générale de Parasports Québec. Mais normalement, il y a des gens qui rentrent aussi.

Le manque de nouveaux joueurs est particulièrement criant au basketball en fauteuil roulant.

Je pense au minibasketball, à 18 ans on ne fait plus du mini, on passe à une catégorie supérieure, ajoute la directrice générale. Les jeunes ont continué à vieillir malgré la pandémie, mais il n’y a personne qui est rentré dans le système. On constate que les équipes ont vraiment diminué.

L’enjeu est de taille puisque le basketball en fauteuil roulant pourrait être retiré des Jeux du Québec si le bassin de joueurs de moins de 18 ans n’est pas assez grand pour former le nombre requis d’équipes.

On cherche comment pallier ça, parce que l’enjeu est considérable, admet Mme Thibault.

« On ne veut vraiment pas être exclus des Jeux du Québec, parce que les jeunes qui sont admissibles, ils veulent y aller. »

— Une citation de  Anne-Renée Thibault, directrice générale de Parasports Québec

En mode solution

Le recrutement de nouveaux para-athlètes a été difficile au cours des deux dernières années. Il faut souvent personnaliser l’approche selon la limitation fonctionnelle de la personne.

Avec le programme Au-delà des limites, on va dans les centres de réadaptations, mentionne Anne-Renée Thibault. Quand quelqu’un a une nouvelle condition, je pense que c'est important de savoir rapidement qu'il y a une super offre de service (en parasports). Ce n'est pas parfait, mais il y a des possibilités. Et c'est une des choses qui est le plus dommage, c’est que l’on n’a pas pu aller vers les gens pour leur donner de l'espoir ou un nouvel objectif.

Le premier contact de Lionel Tamoki avec le basketball en fauteuil roulant a d’ailleurs été au gré d’une rencontre fortuite.

J’ai toujours été un fan de basket. En secondaire 1, je revenais de mes cours avec mon ballon et je driblais dans la rue et, du coup, il y a Marc Antoine Ducharme, qui est le coach de l'équipe féminine canadienne, et qui m'a vu et qui m'a dit : "Je travaille dans le domaine et est-ce que ça t'intéresserait de venir jouer?"

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Lionel Tamoki (avec le ballon)

Photo : Gracieuseté de Lionel Tamoki

C’est finalement deux ans plus tard qu’il va s’initier au basketball en fauteuil roulant après avoir réalisé que son handicap ne lui permettrait pas de faire partie de l’équipe de basketball debout de son école. L’entraîneur avait des contacts avec le parasport et ç’a été la bougie d’allumage.

J’ai directement accroché et je m'y attendais, se rappelle-t-il. Je savais que ça allait me plaire, c'est du basket! Et j'ai l'occasion de devenir fort.

À défaut de pouvoir faire des démonstrations dans les centres de réadaptation pendant la pandémie, Parasports Québec a dû trouver d’autres solutions. Elle s’est tournée vers les professionnels de la santé en les formant et en les renseignant sur les parasports pour qu’ils deviennent leur courroie de transmission.

Une initiative qui s’avère payante.

On a ouvert des portes vers des centres qui ne nous connaissaient pas vraiment, reconnaît la directrice générale. On va être capable d'aller à la rencontre de plus de personnes dans plus de régions.

Autant à Parasports Québec qu’au Défi sportif AlterGo, il n’est pas encore question de se donner un objectif pour revenir aux chiffres de participation de 2019. Les dirigeants y vont plutôt au jour le jour puisque la pandémie n’est pas terminée, tout comme l’imprévisibilité qui vient avec.

La réflexion est toutefois bien entamée. Une des solutions : offrir plus d’activités pendant la période estivale, où il y a souvent une accalmie de COVID-19. Historiquement, nos sports, c'est des sports d'hiver ou en salle. On essaie de travailler là-dessus, souligne Anne-Renée Thibault.

« Par exemple, en basket mini, on réfléchit à un championnat annuel de fin d'été. Une espèce de Coupe Québec pour réunir les jeunes. Et on va essayer de l'offrir à l'extérieur ou de faire du trois contre trois. On doit être créatif et il ne faut pas se laisser abattre et juste attendre de refaire ce que l'on faisait avant. »

— Une citation de  Anne-Renée Thibault, directrice générale de Parasports Québec

La situation peut donner lieu à des initiatives intéressantes. Le manque de joueurs dans un niveau force des équipes à se réunir, comme lors du dernier Championnat canadien de basketball en fauteuil roulant qui a eu lieu à la mi-avril à Montréal, où le Manitoba et le Nouveau-Brunswick ont uni leurs forces.

Il y a une belle complicité entre les régions et les provinces, parce qu’ils veulent jouer. Lors d’une année normale, ça n'aurait pas eu lieu, lance avec un sourire en coin Anne-Renée Thibault.

Après deux ans en mode virtuel, Lionel Tamoki est heureux de participer à nouveau au Défi sportif AlterGo, un tournoi qu’il adore.

Le Défi AlterGo, ç'a plus un côté amusant, festif. Tout le monde est là. Tu vas jouer contre des équipes contre qui tu n'as jamais joué, ou tu vas jouer avec des gens avec qui tu n'as jamais joué dans ton équipe, ça fait un changement.

Les organisateurs du Défi sportif et Parasports Québec ont donc la mission au cours des prochains mois de séduire de nouveaux para-athlètes.

Ils peuvent toutefois compter sur des passionnés comme Lionel Tamoki qui ne veulent pas se laisser abattre par la COVID.

« Des fois, je me dis : "Si j’avais eu plus de pratique, je serais meilleur, je n'aurais pas manqué tel tir. Je serai meilleur en défense." Mais je me dis que je ne peux pas baisser les bras si je veux accomplir ce que je me suis dit que je voulais accomplir. Je peux me lamenter 30 secondes, mais la vie continue et je n'ai pas le choix d'avancer dans la vie. »

— Une citation de  Lionel Tamoki, joueur de basketball en fauteuil roulant

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