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Comment honorer la mémoire de Guy Lafleur dans la toponymie?

Guy Lafleur en action pendant un match en 1983

Guy Lafleur a fait vivre de grandes émotions à toute une génération d'amateurs de hockey.

Photo : La Presse canadienne / Bill Kostroun

Guy Lafleur est mort depuis quelques jours à peine, mais déjà les suggestions pour lui rendre hommage dans la toponymie québécoise pleuvent de partout.

Dans les heures qui ont suivi le décès du Démon blond, le gouvernement du Québec a rapidement évoqué l’idée de donner le nom de Guy Lafleur à l’autoroute 50 qui relie Mirabel à Gatineau et qui passe par Thurso, la ville où a grandi le légendaire joueur de hockey.

La mairesse Valérie Plante a déjà indiqué que la Ville de Montréal était déjà en réflexion pour renommer un espace public, une rue ou un parc en hommage à l'ancien hockeyeur. Le maire de Québec a aussi manifesté son intention de commémorer la vie de l’ancien joueur des Nordiques et des Remparts.

Renommer l’Avenue du Colisée est l’une des hypothèses soulevées. Guy Lafleur a déjà une statue à son effigie aux abords du Centre Vidéotron.

Avant de trancher, les autorités municipales devront minimalement attendre un an après le décès. C’est un strict minimum, rappelle Jonathan Cha, urbanologue spécialiste de l’espace public et du patrimoine. Il s’est particulièrement intéressé à la place qu’occupait le hockey dans les villes, dont Montréal.

Il faut s’assurer de ne pas poser des gestes de façon préméditée, explique-t-il. La Ville de Montréal va adopter prochainement un cadre d’intervention en reconnaissance et on précise dans le document qu’il faut avoir un recul idéalement de cinq ans après la mort de quelqu’un pour se positionner et prendre une telle décision.

Jonathan Cha, urbanologue spécialiste de l’espace public et du patrimoine, explique la complexité d'honorer la mémoire d’une personnalité.

Les politiques toponymiques, pour l'instant, recommandent d'attendre un an. C’est le délai que Montréal avait respecté avant de renommer un tronçon de la rue Faillon en l’honneur de l’ancien joueur de baseball Gary Carter près du parc Jarry.

Pour Jonathan Cha, il ne fait aucun doute que Guy Lafleur mérite une commémoration publique, mais les options ne se limitent pas à des lieux ou à des rues.

C’est un personnage plus grand que nature qui a influencé des générations, alors c’est certain qu’il est tout à fait approprié qu’il reçoive un geste de commémoration. Maintenant, lequel est le plus approprié? On veut éviter qu’une personne qui a un monument ait aussi un nom de rue, parce qu’il y a tellement de gens qui n’ont pas été commémorés dans l’histoire. Lafleur a déjà une statue près du Centre Bell.

Dans sa ville natale de Thurso, il a non seulement déjà une statue à son effigie, mais l’aréna et une rue portent aussi son nom.

Renommer une rue ou une place, c’est plus facile ou classique, mais ce n’est pas la seule option. Et ce n’est pas nécessairement celle qui devrait être privilégiée. Il y a aussi la commémoration matérielle ou encore des cérémonies dans lesquelles la population peut participer, souligne l'urbanologue.

Si Montréal, par exemple, devait renommer une rue ou un espace public, Jonathan Cha recommande que le lieu choisi ait un ancrage avec les prouesses du célèbre no 10.

Comme Lafleur n’habitait pas à Montréal, il estime que l’hommage devrait être lié au site du Centre Bell ou encore de l’ancien Forum, l’endroit où il a fait la pluie et le beau temps.

Maurice Richard, qui habitait le quartier Ahuntsic, a vu le parc devant chez lui être renommé en son honneur après son décès. La circonscription provinciale de Crémazie, où se trouve Ahuntsic, a aussi été rebaptisée Maurice-Richard en 2017.

Jean Béliveau, qui a aussi eu droit à des funérailles nationales comme Richard et Lafleur, n’a pas encore eu droit à une commémoration toponymique de la Ville de Montréal.

Les trois hommes posent côte à côte.

Jean Béliveau, Guy Lafleur et Maurice Richard au Forum de Montréal en avril 1979

Photo : The Canadian Press / Doug Ball

Il y a bien, à Longueuil, où il demeurait, le Colisée et la rue Jean-Béliveau. Et encore, le changement de nom de la rue Victoria pour devenir la rue Jean-Béliveau a suscité le mécontentement de plusieurs résidents.

La résistance s’était aussi fait entendre quand le gouvernement conservateur avait voulu nommer le nouveau pont Champlain en l’honneur de Maurice Richard.

La contribution de Guy Lafleur est unanime et il y a une certaine pression sur la classe politique et les médias y contribuent, mais il y a un danger de faire de la commémoration trop rapidement, explique Jonathan Cha. On l’a vu avec le pont Champlain. Ce n’est pas que Maurice Richard n’était pas une légende ou n’était pas adulé, mais sur le fleuve Saint-Laurent, un explorateur comme Samuel de Champlain demeurait plus pertinent. Ça prend du recul et de la lucidité, malgré l’émotion du moment.

Les options à Montréal

Michel Vigneault est historien du sport et chargé de cours à l’UQAM. Il privilégie trois options de rues ou de lieux qui pourraient être renommés en l’honneur de Guy Lafleur près de l’ancien Forum.

Il songe à la rue Atwater, à la rue Lambert-Closse ou encore au parc Cabot, nommé en l’honneur de l’explorateur Jean Cabot. Son choix serait de renommer la partie nord de l’Avenue Atwater en l’honneur de Guy Lafleur.

Je garderais le marché Atwater et la rue Atwater au sud de la rue Notre-Dame, parce qu’elle mène à l’aqueduc et qu’Edwin Atwater a été un homme d’affaires important et qu’il a contribué à la construction de l’aqueduc à Montréal, précise Michel Vigneault. Ensuite, je la nommerais pour Guy Lafleur vers le nord jusqu’à Côte-des-Neiges.

Le Forum, théâtre des montées spectaculaires de Flower, était situé dans la rue Sainte-Catherine entre Atwater et Lambert-Closse.

Un édifice sur lequel on peut lire Forum

Guy Lafleur a enflammé le Forum de Montréal avec ses exploits.

Photo : Twitter

Raphaël-Lambert Closse, lui, était l’un des premiers habitants de Montréal sous Chomedey de Maisonneuve arrivé en 1647, cinq ans après la fondation de la ville, rappelle l’historien. Est-ce que ces noms de rues sont plus faciles à interchanger? C’est possible, mais il faudrait voir ce que la population en pense aussi.

L’idée de transformer seulement un tronçon d’une rue actuelle est une avenue intéressante à considérer selon l’urbanologue Jonathan Cha.

À Paris, par exemple, les grands boulevards changent régulièrement de nom parce qu’il y a une surcharge toponymique, explique-t-il. On a beaucoup moins ça au Québec et ce serait une option. Chose certaine, tu dois offrir une artère qui a une certaine prestance, ou un lien qui est bien ancré et qui a une résonance dans le territoire.

Renommer la station de métro Lucien-L’Allier, qui dessert le Centre Bell, serait aussi une option, même si Michel Vigneault tient à ce que la rue conserve son nom.

Lucien L’Allier était l’ancien conseiller du maire Jean Drapeau et c’est un personnage important pour la ville de Montréal, souligne l'historien.

Michel Vigneault, historien du sport et chargé de cours à l’UQAM, nous explique l'histoire des noms de rues de Montréal.

Il écarte du revers de la main l’idée qu’il a lue sur Twitter de renommer la rue Stanley au nom du Démon blond.

La rue Stanley a été nommée en l’honneur du père de Lord Stanley qui a donné son nom à la Coupe Stanley, dit l’historien. Stanley a été lui-même premier ministre britannique. Ce serait très difficile de faire changer le nom de la rue, vu l’importance du personnage.

Michel Vigneault est aussi très ouvert à l’idée que l’autoroute 50 adopte le nom de Guy Lafleur.

Ce serait sans doute plus facile, parce qu’elle n’a pas encore de nom et ça relie Mirabel à Gatineau, explique le chargé de cours. La 40 porte déjà le nom de Félix-Leclerc, la 20, celui de Jean-Lesage. Pourquoi pas la 50 pour Guy Lafleur?

Cela dit, les rues Guy-Lafleur pourraient pousser en grand nombre dans les nouveaux développements au cours des prochaines années.

La ville de Vaudreuil-Dorion, par exemple, a déjà un secteur dont toutes les rues sont nommées en hommage à des joueurs de hockey. Elmer Lach, Toe Blake, Émile Bouchard, Silvio Mantha, Aurèle Joliat, Howie Morenz, Jacques Plante, Maurice Richard, Claude Provost et Lorne Worsley y sont tous à l'honneur.

C’est un geste intéressant, mais ce n’est pas les stratégies et les principes qu’on met le plus de l’avant en toponymie, dit Jonathan Cha. Mais on ne peut pas empêcher les villes ou municipalités de donner des noms de rue au nom de personnages, même si ceux-ci n’ont pas eu d’influence active dans la région ou la communauté locale.

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