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Chronique

La nouvelle et fascinante culture scientifique de Baseball Québec

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Baseball Québec repense son système de développement, écrit Martin Leclerc.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

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Il y a un an et demi, les dirigeants de Baseball Québec (BQ) avaient promis une refonte de son système de développement. Ce nouvel environnement n’est pas encore complètement déployé, mais déjà, l’encadrement scientifique offert aux joueurs est remarquable.

En décembre 2020, avec l’aide d’experts de niveau international, Baseball Québec avait mené une longue réflexion sur l’efficacité et la modernité de son système de développement. Les conclusions de cette révolutionnaire démarche avaient d’ailleurs fait l’objet d’une chronique sur notre site.

Outre le fait de miser sur des entraîneurs spécialisés en baseball, les dirigeants de la fédération se donnaient pour objectif d’entourer leurs athlètes de pointe d’une équipe de soutien intégrée, semblable à celles dont profitent les athlètes olympiques.

Au cours des dernières semaines, les joueurs de l’Académie de baseball du Canada (ABC) ont d’ailleurs eu droit à un fascinant aperçu de la machine qui s’active autour d’eux afin de les aider à devenir de meilleurs athlètes et de meilleures personnes.


Il y a quelques semaines, j’ai eu le plaisir d’accompagner les lanceurs Charles-Olivier Cyr, Elliot Cadieux-Lanoue et Jérémy Pilon ainsi que le receveur Deiten Lachance à l’Institut national du sport (INS). Ils avaient rendez-vous avec le biomécanicien du sport Mathieu Charbonneau.

L’objectif de la rencontre consistait à mesurer la force au sol que déploient ces athlètes de 17-18 ans lorsqu’ils effectuent des lancers.

Mathieu Charbonneau leur a expliqué qu’il travaille avec des athlètes olympiques de plusieurs disciplines sportives comme le patinage de vitesse sur courte piste, le plongeon, la boxe et la natation. Au sol, deux plaques servant à mesurer la force d’accélération (pied arrière) et la force de freinage (pied avant) avaient été installées. Plusieurs caméras captaient aussi les élans des baseballeurs d’angles différents.

Les quatre espoirs de l’équipe canadienne ont effectué leurs lancers et obtenu les résultats de leurs performances. Mais surtout, ils ont eu droit à un cours théorique sur l’importance de générer de la vitesse et de parvenir à freiner brusquement cet élan lorsqu’ils posent leur pied avant au sol.

C’est ce freinage brusque, combiné à la vitesse de l’élan, qui crée un effet catapulte. Et cet effet catapulte finit par transmettre davantage de vitesse à la rotation du tronc, à l’action du bras puis, finalement, à la balle. Pour illustrer ce principe, le biomécanicien a notamment décortiqué à l’écran la phase de freinage de lanceurs de javelot. Il a aussi évoqué les forces qui propulsent le corps vers l’avant lorsqu’on freine très brusquement en voiture ou lors d’un accident.


J’estime mes connaissances de baseball comme étant supérieures à la moyenne. J’ai été lanceur au niveau junior élite puis senior. J’ai été entraîneur dans le Réseau de développement midget AAA de la fédération. Et, il n’y a pas si longtemps, je suivais encore les formations offertes aux entraîneurs d’équipes de compétition de la fédération.

Malgré mon bagage sportif, ce que j’ai appris durant cette visite à l’INS semblait émaner d’un autre monde.

Après avoir effectué leurs lancers et discuté de leurs résultats avec le biomécanicien, les joueurs de l’ABC ont dû puiser assez loin dans leurs connaissances des principes physiques et mathématiques. Au tableau, le directeur de la performance de l’ABC, Marc-Antoine Bérubé, s’est lancé avec eux dans une intéressante discussion sur les moyens de parvenir à maximiser leur potentiel.

Bérubé, qui est lui-même un ancien lanceur professionnel, a notamment insisté sur le fait que chaque athlète est conçu différemment et qu’un lanceur mesurant 1,83 m (6 pi), par exemple, devra peut-être développer certaines séquences de son élan différemment d’un lanceur de 1,96 m (6 pi 5 po) pour atteindre le même résultat au chapitre de la vélocité ou de l’efficacité.

Il y a différentes façons de résoudre un problème. Par exemple, si tout le monde veut générer une force qui équivaut à 4, ce n’est pas important que vous obteniez ce résultat en optant pour la formule 1 x 4, 2 x 2 ou 4 x 1. Ce qui importe, c’est d’apprendre à vous connaître et de comprendre sur quel aspect vous avez besoin de travailler, a-t-il expliqué.


La semaine suivante, les joueurs de l’ABC avaient une fois de plus rendez-vous avec Mathieu Charbonneau. Cette fois, la force et l’endurance de leurs deux épaules ont été mesurées avec un dynamomètre isocinétique.

Il y a des liens qui peuvent être faits entre la capacité d’endurance de l’épaule et les blessures. Mais aussi, ces tests nous permettent de dresser des profils individuels pour nos joueurs, et ces profils nécessitent peut-être des interventions ou des plans d’action différents, selon le type de physique du joueur, ajoute Marc-Antoine Bérubé.

Outre ces rencontres formatrices avec le biomécanicien, l’ensemble des joueurs de l’ABC sont aussi soumis à des examens visuels extrêmement poussés.

Outre les tests de base qui servent à s’assurer de la santé des yeux et de la qualité de la vision des athlètes, on mesure les qualités oculomotrices (efficacité des yeux à suivre efficacement un objet se déplaçant à toute vitesse), l’acuité visuelle statique et dynamique, le champ visuel et la capacité de distinguer la profondeur (la vision 3D).

Peu importe le sport qu’on fait, le chemin d’un athlète risque de s’arrêter parce que quelqu’un va lui dire qu’il ne lance pas suffisamment fort, qu’il ne court pas assez vite ou qu’il ne frappe pas assez loin. Pour éviter que ça se termine avec une de ces réponses plates, il faut l’entourer de gens qui auront sur lui des impacts externes au baseball et qui l’aideront à améliorer ses capacités physiques et motrices, fait valoir le directeur technique de BQ, Sylvain Saindon.

L’acuité visuelle, c’est un aspect sur lequel on ne mettait pas suffisamment l’accent dans notre sport. C’est un projet important pour nous. Il est clair que plus l’acuité visuelle d’un athlète est à point, meilleures seront ses performances et sa concentration.


Comme si ce n’était pas assez, il y a une dizaine de jours, les joueurs de l’ABC participaient à une recherche de l’UQTR. Cette étude vise à déterminer l’effet de la fatigue des membres inférieurs et supérieurs sur la vélocité, la précision et la variabilité des lancers qu’effectuent les lanceurs. Les chercheurs tentent par ailleurs de mesurer l’évolution de la douleur et des raideurs ressenties par les lanceurs.

Cette position est extrêmement exigeante, ce qui explique pourquoi les partants ne peuvent lancer que tous les cinq jours.

Toutes ces démarches placent les athlètes dans un état d’éveil. Nous voulons les aider à découvrir qui ils sont comme athlète et comme personne. Ça leur permet de savoir où ils se situent et quels sont leurs besoins dans plusieurs facettes de leur développement. Ça leur permet aussi de faire des liens entre les choses que nous faisons à l’entraînement et ce que nous essayons d’accomplir, dit Marc-Antoine Bérubé.

Nos joueurs commenceront à travailler avec un préparateur mental au cours de l’été. Nos joueurs qui habitent en résidence ont eu la chance de faire leur marché avec notre nutritionniste. Ils développent des connaissances et des habiletés qui les suivront toute leur vie. On ne peut être plus heureux que lorsqu’on aide des êtres humains à améliorer leur trajectoire de vie, renchérit Sylvain Saindon.


Les joueurs de l’ABC sont arrivés en Arizona vendredi dernier. Ils y tiendront un camp d’entraînement printanier pendant environ deux semaines. Éric Gagné se joindra notamment au personnel d’entraîneurs.

Durant ce séjour, l’ABC affrontera notamment des clubs-écoles des Dodgers de Los Angeles, des Giants de San Francisco et des Rangers du Texas. Des matchs contre des équipes universitaires américaines figurent aussi à l’horaire.

Ensuite, au début de mai, l’ABC mettra le cap sur Kamloops, en Colombie-Britannique. Le programme québécois participera alors au tournoi Best in the West. Cette vitrine permet à un grand nombre d’espoirs canadiens de faire valoir leur talent auprès des entraîneurs des universités de l’Ouest américain.

Le nouveau programme que met en place BQ est remarquable. Comme je le soulignais récemment, il est incompréhensible, voire gênant, que l’ABC soit en quelque sorte devenu un programme sportif itinérant dans la région de Montréal.

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