•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

Bienvenue au « Ministère du cricket et des autres sports sans domicile »

Des joueurs de baseball en rouge écoutent un entraîneur.

Des jeunes de l'Académie de baseball du Canada

Photo : Twitter/Académie Baseball Canada

Le programme de l’Académie de baseball du Canada (ABC), qui forme les meilleurs baseballeurs québécois depuis plus de 30 ans, se retrouve dans une situation aussi gênante qu’inacceptable. Ses joueurs et entraîneurs sont désormais, en quelque sorte, des itinérants.

La plupart des amateurs de sport connaissent l’ABC. C’est un programme qui avait été mis sur pied au début des années 1990 à la demande de l’ex-président de Baseball Québec, Richard Bélec.

À l’époque, le Canada comptait sur une seule académie d’excellence, le National Baseball Institute, pour le développement de ses meilleurs joueurs. Et le NBI était situé à Vancouver. Richard Bélec trouvait la situation inacceptable et insistait pour que les baseballeurs francophones puissent perfectionner leurs habiletés en français et sans avoir à déménager à l’autre bout du pays.

L’ABC a donc vu le jour. Et le programme s’est installé à Montréal au complexe sportif Claude-Robillard. Les installations n’étaient pas optimales. Mais, au fil des décennies, les gens de Baseball Québec ont montré qu’on pouvait développer d’excellents joueurs de balle dans des gymnases.

Au fil des ans, l’ABC a développé quelque 80 joueurs qui ont été repêchés par des équipes de la MLB ou qui ont signé des contrats professionnels. Et de ce groupe, huit ont atteint les ligues majeures. Sans compter la très longue liste de joueurs qui ont porté les couleurs de l’équipe nationale.

Pour une fédération qui s’est toujours débrouillée avec des moyens plutôt modestes, ce n’est pas un mince exploit.

Encore de nos jours, quand les jeunes de l’ABC se rendent aux États-Unis pour participer aux tournois les plus relevés au sein de leur groupe d’âge (la majorité ont 16-17 ans), ils atteignent régulièrement les finales et montrent qu’ils n’ont rien à envier à qui que ce soit. Plusieurs d’entre eux se font d’ailleurs recruter par des universités américaines afin de poursuivre leur développement.

***

Après toutes ces années d’excellence, et je n’en croyais pas mes oreilles quand on me l’a raconté, l’Académie de Baseball du Canada est maintenant sans domicile fixe. Tellement, que ses joueurs s’entraînent désormais dans une installation privée qui porte le nom de Ministère du cricket et des autres sports sans domicile.

Ça ne s’invente pas.

On peut certainement comprendre que des joueurs de cricket aient de la difficulté à trouver un site d’entraînement convenable à Montréal. Tout comme les hockeyeurs sri-lankais ont probablement de la difficulté à trouver des arénas.

Sauf que le baseball n’est pas le cricket. C’est un sport qu’on pratique au Québec depuis plus de 150 ans et qui fait partie intégrante de notre culture sportive nord-américaine. Qui plus est, ce sport est animé par l’une de nos plus dynamiques fédérations sportives.

Comment a-t-on pu en arriver là?

***

Le directeur général de Baseball Québec, Maxime Lamarche, m’a tout de suite prévenu qu’il s’agissait d’une longue histoire. Je vous la résume.

Il sourit.

Maxime Lamarche

Photo : Courtoisie : Maxime Lamarche

Pendant 30 ans, les bureaux et les sites d’entraînement de l’ABC ont toujours été situés au complexe Claude-Robillard, qui accueille aussi plusieurs autres programmes sportifs d’excellence. Depuis le début, la présence de l’ABC dans ces lieux découlait d’une entente avec la Ville de Montréal.

Au cours des deux dernières années, les gens de BQ ont toutefois senti que le tapis commençait à glisser sous leurs pieds. À compter de 2021, on a demandé à Baseball Québec de payer un loyer pour utiliser les installations, ce qui ne s’était jamais fait auparavant.

Nous nous sommes dit que ça faisait partie du jeu et nous avons commencé à payer. Mais de fil en aiguille, nous nous sommes rendu compte que quand des événements supplémentaires avaient lieu à Claude-Robillard, on se faisait retirer nos plateaux d’entraînement. On se faisait tasser et ça créait une certaine frustration, explique M. Lamarche.

Quand la pandémie est survenue, les joueurs de l’ABC n’ont pas obtenu la permission de continuer à s’entraîner à Claude-Robillard même si le programme comptait des athlètes dits de l'excellence.

Nous avons posé des questions et on nous a répondu que même si nous occupions les lieux depuis 30 ans, nous n’étions techniquement pas de vrais partenaires de la Ville parce que notre présence n’était pas encadrée par une entente écrite, ajoute-t-il, incrédule.

Comme tant d’autres, les joueurs de l’ABC se sont donc entraînés dans le sous-sol ou le garage de leurs parents durant la première vague de la pandémie. Au début de 2022, la vie semblait en voie de reprendre son cours normal quand les dirigeants de l’ABC et de Baseball Québec ont appris dans une lettre qu’ils ne pouvaient plus s’entraîner à Claude-Robillard.

En raison des grands froids, la Ville de Montréal avait décidé de réquisitionner le Complexe de soccer Marie-Victorin pour loger les sans-abri. En retour, on a décidé de transférer des programmes de soccer au centre Claude-Robillard. Et on nous a expliqué que puisque notre programme est provincial et qu’il ne s’adresse pas uniquement à des Montréalais, nous devions trouver un autre endroit pour nous entraîner, dit le DG de Baseball Québec.

***

Il est difficile de trouver un cinq et demi à Montréal. Je mets donc quiconque au défi de trouver, en claquant des doigts, un endroit suffisamment vaste pour accueillir 50 joueurs de baseball de haut niveau qui ont besoin de courir, de lancer et d’attraper des balles, et qui doivent passer un temps considérable dans des cages de frappeurs.

Les joueurs de l’ABC, qui s’apprêtent à partir en camp de perfectionnement en Arizona, ont donc passé un hiver difficile, voire loufoque.

Vue générale d'un stade de baseball

Un match de baseball au stade Canac de Québec où jouent les Capitales.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Les entraîneurs du programme ont été obligés de séparer leurs athlètes en deux groupes, qui s’entraînaient dans des petits centres privés de Boucherville (Plan de Match) et de Montréal (Grand Chelem). Les étudiants-athlètes ont rencontré de sérieux problèmes de transport et les entraîneurs (spécialisés par positions) et le personnel de soutien ont vécu un cauchemar logistique pour tenter de superviser leurs ouailles le plus efficacement possible.

On a finalement pu réunir tout le monde à nouveau quand on a déniché le "Ministère du cricket et des autres sports sans domicile". Mais ça occasionne encore des problèmes. Par exemple, après nos séances d’entraînement, nos athlètes doivent faire 15 minutes de transport pour se rendre à Claude-Robillard, où se trouve notre salle de musculation. En plus de ne pas être idéal, ça réduit notre temps d’entraînement, souligne le directeur de la Performance de l’ABC, Marc-Antoine Bérubé

La cerise sur le gâteau maintenant?

Le complexe Claude-Robillard entreprend des rénovations majeures qui dureront cinq ans et qui priveront l’ABC, en alternance, de l’un ou l’autre de ses plateaux d’entraînements habituels.

Évidemment, Baseball Québec ne peut continuer à opérer son programme d’excellence dans ces conditions.

***

Depuis 20 ans, le gouvernement du Québec a investi des centaines de millions pour construire des centres de soccer intérieurs et aménager des terrains de soccer synthétiques extérieurs. Et plusieurs autres centaines de millions ont été dépensés dans des projets d’amphithéâtres de hockey qui servent surtout à des équipes professionnelles ou junior majeur, et assez peu à la population.

À travers tout ça, Baseball Québec n’a pas récolté grand-chose.

Dire qu’il y a quelques mois, le premier ministre François Legault se disait prêt à financer la construction d’un stade de baseball pour une demi-équipe de la MLB.

Nous avons probablement une part de responsabilité dans cette situation. Mais pour arriver à trouver du financement et à construire un complexe d’entraînement digne de ce nom, il faudrait que je mette deux employés à temps complet là-dessus. Or, la taille de mon équipe ne me permet pas de le faire, constate Maxime Lamarche.

La réalité, c’est que les dirigeants de BQ travaillent très fort dans les coins pour tenter de dénicher un site d’entraînement dont la qualité égalera l’encadrement offert à ses athlètes. Mais ce sera difficile à trouver dans la grande région de Montréal.

Si nous ne pouvons trouver un endroit de qualité dans la région de Montréal, on va réfléchir à la possibilité déménager dans la région de Québec. Là-bas, ils ont un stade, un terrain de baseball, un dôme pour l’hiver et une salle de musculation exceptionnelle.

À un certain moment, il va falloir que nos jeunes puissent s’entraîner dans des installations qui sont de grande qualité et pas juste correctes. Présentement, nous n’avons même plus le strict minimum à Montréal. Nous avons maintenant un programme itinérant , conclut Maxime Lamarche.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !