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Coupe du monde : les deux visages du Qatar

Vue panoramique d'un stade de soccer vide

Le stade Khalifa à Doha, au Qatar

Photo : Getty Images / AFP/Karim Jaafar

Chaque pays connaît maintenant son groupe en vue de la Coupe du monde de soccer. Le Qatar, lui, apporte sa dernière touche pour accueillir le monde. Radio-Canada en a parlé avec Patrick Oberli, de l’Agence Sport Center, présent à Doha lors du tirage au sort, vendredi. Ce journaliste insiste : l’image que ce pays du Golfe veut projeter en cache d’autres, plus sombres, de la dure réalité des chantiers du Mondial.

C’est du jamais vu, s’esclaffe Patrick Oberli quand il nous parle du centre sportif Aspire où il se trouvait à Doha. Pour ce journaliste qui a parcouru les terrains de soccer de la planète, le modernisme qui s’est présenté à lui est tout simplement surréel. Mais entre les images d’opulence que le Qatar envoie au monde entier, il a pu constater qu’un autre Qatar existait, moins reluisant celui-là.

« On a tous en tête ces images de cartes postales avec ces tours immenses à l’architecture incroyable autour d’une baie. Et le premier constat, c’est qu’on a l’impression que deux mondes se côtoient sans se voir. Il y a les Qataris et les autres. Des centaines de milliers d’immigrants qui sont à leur service, même totalement à leur service. »

— Une citation de  Pascal Oberli, journaliste

Je me suis rendu dans un quartier industriel et j’ai commencé à marcher dans les rues pour rencontrer des gens. Le principal problème en ce moment est celui des ouvriers qui ne travaillent plus sur les chantiers de la FIFA. Les entreprises les ont parqués dans des clapiers à lapins sans véritable possibilité de sortie. D’ailleurs, entre la chaleur et le manque d’argent, ils ne peuvent pas sortir. J’ai pu entrer dans certains de ces immeubles et j’ai constaté qu’il y a des centaines d’hommes qui vivent dans des conditions insalubres d’une autre époque.

Durant ses pérégrinations dans ces quartiers de fortune, Patrick Oberli a pu rencontrer des gens, même si la méfiance est de mise.

J’ai rencontré un gars du Bangladesh qui m’a expliqué son histoire. Il avait été renvoyé par son employeur et cela faisait un mois qu’il errait sans logement et sans argent. Il ne cherchait qu’un endroit sécuritaire pour dormir, même à terre. Ce qu’il me disait, c’est que la situation dramatique qui existait il y a encore quelques années autour des chantiers n’a pas véritablement changé. Cela fait huit ans qu’il est au Qatar et il essaie maintenant de récupérer son passeport pour rentrer chez lui. Un document qui lui a été enlevé par son employeur.

Alors, à quoi s’attendre de cette Coupe du monde qui, comme le dit Pascal Oberli, va se tenir dans un décor idyllique, mais qui cache aussi une grande misère?

Tout sera parfait, car les Qataris ne laissent rien au hasard. Rien n’est trop beau, trop moderne et surtout trop cher pour eux. Mais on ne peut pas acheter la ferveur populaire.

En marge du congrès de la FIFA, les organisateurs nous ont invités à un match. J’ai assisté dans un stade ultramoderne à un match entre l’équipe du Qatar et celle de la Slovénie. Il y avait seulement 2500 personnes à l’intérieur, dont 300 gars qui avaient sans doute été payés pour y être. Ce qu’ils nous ont dit, c’est que 10 jours avant, ils avaient appris les slogans ou les chansons qu’on entend dans les stades du monde. On les a entendu hurler durant tout le match. Curieux tout de même cette spontanéité, dit le journaliste, non sans une petite pointe d’ironie.

Il ne faut donc pas s’attendre à la même ferveur que l’on peut entendre dans les stades européens ou brésiliens, selon Pascal Oberli.

C’est en 2010 que l’on a attribué le Mondial au Qatar. Depuis, la polémique n’a cessé de s’amplifier. Selon Amnistie internationale, plus de 6000 travailleurs auraient péri sur les chantiers. L’ONG dénonce des conditions de travail et n’hésite pas à parler d’esclavage moderne.

Les conditions climatiques désertiques ont également été l’objet d’inquiétudes parmi les athlètes. Le Mondial se tient traditionnellement aux mois de juin et juillet, mais la FIFA a décidé dans un geste sans précédent de tenir la compétition au mois de novembre et de décembre, car les températures seraient relativement plus clémentes. Un changement dans le calendrier qui est loin de faire l’unanimité.

Dans ce concert dissonant, il faut ajouter les soupçons de corruption dans l’attribution de la Coupe du monde à ce petit pays du Golfe. Un rapport d’enquête avait conclu que le comité de candidature qatari avait été impliqué dans la manipulation de certains membres votants de la FIFA.

Pour le journaliste suisse, tout cela sera rapidement effacé quand le coup d’envoi sera donné, si ce ne l’est pas déjà.

Pour être très franc ou surtout très froid, ce sera comme à Sotchi ou à Pékin pour les Jeux. Il y a peut-être quelques médias qui vont en parler, mais tout cela sera périphérique par rapport à l’intérêt du jeu, de l’importance des rencontres. On a tellement parlé de toutes ces affaires. Il y a eu tellement d’enquêtes, de rapports sur les droits humains, sur la liberté individuelle, et j’en passe, que les gens ont été noyés dans tout cela.

Le temps a peut-être cassé le ressort qui faisait qu’on puisse être choqué. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on a gommé tout cela. J’étais au congrès de la FIFA et j’ai entendu le président Gianni Infantino faire l’éloge du Qatar comme l’élève parfait de la transition sociale, notamment sur les conditions de travail. On a même appelé des centrales syndicales pour venir témoigner de la chose et corroborer les propos du président de la FIFA.

« J’ai le curieux sentiment qu’on est en face d’un sac de sable. On peut continuer à frapper dedans, mais il ne bougera pas! »

— Une citation de  Pascal Oberli

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