•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

Eugene Melnyk est mort, qu’adviendra-t-il des Sénateurs?

Chargement de l’image

Eugene Melnyk, propriétaire des Sénateurs d'Ottawa depuis 2003, est décédé dans la journée du 28 mars, a annoncé la franchise ottavienne.

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

Chargement de l’image

Les Sénateurs d’Ottawa ont perdu leur propriétaire et la LNH voit s’éteindre l’un de ses personnages les plus controversés. Eugene Melnyk était un mouton noir dans la ligue. Son décès soulève maintenant toutes sortes de questions quant à l’avenir de son équipe de hockey.

Tard lundi soir, les Sénateurs ont annoncé le décès d’Eugene Melnyk, qui n’était âgé que de 62 ans. La cause de sa mort n’a pas été précisée, hormis le fait qu’il avait combattu une maladie avec détermination et courage.

Le propriétaire des Sénateurs, qui avait amassé la majeure partie de sa fortune dans le domaine pharmaceutique, avait été gravement malade dans le passé. En 2015, les médecins avaient décrété qu’à défaut de subir une greffe du foie, il ne lui restait que très peu de temps à vivre. Les Sénateurs avaient alors lancé un appel au public afin de trouver un donneur vivant compatible.

Plus de 2000 personnes s’étaient portées volontaires et, parmi elles, on avait fini par trouver un donneur. En entrevue avec l'Ottawa Citizen cinq ans plus tard, M. Melnyk estimait que la notoriété que lui valait son statut de propriétaire d’une équipe de la LNH lui avait sauvé la vie.

Après cinq ans, le taux de survie des greffés du foie s’élève à quelque 75 %.


Plusieurs médias de la région d’Ottawa ont rapporté la nouvelle du décès d’Eugene Melnyk en soulignant qu’il avait sauvé les Sénateurs de la faillite lorsqu’il s’en était porté acquéreur en 2003.

Sous sa gouverne, les Sénateurs ont effectivement vécu une sorte de lune de miel jusqu’au début des années 2010. Par la suite, les affaires de l’organisation se sont mises à décliner jusqu’à devenir catastrophiques au cours des cinq dernières années.

Au début des années 2010, les Sénateurs figuraient parmi les 12 organisations les plus vigoureuses de la LNH aux guichets. Ils attiraient en moyenne 18 269 spectateurs par match. En 2019-20 (la dernière saison permettant de comparer équitablement les assistances de la LNH), les Sens se situaient dans les abysses avec une moyenne de 12 618 spectateurs par rencontre.

Et ces dernières années, malheureusement, tout ce qui allait mal au sein des Sénateurs semblait avoir Eugene Melnyk comme dénominateur commun.

Au cours des cinq ou six dernières années, plusieurs purges sont survenues parmi les cadres supérieurs de l’organisation. À titre d’exemple, uniquement entre 2017 et 2020, quatre présidents se sont succédé à la tête des Sénateurs, dont trois ont démissionné dans ce court laps de temps.

Un jeu de chaise musicale semblable était survenu au poste de chef des opérations financières des Sens.

L’un des nombreux cadres déchus de l’entreprise, l’ex-responsable du marketing Peter O’Leary, avait notamment intenté un recours judiciaire afin de faire respecter son contrat. Les documents déposés par O’Leary auprès de la cour faisaient état de relations de travail toxiques entre le propriétaire et ses principaux collaborateurs.


Hors des bureaux, la situation n’était guère plus reluisante.

Au cours des cinq dernières années, Eugene Melnyk a eu des démêlés avec le maire d’Ottawa, avec des journalistes affectés à la couverture de l’équipe ainsi qu’avec les partisans, dont il contestait la loyauté.

Sans compter le fait que les joueurs quittaient l’organisation dès qu’ils atteignaient l’âge de l’autonomie et que les agents de la LNH plaçaient Ottawa en tête de liste lorsqu’il était question des villes à éviter pour leurs clients.

En 2017, M. Melnyk avait notamment gâché la fête entourant la présentation d’un match en plein air à Ottawa en menaçant de déménager son équipe. Indignés par le déclin de leur équipe, des partisans avaient réagi en 2018 en achetant des panneaux publicitaires réclamant le départ du propriétaire!

Chargement de l’image

Le panneau d'affichage qui montre le message de mécontentement des partisans des Sénateurs.

Photo : Radio-Canada


C’est d’ailleurs à compter de 2018 que l'organisation des Sénateurs s’est plus que jamais rapprochée du précipice.

La pérennité du club semblait reposer sur la réussite d’un vaste projet immobilier au centre-ville d’Ottawa, sur le site des plaines LeBreton. Cet espace stratégique de quelque 50 acres était censé accueillir, notamment, un nouvel amphithéâtre pour les Sens.

Pour mener cet ambitieux projet à terme, Melnyk s’était associé à un magnat de l’immobilier de la région, John Ruddy. Ce dernier jouissait (et jouit encore) d’une réputation sans tache dans la communauté d’affaires ottavienne.

Des problèmes sont toutefois apparus rapidement entre les associés. Melnyk a révélé qu’il n’avait pas l’intention de participer financièrement à la construction de son amphithéâtre, mais qu’il s’attendait à retirer des bénéfices du reste du projet.

Pour des motifs frivoles, le propriétaire des Sénateurs avait ensuite fait avorter le projet en intentant une poursuite de 700 millions de dollars contre Ruddy. Invoquant le caractère abusif de la démarche de Melnyk, ce dernier avait immédiatement répliqué avec une contre-poursuite d’un milliard de dollars.

Cette attaque frontale de 700 millions intentée contre John Ruddy a encore plus ostracisé Eugene Melnyk au sein de la communauté d’affaires d’Ottawa. Qui d’autre allait vouloir s’associer à lui? Le lien de confiance était brisé.

Quelques mois après cette débandade, une source bien au fait du dossier des plaines LeBreton avait exprimé l’avis qu’Eugene Melnyk était devenu toxique à Ottawa. Cette source avait par ailleurs souligné que la contre-poursuite d’un milliard intentée contre le propriétaire des Sénateurs allait avoir, pendant de longues années, des effets directs sur sa capacité de financer n’importe quel autre projet.

Il faut aussi tenir compte du fait qu’Eugene Melnyk a une santé fragile. Un litige comme celui-là n’est pas le genre d’épée de Damoclès que tu souhaites léguer à tes enfants, avait opiné mon interlocuteur.

Le propriétaire des Sénateurs laisse dans le deuil ses filles, Anna et Olivia, ainsi que sa conjointe Sharilyne Anderson.

La succession d’Eugene Melnyk hérite donc (entre autres) d’une organisation de la LNH qui bat de l’aile et d’un litige civil qui risque de coûter une fortune.

Que les héritières d’Eugene Melnyk décident de vendre (ce qui semble fort probable) ou de continuer à gérer les Sénateurs, il semble clair que cette organisation ne quittera pas la région de la capitale nationale.

La valeur des Sénateurs est estimée à quelque 525 millions de dollars, selon Forbes. Soulignant qu’on trouve plusieurs fortunes importantes dans la région de la capitale nationale, un membre influent de la communauté d’affaires ottavienne estime que rassembler ce montant ne constituerait pas un problème.

À sa façon, Eugene Melnyk a certainement marqué la petite histoire de la LNH.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !