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Chronique

Devrait-on cesser d’accueillir des athlètes russes au Canada?

Des athlètes sont réunis et saluent la caméra.

Des athlètes du Comité olympique russe lors des Jeux de Pékin

Photo : Getty Images / Maja Hitij

En raison de la folie guerrière qui anime leur gouvernement et qui menace la paix mondiale, les athlètes russes devraient-ils être bannis des compétitions auxquelles ils et elles participent normalement à travers le monde? C’est une question qui se pose déjà et qui mérite d’être sérieusement étudiée.

Dans une chronique publiée vendredi dernier, je soulignais que les grandes fédérations sportives de la planète, une à une, tournaient le dos à la Russie et annulaient les événements internationaux qui devaient se dérouler dans ce pays au cours des prochains mois. Bref, je constatais que la Russie sportive est devenue infréquentable et qu’elle le resterait très longtemps.

Toujours vendredi, nous avions une discussion animée à ce sujet sur les ondes du 91,9 Sports. L’un des points soulevés durant ce segment, c’est que lorsque quelqu’un devient infréquentable, il ne peut le devenir à moitié. Si les agissements des Russes sont à ce point intolérables qu’il soit dorénavant impensable de participer à des compétitions sportives chez eux, la question qui allait logiquement suivre était la suivante : En quoi serait-il plus acceptable de les accueillir chez nous?


Dès samedi, on a constaté que, dans certaines parties du monde, cette réflexion s’était faite à la vitesse de l’éclair. Les équipes nationales de soccer de la Pologne et de la Suède, par exemple, ont clairement fait savoir qu’il n’était pas question qu’elles affrontent la Russie dans des matchs de qualifications de la Coupe du monde au mois de mars, et ce, peu importe que ces rencontres soient disputées en Russie ou ailleurs.

Peu importe ce que décidera la FIFA, nous ne disputerons pas ce match, a clairement indiqué la fédération suédoise.

Les Polonais ont adopté la même posture. Et leur supervedette Robert Lewandowski, qui porte les couleurs du Bayern de Munich, l’a chaleureusement soutenue.

C’est la bonne décision. Je ne peux imaginer jouer un match contre l’équipe nationale russe dans une situation où une agression armée en Ukraine continue. Les joueurs et les partisans russes ne sont pas responsables, mais nous ne pouvons pas faire semblant que rien ne se passe, a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.

Ce sentiment a été réaffirmé par tous ses coéquipiers de la formation polonaise dans un communiqué.

La Fédération tchèque de soccer a par ailleurs adopté la même position. Cet élan pacifiste est donc en train de faire boule de neige.

Il sera maintenant intéressant de voir quelles équipes, ligues ou fédérations nationales, tous sports confondus, oseront inviter des équipes russes sur leur territoire durant la très longue période que durera cet invraisemblable conflit armé.


Des réflexions de ce genre sont en train de se faire sur l’ensemble de la planète, et elles témoignent d’une profonde empathie humaine.

En continuant de fréquenter ou d’accueillir des athlètes russes sur des plateaux sportifs, de nombreux athlètes et organisateurs estiment qu’ils contribueraient à appuyer ou à normaliser les horreurs que les Russes sont en train de commettre en Ukraine.

Plus près de nous, le confrère Rick Westhead, de TSN, citait samedi l’ex-athlète olympique Bruce Kidd, qui réclame que le gouvernement canadien cesse tout bonnement d’accorder des visas aux athlètes russes, amateurs et professionnels, qui souhaitent gagner leur vie ou participer à des compétitions au Canada.

À titre d’exemple, sa proposition toucherait autant les hockeyeurs d’âge junior que ceux qui évoluent dans la Ligue nationale de hockey, ou encore les joueurs et joueuses de tennis qui participent habituellement à l'Omnium Banque nationale.

Bruce Kidd n’est pas un hurluberlu. C’est un professeur émérite de l’Université de Toronto qui a beaucoup réfléchi à ces questions et qui a longuement milité contre le racisme et la discrimination dans le monde du sport.

Le professeur Kidd insiste sur le fait, comme je l’ai souvent souligné dans des chroniques passées, que les dictateurs comme Vladimir Poutine se servent du sport pour démontrer au reste du monde à quel point ils excellent et combien ils sont puissants. Le monde du sport est leur meilleure vitrine. Ce n’est pas pour rien qu’ils dépensent des milliards pour s’y incruster.

En refusant de délivrer des visas aux athlètes russes, nous leur dirions que les actions de leur gouvernement sont tellement offensantes qu’elles représentent ce qu’il y a de pire dans une société civilisée. […] Ce serait une façon de démontrer au monde que nous nous opposons, sans compromis, à l’invasion d’un pays démocratique, a plaidé Bruce Kidd dans son entrevue à TSN.


Certains plaideront qu’il serait injuste de faire payer les athlètes russes pour les actions de leur gouvernement. Pourtant, ce type de représailles s’inscrirait dans la même lignée que les nombreuses sanctions économiques que prennent les gouvernements occidentaux envers la Russie depuis le déclenchement de la guerre.

Ces sanctions visent précisément à rendre la guerre la plus inconfortable possible pour ceux qui l’ont déclenchée ET à faire croître le niveau de critique et de contestation auquel Poutine fait face dans son pays.

D’autres argueront qu’une initiative visant à isoler la Russie dans l’univers sportif serait vouée à l’échec. Peut-être ignorent-ils que cela a déjà été fait dans le passé, avec grand succès, contre la politique d’apartheid du gouvernement d’Afrique du Sud. C’est d’ailleurs un exemple que le professeur Bruce Kidd a soulevé.


Dans les années 1980, pour accroître la pression sur le gouvernement sud-africain, un comité spécial de l’ONU contre l’apartheid a simplement commencé à colliger – et à diffuser – un registre. Sur cette liste se trouvaient les noms des athlètes et organisations qui, sans se soucier des politiques ouvertement racistes en vigueur, se rendaient en Afrique du Sud pour participer à des compétitions.

L’effet répulsif a été quasi instantané.

À travers le monde, le dégoût inspiré par l’apartheid a ensuite incité des centaines de gouvernements nationaux et locaux (comme des administrations municipales) à interdire aux athlètes sud-africains d’utiliser leurs sites de compétition.

De nombreux gouvernements occidentaux, dont celui du Canada, ont poussé l’affaire plus loin. Ils sont allés jusqu’à interdire à leurs athlètes de prendre part à des compétitions impliquant des athlètes sud-africains, même dans des pays tiers, sous peine d’être privés de leur financement.

Isolée sur tous les fronts et incapable de s’émanciper pleinement, tant d’un point de vue économique que social ou sportif, l’Afrique du Sud a fini par plier au début des années 1990.


Le sport n’est pas un univers parallèle dans lequel évoluent des athlètes et des organisations. Le monde du sport ne fonctionne pas en marge de la société. Il fait au contraire partie intégrante de la société.

Il est donc normal et tout à fait sain que des débats aussi réels et difficiles aient lieu en ce moment au sein de la communauté sportive.

La Russie a déclenché la guerre en Ukraine depuis quatre jours seulement. Plus le temps passe, plus les gens réfléchissent aux manières les plus efficaces de faire mal aux instigateurs de ce conflit.

Et dans le monde du sport comme ailleurs, on est en train de réaliser que lorsqu’il est question de décence humaine, de respect de la démocratie et de paix mondiale, il devient presque impossible de faire des compromis.

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