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ChroniqueLa Russie sportive est devenue infréquentable, et elle le restera longtemps

Vladimir Poutine présent dans les estrades lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Pékin.

Vladimir Poutine, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Pékin.

Photo : Reuters / DAVID W CERNY

La sauvage déclaration de guerre faite à l’Ukraine a brisé pour longtemps le dernier petit fil qui rendait encore la Russie fréquentable aux yeux des athlètes et des grandes organisations sportives. Et les plaies découlant de cette cassure risquent de subsister très longtemps.

Depuis que les troupes russes ont entrepris l’invasion et le bombardement de l’Ukraine jeudi, la riposte des organisations sportives a été instantanée. Sur l’échiquier sportif mondial, la Russie se trouve désormais isolée du reste du monde. C’est loin d’être anodin lorsqu’on tient compte du fait que Vladimir Poutine s’est toujours servi du sport à des fins de propagande ou de sportwashing, pour démontrer que son régime était accepté sur la scène internationale.

L’une des réactions les plus rapides à l’invasion ukrainienne est venue de l’ex-hockeyeur étoile Jarri Kurri, qui a immédiatement retiré son équipe, le Jokerit d’Helsinki, de la KHL. Les séries éliminatoires de cette ligue professionnelle sont sur le point de commencer, et le Jokerit, qui connaissait une excellente saison, devait affronter le Spartak de Moscou au premier tour.

Par ailleurs, le bruit court que le Jokerit réintégrera le championnat finlandais, la Liiga, à compter de la saison prochaine. La guerre déclenchée par Vladimir Poutine durera sans doute plusieurs années. On voit mal comment Kurri ou les commanditaires du Jokerit pourraient trouver acceptable, dans quelques mois, de reprendre leurs activités auprès des Russes comme si de rien n’était.


De façon tout aussi rapide, l’UEFA a pris la décision de retirer la présentation de la finale de la Ligue des champions à la ville de Saint-Pétersbourg. Cet événement, qui est regardé par quelque 400 millions de téléspectateurs à travers le monde, devait avoir lieu en sol russe le 28 mai prochain.

En temps normal, déménager un événement de cette envergue s’avère un cauchemar logistique, notamment en raison des énormes coûts de sécurité qu’il entraîne. Or, selon l’UEFA, le président français Emmanuel Macron serait personnellement intervenu pour faciliter la présentation de cette finale à Paris, au Stade de France.

Un match se déroule sous un magnifique ciel.

Le Stade de France pourra accueillir la finale de la Ligue des champions.

Photo : Getty Images / Julian Finney

Vendredi matin, les dirigeants du championnat du monde de F1 et la FIA ont aussi annoncé, 36 heures après la déclaration de guerre des Russes, que le Grand Prix qui devait être disputé à Sotchi en septembre était rayé du calendrier.

Jeudi, les pilotes Sebastian Vettel et Max Verstappen avaient déjà fait part de leur intention de boycotter le GP de Russie. Et le patron de l’écurie Red Bull, Christian Horner, déclarait ne pas voir comment la F1 allait pouvoir tenir un Grand Prix dans un pays venant de déclencher une guerre.

Depuis l’invasion de l’Ukraine, participer à une manifestation sportive en Russie équivaut à cautionner un conflit armé qui menace la paix et l’équilibre mondiaux. Autant d’un point de vue moral que financier, le camp est assez facile à choisir.

Une piste de course automobile

Le circuit du Grand Prix de Sotchi

Photo : afp via getty images / DIMITAR DILKOFF


Vendredi, même le mollasson Comité international olympique (CIO) a sorti les crocs.

Vingt-quatre heures après avoir déploré, sans trop de conviction, que la Russie ait (encore une fois) brisé la traditionnelle trêve olympique, le CIO est revenu à la charge en demandant à toutes les fédérations internationales de ne pas organiser ni prévoir de compétitions sportives sur le territoire de la Russie ou du Bélarus, qui a facilité l’invasion de l’Ukraine.

Le CIO a poussé l’affaire jusqu’à demander aux pays qui présenteront des compétitions internationales de ne pas déployer les drapeaux de la Russie et du Bélarus, et de s’abstenir de faire entendre leurs hymnes nationaux.

Mine de rien, ce sont trois des plus puissantes organisations sportives internationales (l’UEFA, la F1 et le CIO) qui rayent publiquement la Russie de leur carnet. Pourtant, tout récemment, les dirigeants de ces mêmes organisations marchaient sans gêne, bras dessus, bras dessous, avec Vladimir Poutine.

Bref, qu’il s’agisse de ski, de judo ou de n’importe quelle autre discipline, la Russie est officiellement devenue un no man’s land en matière de sport. La Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) devrait emboîter le pas d’ici quelques jours en renonçant à présenter le mondial junior et le Championnat mondial en Russie en 2023.

De manière tout aussi spectaculaire, plusieurs équipes et organisations sportives ont commencé à annoncer qu’elles mettaient fin à leurs relations avec des commanditaires russes.


On ne sait pas combien de temps durera la guerre que vient de déclencher la Russie. Par contre, il est clair que tant que ce conflit fera rage, toutes ces fédérations sportives majeures ne pourront remettre les pieds dans ce pays. En fait, même après le conflit, le purgatoire des Russes risque d’être long.

Quant à Poutine, qui aimait particulièrement se faire photographier avec les dirigeants du CIO, de la F1 ou des grandes fédérations internationales, il constatera bien assez vite qu’il ne fait plus partie du club. Même après la guerre, son niveau de toxicité sera tel que plus personne ne voudra être vu en sa compagnie.

Bof, que voulez-vous que ça lui fasse?, demanderont certains.

Si l’on considère tous les efforts qu’a investis Poutine pour tirer un avantage politique en se servant du sport (rappelons les 50 milliards qu’ont coûté les Jeux de Sotchi et le nauséabond système de dopage qu’il a supervisé pour décrocher plus de médailles à ces mêmes Jeux), il faut conclure que ce rejet total de la communauté sportive internationale lui fera mal politiquement.

Cette guerre est horrible et inquiétante à tous points de vue. Mais dans les circonstances, ces réactions instantanées de la communauté sportive sont réconfortantes.

Depuis plusieurs années, à force de les voir flirter et pactiser avec les dictateurs de ce monde, on se demandait si les dirigeants des grandes organisations sportives avaient perdu toute conscience ou tout sens moral.

Au lendemain des Jeux de Pékin, il aura fallu que Vladimir Poutine descende extrêmement bas pour nous permettre de constater que, quelque part, il en subsistait une parcelle.

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