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Chronique

La culture selon Kent Hughes

Comme ancien agent, Hughes apportera une perspective différente au Canadien, notamment à la table de repêchage.

Il marche sur la patinoire du Centre Bell alors que le logo du Canadien apparaît derrière lui sur l'écran géant.

Les partisans du Canadien ont fait connaissance avec Kent Hughes mercredi.

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

On croirait parfois que les équipes de la Ligue nationale de hockey (LNH) font toutes préparer les discours de leurs nouveaux directeurs généraux par la même firme de relations publiques.

Chaque fois qu’un nouveau directeur général est nommé, son discours tourne autour de la nécessité d’instaurer une culture gagnante. Et généralement, ce plaidoyer s’accompagne d’un engagement à créer un environnement faisant en sorte que tous les membres de l’organisation se sentent au sein d’une famille tissée serrée.

C’est presque aussi prévisible que la mort et les impôts. Et c’est un peu normal puisqu’un nouveau directeur arrive souvent quand les choses vont très mal et que le moral des troupes est à plat.

Bref, tout le monde dit toujours les bonnes choses. Le problème, toutefois, réside dans le fait que très peu de gens sont capables de répondre aux attentes et de faire jaillir cette fameuse culture d’excellence dans une organisation sportive.


Le nouveau directeur général du Canadien, Kent Hughes, a fait bonne impression mercredi lorsqu’il a été présenté aux médias et au public. Il a séduit tout le monde, comme Marc Bergevin l'avait fait le 2 mai 2012. Et, bien entendu, son désir d’établir une culture gagnante et une fierté organisationnelle a occupé la majeure partie de son point de presse.

Cela dit, son propos m’est apparu particulièrement prometteur.

Il existe un passage obligé pour créer un environnement gagnant. Pour atteindre cet idéal, il faut s’appuyer sur une vision et sur des valeurs claires. Quand on sait qui on est et ce qu’on recherche, il n’y a pas d’ambiguïté. Les décisions se prennent alors facilement et, parce que le cadre est clair et que personne n’y déroge, une plus grande cohésion s’installe entre les membres d’une organisation.

À titre d’agent au cours des deux dernières décennies, Hughes a probablement négocié avec une centaine de directeurs généraux de la LNH. Quand je lui ai demandé de déterminer les qualités qui démarquent les meilleurs DG du reste du lot, il a spontanément répondu : Ils ont un plan. Ils ont une vision pour leur organisation.

Encore là, il pourrait ne s’agir que de belles paroles. Toutefois, quand il s’est mis à parler de sa vision du système de recrutement du CH, censé être l’épine dorsale de l’équipe, il est apparu évident qu’il n’y aura pas d’improvisation et que l’organisation fera les choses dans le bon ordre.


En gros, Kent Hughes a expliqué qu’il ne revient pas au directeur général d’une équipe de choisir un joueur après l’avoir vu jouer deux fois au cours d’une saison.

Si on paie des recruteurs pour chercher les meilleurs talents disponibles sur la planète, il faut leur faire confiance. Cela n’empêche toutefois pas un DG de laisser son empreinte sur le repêchage.

Je suis plus axé sur le processus (qui mène à la sélection du joueur) et sur la façon de déterminer quelle sorte de joueur on veut repêcher, a-t-il dit.

Le nouveau DG du CH a poursuivi en soulignant que sa démarche consistera à établir les qualités nécessaires pour porter le chandail tricolore. Quelle est notre identité? Quelle est notre culture? Et est-ce que le joueur qu’on regarde correspond à ce que nous recherchons? a-t-il ajouté.

On ne sait pas encore quels critères ou qualités seront dorénavant considérés comme incontournables par l'équipe. Mais au passage, Hughes a souligné qu’il considère le caractère comme une habileté. C’est fort intéressant! Juste en accordant une valeur déterminante à cette variable, à titre d’exemple, on peut se demander si le Canadien aurait choisi Brady Tkachuk ou Jesperi Kotkaniemi au troisième rang du repêchage de 2018.

Comme je le mentionnais plus haut, des valeurs claires rendent les décisions plus faciles.


En l’écoutant, il est difficile de faire abstraction du fait qu'il a passé toute sa vie adulte dans la région de Boston et que l’un de ses principaux clients, Patrice Bergeron, est le capitaine des Bruins. Parce que sur le plan de la culture organisationnelle, les Bruins constituent un fort beau modèle dans la LNH.

Il patine avec la rondelle.

Patrice Bergeron a été repêché alors que Jeff Gorton travaillait pour les Bruins de Boston.

Photo : Getty Images / Maddie Meyer

Depuis le début des années 2010, 159 joueurs ont porté l’uniforme de cette équipe. Et pourtant, saison après saison, la signature des Bruins est toujours restée la même. Tous leurs joueurs n’ont pas le même talent, mais, année après année, cette équipe affiche une constance, une cohésion et un caractère exceptionnels. À certains égards, on dirait que les joueurs des Bruins sortent tous du même moule.

Lorsqu’il a été question du poste d’entraîneur et du sort de Dominique Ducharme, Kent Hughes est revenu avec le même genre d’énoncé.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

J’ai certainement des convictions sur les qualités qu’un entraîneur moderne doit posséder. Je vais discuter avec Dominique pour en apprendre davantage à son sujet, a-t-il dit.

Encore là, si on lit en dessous des lignes comme disait Claude Ruel, ce sont des valeurs claires qui détermineront si Ducharme aura encore sa place derrière le banc la saison prochaine.

La même ligne de pensée est survenue plus tard, vers la fin de sa conférence de presse, quand on lui a demandé d’élaborer sur la philosophie qui le guidera pour bâtir (ou rebâtir) sa nouvelle équipe.

Le nouveau DG a fait valoir qu’après avoir trouvé les joueurs qui donneront à l’équipe l’identité recherchée, il faudra miser sur un entraîneur capable de diriger ces joueurs.

Et il a précisé sa pensée en rappelant que Barry Trotz, un entraîneur défensif, dirige un groupe de joueurs axé sur la défense du côté des Islanders de New York. Et que le Lightning de Tampa Bay, qui misent sur les habiletés et sur l’attaque, sont dirigés par l’entraîneur tout désigné en Jon Cooper.

Bref, du début à la fin, Kent Hughes a constamment annoncé que ses décisions s’appuieront sur des valeurs qui lui apparaissent incontournables et qui se basent sur plus de deux décennies passées à œuvrer dans la LNH.

Il a visiblement un plan.


Hughes devient par ailleurs le premier agent à accéder au poste de directeur général du Canadien. Avec Jeff Gorton, il gérera probablement son équipe avec une perspective différente.

Premièrement, il débarque au Centre Bell avec une vision 360 degrés de ce qui se passe dans la LNH. Il y avait des clients de son agence dans à peu près tous les vestiaires de la ligue. Et comme les hockeyeurs passent leur temps à raconter à leur agent comment se comportent leurs coéquipiers et leurs entraîneurs, il est assis sur une banque d’information et de contacts inestimable.

Par ailleurs, le métier d’agent est en quelque sorte un miroir des fonctions d’un DG. L’agent fait aussi du recrutement de joueurs, du développement, de l’évaluation de talent et des négociations de contrat. Il discute aussi constamment avec les directeurs généraux de la LNH.

Toutefois, contrairement au directeur général, l’agent ne peut se débarrasser de son joueur-client lorsque ses performances déclinent. Il doit donc trouver des ressources pour l’aider à retrouver ses repères. Dans la LNH, on retrouve certains DG qui ne se posent pas de questions et qui passent leur temps à échanger ou à démettre des joueurs.

Quand on joueur va mal, je veux comprendre pourquoi afin de l’aider à redevenir performant, a expliqué Hughes.

Tous les DG préfèrent sans doute tenter d’aider leurs athlètes avant de s’en départir. Mais parce qu’il s’agissait de sa seule option pendant 20 ans, Hughes sera peut-être plus persistant dans cette voie.

Ça pourrait lui éviter de devoir vendre au rabais des actifs acquis précédemment à fort prix.


Tout au long de sa première apparition publique, le thème de la modernité est aussi souvent revenu. L’expression statistiques avancées a été utilisée tellement souvent par Hughes et par Gorton qu’il faut s’attendre à voir plusieurs nouveaux employés faire leur entrée.

Deux hommes attablés pour une conférence de presse.

Jeff Gorton et Kent Hughes répondant aux questions des journalistes.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Toutes les manières d’amasser de l’information afin d’en tirer le moindre avantage semblent désormais sur la table.

Ainsi, Hughes a peut-être révélé un autre aspect de sa vie d’agent susceptible de rendre le CH plus efficace en ce qui a trait au recrutement.

Les agents recrutent leurs clients lorsqu’ils ont 14 ou 15 ans, alors que les recruteurs de la LNH commencent généralement à s’intéresser aux meilleurs espoirs durant les 24 mois qui précèdent leur repêchage.

Là-dessus, le nouveau DG y est allé d’une autre phrase accrocheuse : La familiarité engendre la connaissance, a-t-il lancé.

Ce n’est pas juste le nombre de mois, mais aussi le nombre d’années durant lesquelles on observe un joueur qui compte, a-t-il noté.

Les partisans ne sont pas encore familiers avec Kent Hughes. Mais il leur a certainement donné envie de faire plus ample connaissance.

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