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Chronique

La « vraie vie » de Louis Leblanc

L'ancien choix de premier tour du Canadien se dit encore aujourd'hui inspiré par son ancien coéquipier Mathieu Darche.

Lors d'un échauffement d'avant-match, il observe autour de lui.

Louis Leblanc a joué 50 matchs avec le Canadien de Montréal avant de se retirer du hockey professionnel.

Photo : Getty Images / Jeff Gross

J’ai récemment contacté Louis Leblanc en spécifiant que je ne voulais pas vraiment parler de hockey avec lui, mais plutôt de l’intéressante carrière qu’il mène dans le milieu de la haute finance. Mais bon, j’avais probablement sous-estimé à quel point il est difficile, quand on pratique mon métier, d’éviter de parler de sport avec un ancien athlète…

Quand l’ancien premier choix du Canadien a pris sa retraite du hockey en 2016, à l’âge de 25 ans, il est retourné sur les bancs de l’Université Harvard afin de terminer sa formation en économie. Trois ans plus tard, après avoir obtenu son diplôme, il est resté dans la région de Boston. C’est là qu’il a entrepris sa carrière au sein de la firme de consultation CMA. Cette petite boîte conseillait des clients prêts à investir dans les technologies, les médias et les télécommunications.

Puis récemment, Leblanc a fait le saut chez Oliver Wyman, une entreprise de consultation costaude dont les bureaux sont déployés dans une soixantaine de villes dans le monde.

C’est bien différent de ce que j’ai vécu dans le monde du hockey. Je dis souvent à mes amis que j’ai maintenant un ''vrai job'', raconte-t-il en riant.

« Quand tu joues au hockey, tu prends ta voiture à 9 h pour aller à l’entraînement et tu es de retour à la maison à midi. Maintenant, les journées et les semaines sont longues et bien remplies! »

— Une citation de  Louis Leblanc

Oliver Wyman exécute des mandats pour des compagnies qui souhaitent investir du capital dans de nouvelles entreprises.

Nous guidons nos clients à travers ce processus et nous les aidons à compléter leur diligence raisonnable avant de conclure la transaction. Je travaille parfois sur de gros mandats qui défraient les manchettes dans les médias. C’est intéressant de faire partie des équipes qui font les analyses pour ces investisseurs.

Je ressens parfois les mêmes décharges d’adrénaline qu’à l’époque où je jouais au hockey. Ce sont des projets qui ont de gros impacts financiers et ça devient parfois très intense. Il y a des dates limites à respecter. Les délais sont parfois très courts pour obtenir les réponses qu’on cherche. Je suis en train de me construire un bon curriculum vitae et, pour l’instant, j’aime ce que je fais, dit-il.


Durant les trois années qu’il a passées à Harvard après son retour aux études, Louis Leblanc s’était bénévolement joint à l’équipe d’entraîneurs du Crimson, dont il avait déjà porté les couleurs. Il donnait un coup de main à son ancien entraîneur Ted Donato.

Depuis qu’il a entrepris sa vraie carrière, pour la première fois de sa vie, il n’est plus activement engagé dans le hockey. Toutefois, ce n’est peut-être que partie remise.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

Avec le travail que j’ai, c’est devenu impossible de me rendre à Harvard tous les jours pour la séance d’entraînement de 15 h. Alors, j’ai dû renoncer à cette implication.

Par contre, il arrive assez régulièrement que de jeunes hockeyeurs et leurs parents me contactent, par l’entremise de connaissances communes, pour me demander conseil sur le meilleur parcours à emprunter. Ça me fait plaisir de partager mon expérience avec les jeunes de la nouvelle génération et de leur expliquer pourquoi je prendrais telle ou telle décision si j’étais dans leurs souliers.

Parfois, par exemple, des joueurs ont l’opportunité d’aller jouer dans un prep school américain [une école privée] ou un collège. Mais ils ignorent comment fonctionnent ces milieux. Je me dis tant mieux si je peux les aider à faire un choix éclairé.


Quand on y pense, il y a très peu de gens qui ont une connaissance aussi intime et une vision aussi complète des différents systèmes de développement du monde du hockey.

Durant son parcours de hockeyeur, Louis Leblanc a tour à tour joué dans la Ligue midget AAA, la USHL, la NCAA, la LHJMQ, la Ligue américaine, la LNH et quelques championnats européens.

« Le message le plus important que je transmets aux jeunes joueurs est qu’il n’y a pas de presse au hockey et qu’il faut être patient. En conséquence, il vaut beaucoup mieux attendre de dominer dans une ligue avant de passer au niveau supérieur. »

— Une citation de  Louis Leblanc

L’un des exemples qui me viennent en tête est celui de nombreux joueurs qui évoluent dans la Ligue M-18 AAA à l’âge de 15 ans, qui connaissent une saison correcte, sans plus, et qui acceptent de jouer dans la LHJMQ à 16 ans la saison suivante, explique le natif de Pointe-Claire.

C’est sûr que ça semble amusant d’aller jouer devant 15 000 personnes au Colisée de Québec ou de jouer devant de bonnes foules à Drummondville. Mais si tu joues au sein du quatrième trio et que tu marques cinq buts dans ta saison, ça ne va rien t’apporter.

À moins d’être un phénomène comme Crosby, Lecavalier ou McDavid, il faut suivre les étapes. Si tu peux jouer dans une ligue où tu seras toujours en possession de la rondelle, il n’y a pas d’hésitation à avoir. Les bénéfices y seront toujours plus élevés qu’en jouant quelques minutes par match à un niveau supérieur et à se contenter d’y rediriger des rondelles au fond de la zone adverse, ajoute-t-il.

Durant son propre cheminement, Leblanc avait quitté Harvard après sa première saison pour se joindre au Junior de Montréal dans la LHJMQ. À l’époque, les dirigeants du Canadien estimaient qu’il lui serait profitable de disputer un plus grand nombre de matchs. Si sa carrière était à recommencer, Leblanc confie qu’il resterait à Harvard.

Avec le recul, j’aurais dû rester au collège. J’avais eu une bonne année avec le Crimson, mais je n’avais pas dominé la ligue. Mes bases auraient sans doute été meilleures en arrivant chez les professionnels après avoir été dominant dans les rangs universitaires. Cela dit, je n’ai pas de regrets. Quand on est jeune et qu’on n’a pas d’expérience, c’est difficile de faire ce genre de choix.


Quand il avait annoncé sa retraite à titre de hockeyeur en 2016, il disait ouvertement qu’il caressait l’idée de retourner dans cet univers, un jour, dans un rôle de dirigeant d’équipe. Au fil de notre conversation, il est apparu nettement que cette option est toujours sur la table.

Le jeune homme en veston se tient à côté de Jacques Martin à la table du Canadien lors du repêchage.

Louis Leblanc

Photo : Getty Images / Richard Wolowicz

Et sa plus grande inspiration n'est nul autre que Mathieu Darche. Ce dernier fait la manchette à Montréal et à Anaheim par les temps qui courent parce qu’il figure parmi les candidats pressentis pour le poste de directeur général du CH et des Ducks.

Mathieu est l’un de mes anciens coéquipiers à qui je parle le plus fréquemment. Il m’avait pris sous son aile chez le Canadien. C’est un super bon gars et un bon père de famille. Cela dit, je suis peut-être biaisé, mais je pense qu’il est le candidat idéal pour devenir DG du Canadien. C’est un gars qui ne l’a pas eue facile comme joueur et qui comprend parfaitement l’importance du développement et d’un club-école pour connaître du succès dans la LNH , souligne-t-il.

Quand il a mis fin à sa carrière de joueur, Mathieu a occupé un important poste de gestionnaire chez Delmar (une compagnie de transport d’envergure internationale) pendant cinq ans. Et quand il est arrivé chez le Lightning de Tampa Bay comme directeur du développement des joueurs, il était très efficace et il s’est rapidement démarqué. Cette expérience de gestion s’est avérée déterminante pour lui. Quand je regarde son parcours, je me dis que je suis aussi en train d’amasser de l’expérience de grande valeur.

« J’aime ce que je fais en ce moment. Mais qui sait, je suivrai peut-être ses traces un jour. »

— Une citation de  Louis Leblanc

Ça revient un peu à ce qu’on se disait au début de cette conversation. Dans la vie, ça ne sert à rien de brûler les étapes. Il faut amasser le plus de bagages possible. On voit ce qui se passe dans le cas de Mathieu : que ça fonctionne ou pas avec le Canadien ou les Ducks, il semble que ce soit désormais une question de temps avant qu’il devienne directeur général dans la LNH.

Louis Leblanc est un interlocuteur fascinant. On le reverra peut-être dans le monde du hockey plus rapidement qu’on le croit.

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